Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Dossier Akhmatova. La voyageuse du monde intérieur
Ruy Sanchez Alberto ; Millon Marianne
FONDEURS BRIQUE
21,00 €
Épuisé
EAN :9782916749662
La narratrice, Vera Tamara Beridze, du Guépéou, a constitué un "Dossier Akhmatova" , sur l'ordre de Staline, afin de discréditer la celèbre poétesse russe, Anna Akhmatova (1889- 1966). Ce dossier est constitué d'un collage de textes, certains écrits sur des écorces de bouleaux, comme ceux retrouvés dans les goulags de la Kolyma, de poèmes, d'Akhmatova, de Pouchkine ou encore de Nikolaï Goumilev, son premier mari, fusillé en 1921 sous l'accusation de monarchisme, de textes apocryphes et d'interventions de l'auteur. De ce collage naît le portrait d'une femme qui n'a jamais plié, poursuivie toute sa vie par le tyran qu'elle avait rejeté en tant que poète et admirateur amoureux éperdu, ce qu'il ne lui pardonnera jamais. Staline ne l'enverra pas au goulag mais, pire, y fera déporter ses proches ou les fera assassiner, écrivant dans son dossier qu'il faut la "préserver" , pour l'obliger à assister à tout ce qu'il aura ordonné pour faire de sa vie un enfer. Grande créatrice, novatrice, Akhmatova deviendra une figure mythique et essentielle de la littérature russe et de la résistance au régime stalinien. Ses textes souvent imprimés ou recopiés à la main de façon clandestine lui ont valu une grande reconnaissance de son vivant déjà, malgré l'interdiction de publier et même... d'écrire, par le biais de perquisitions régulières à son domicile. Personnalité fascinante à l'attraction magnétique, capable très jeune de prédire les malheurs à venir et de composer en rêve certains de ses plus célèbres poèmes, Anna Akhmatova séduisait du seul regard, jusqu'à Modigliani, lors d'un séjour à Paris dans les années 1910. Et certainement Alberto Ruy Sánchez qui lui rend un hommage vibrant, puisant dans les sources documentaires et les ressorts du roman d'espionnage pour composer cet hymne au pouvoir des mots et de la poésie.
Résumé : Fatma ne pouvait se détacher de la musique discrète émanant des mouvements de ces femmes gouvernées par le même désir ; Elle les vit s'embrasser et éprouva aussitôt une peur immense. Elle ferma les yeux et s'imagina abandonnée dans le salon aux serpents huilés ; deux ou trois montaient le long de ses jambes en spirales très lentes. Elle ouvrit les yeux et ne vit qu'une brume rousse, sentant encore et plus que jamais cette humidité crépusculaire lui mordre les lèvres. Elle ne savait plus ce qui était au-dedans d'elle et ce qui était au-dehors. A Mogador, port marocain, la jeune Fatma garde les yeux rivés sur la ligne d'horizon, d'où ses parents ne sont jamais revenus. Immobile à sa fenêtre, passant de la jetée au hammam comme dans un rêve, Fatma languit dans une mystérieuse mélancolie que rien ne saurait troubler, et dont personne ne sait le secret. Mais portés par les vents qui accompagnent ses pas, ses désirs vont faire briller d'autres regards, et s'immiscer dans toute la ville, se mêlant aux rumeurs des femmes et aux légendes colportées par les anciens...
Né au Mexique en 1951, Alberto Ruy-Sánchez a vécu plusieurs années à Paris avant de s'établir à Mexico, où il mène une double activité d'éditeur et d'écrivain. Romancier et essayiste, il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, récompensés par plusieurs prix
A Mexico, de nos jours, un narrateur qui ne se nomme pas mais que l'on identifie très vite comme Alberto Ruy Sánchez rapporte qu'il reçoit des courriers énigmatiques, lettres, témoignages, poèmes souvent rédigés sur des cartes au dos desquelles figurent des dessins de fourmis, corbeaux et serpents, des collages, photos etc. L'identité de l'expéditeur, homme ou femme, ne figurant nulle part, il l'appellera "Silhouette" , pensant que cette personne lui écrit d'une prison ou d'un asile. Un jour, on lui livre plusieurs cartons contenant des milliers de documents émanant tous de cette personne, peut-être un arrière-grand-père aujourd'hui centenaire émigré aux USA et dont la famille n'a plus jamais eu de nouvelles. Le narrateur recouvre peu à peu les murs d'une pièce de son domicile avec ces documents, reproduisant ce "Palais de la mémoire" qu'Oliver Sacks a recommandé à son patient, d'après la méthode de Mateo Ricci, un jésuite italien du XVIe, destinée à récupérer la mémoire en attribuant un espace à chaque chose. Peu à peu, une gigantesque mosaïque se dessine, diverses figures ayant réellement existé apparaissent, telles que Adolf Wolfli que Rilke et Cendrars ont lu, et Aloïse Corbaz, ayant comme lui subi l'internement en asile psychiatrique, la figure centrale étant Sylvia Ageloff, travailleuse sociale que Juan, alias John, alias Iván, alias Ioane rencontre lorsqu'il travaille aux usines Ford à New York avant de partir avec des milliers d'autres ouvriers en URSS où Ford a vendu son usine. Fille de russes émigrés à New York, après leur séparation, elle rencontrera Ramón Mercader qui l'utilisera pour approcher Trotski et le tuer le 21 août 1940.
En 1966, le boxeur noir, Rubin "Hurricane" Carter, est arrêté pour le triple meurtre de consommateurs blancs dans un bar de Paterson, New Jersey. Il clame son innocence mais est néanmoins condamné. Depuis sa prison, il nous raconte ce qui l'a amené jusque-là : une enfance dans les Etats-Unis de la ségrégation avec les gangs, les premiers menus larcins, le placement en école disciplinaire dès l'âge de 11 ans à la suite d'une agression sexuelle dont il est victime, puis un vol qui le conduit en maison de redressement à 14 ans. Il parvient à s'évader avant sa majorité et s'engage dans l'armée. Il y découvre la boxe et commence une carrière qui le conduira aux portes de la consécration. Son punch lui fait fréquemment remporter ses matchs par des KO fulgurants et lui vaut son surnom, "L'Ouragan". Fin 1964, il est volé de la victoire dans le combat pour le championnat du monde. Il ne retrouvera pas de seconde chance avant son arrestation. Incarcéré, Rubin Carter obtient, après de nombreuses semaines à l'isolement et des brimades constantes, de ne pas porter l'habit du prisonnier, de ne pas manger la nourriture de la prison, de ne pas participer à la vie carcérale. C'est à ce prix qu'il peut continuer à vivre emprisonné à tort. Il concentre son énergie dans sa lutte judiciaire, étudiant le droit et acquérant une éducation que la vie ne lui avait pas donné l'occasion d'aborder. Ce livre est son moyen de démontrer au monde son innocence ; Mohamed Ali s'engagera à ses côtés, tout comme Bob Dylan, avec sa chanson "Hurricane" et sa tournée Rolling Thunder (1975) devant servir à faire parler de l'affaire et à obtenir la libération de Carter (livre de Larry Sloman sur cette tournée, à paraître aux Fondeurs de Briques, octobre 2015). Traversant plusieurs milieux - société ségrégationniste, système carcéral, armée, monde de la boxe - le récit de Rubin Carter est cru et rythmé d'une volonté viscérale de sur-vivre. Il porte l'implacable regard de celui qui a connu l'injustice et pour qui tout ce qui ne le détruit pas le rend plus fort.
Lors de la publication en 1949 de ce troisième roman de José Revueltas, l'enthousiasme de la critique de droite s'éveilla immédiatement et provoqua la colère et la condamnation brutale des "compagnons de route" de l'auteur. Le livre fut retiré des librairies à sa demande, suite à la polémique qu'il suscita, et, naturellement, "réhabilité" dans les années soixante. Dans le roman, des militants à la fois proches du peuple et partisans de la liberté de conscience s'opposent à d'autres militants dont le manque d'ouverture idéologique et l'éthique erronée causent équivoques et tragédies. Mal interprété par certains idéologues de l'époque, ce texte, à la fois philosophique, poétique et méditatif traite des relations entre l'art, la morale et la politique, questions récurrentes dans le Mexique post révolutionnaire des années trente dont il recrée l'univers. Il présente avec une acuité toujours actuelle la problématique de l'engagement politique et du destin personnel. L'œuvre de José Revueltas (1914-1976) est l'exemple même d'une littérature ne cédant pas aux tâches que la politique lui impose. Eternel marginal, il fut envoyé au bagne pour son appartenance au Parti communiste mexicain dont il fut ensuite exclu pour non-conformité au dogme... Plongée au plus profond des méandres de l'âme, son style poétique, vierge de tout sentimentalisme, puise autant dans une religiosité dostoïevskienne que dans l'existentialisme dont il partagea l'engagement et la foi dans l'humain.
B. Traven reste la personnalité littéraire la plus consciencieusement insaisissable du XXe siècle. Qui fut l'auteur de la dizaine de romans, dont le célèbre Trésor de la sierra Madre, et recueils de nouvelles mettant en scène des exploités? Fut-il Ret Marut, ce jeune acteur et poète anarchiste arrêté lors de la rébellion munichoise de 1919? Ou bien T. Torsvan, un explorateur et scientifique norvégien? Ou alors Hal Croves, scénariste et agent littéraire américain? On parla même de lui comme du fils illégitime du Kaiser Guillaume II... Il est néanmoins établi qu'il vécu et travailla au Mexique, sous diverses identités, du milieu des années vingt jusqu'à sa mort, survenue en 1969. Attiré par cette énigme, en 1975 Jonah Raskin est invité à Mexico par la veuve de l'écrivain pour écrire sa biographie. Il y rencontra ceux qui le connurent, eut accès à ses archives et parcourut les lieux arpentés par l'écrivain. Dans A la recherche de B. Traven, nous contemplons cette identification qui le conduisit au bord de la folie. Cette troublante mise en abîme est le plus bel hommage rendu à l'écrivain qui déclarait dès 1926 :. " Mon histoire personnelle ne décevrait pas les lecteurs, mais elle ne regarde que moi et je tiens à ce qu'il en soit ainsi."
Résumé : "Lecteur, si ta vie n'est pas un roman, une fiction divine, un rêve d'éternité alors laisse ces pages, ne me lis pas plus avant. Car je te serai indigeste, et il te faudra me vomir sans profit ni pour toi ni pour moi".