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Philosophie N° 89, Mars 2006 : Causalité
Russell Bertrand ; Keil Geert ; Kistler Max ; Laud
MINUIT
10,00 €
Épuisé
EAN :9782707319531
Le concept de causalité continue de faire l'objet d'un débat riche et controversé. Dans l'article dont nous publions une traduction remaniée, Russell donne, en 1912, de nouveaux arguments puissants en faveur de la thèse selon laquelle la causalité n'a pas sa place dans une conception du monde qui se veut respectueuse de la science : il faut l'abandonner au profit des lois de la nature. A de nombreux penseurs du XXe siècle, le remède de Russell a semblé pire que le mal qu'il était censé soigner, à savoir la confusion engendrée par le concept de causalité. Ils se sont donc employés à justifier son bien-fondé, en en proposant une analyse compatible avec la pratique de l'explication dans les sciences. Selon une première approche, la relation causale est ce qui fait l'objet d'une explication scientifique. Les articles de Keil, Schaffer et Kistler présentent au lecteur francophone la richesse d'un débat qui, pour l'essentiel, est mené en langue anglaise. Le modèle de la réduction de la causalité à l'explication s'est avéré inadéquat, dans la mesure où il a des conséquences incompatibles avec notre intuition. Les propositions alternatives d'analyse ne manquent pas. Pour les uns, la causalité peut être ramenée à une " dépendance contrefactuelle " si la cause n'avait pas existé, l'effet n'aurait pas existé non plus. Pour d'autres, la causalité se réduit à une augmentation de probabilité : l'effet est plus probable lorsque la cause est présente que lorsqu'elle est absente. Pour d'autres encore, la causalité est essentiellement liée à l'action, de telle sorte que son noyau est la relation d'un moyen à une fin. Finalement, certains analysent la causalité en termes d'un mécanisme par lequel la cause transmet quelque chose, notamment de l'énergie, à l'effet. Keil défend une version de l'analyse contrefactuelle, tout en expliquant que seule notre capacité d'agir nous permet d'évaluer les conditionnels contrefactuels pertinents. Après avoir examiné à la fois les vertus explicatives et les difficultés rencontrées par les différentes analyses, Schaffer conclut par une aporie aucune théorie ne s'accorde avec ensemble de nos jugements causaux intuitifs. Kistler propose une analyse du concept de causalité à deux composantes, l'une correspondant à l'aspect mécanique de transmission, l'autre à la dépendance en vertu de lois de la nature. Il montre que, à condition de réviser certains de nos jugements intuitifs notamment dans le cas de la causalité " négative ", on peut rendre justice à la grande majorité des jugements Causaux. A partir d'une reconstruction de l'histoire de la réflexion sur la causalité - notamment chez Hume, Kant et Cassirer-, Laudisa montre que les empiristes logiques Schlick, Reichenbach et Carnap partagent avec les néo kantiens l'idée que la construction des théories scientifiques nécessite le recours à des principes non empiriques. M. K.
Résumé : De 1897 à 1919, Bertrand Russell consacra l'essentiel de son attention philosophique à la connaissance mathématique. Son ambition était tout à la fois d'en éclairer la nature et d'en parfaire la rigueur en dégageant ses véritables fondements. Dès 1903, il développa dans les Principes de la mathématique sa thèse du logicisme : la totalité de la mathématique pure peut être déduite de quelques principes et concepts logiques. Mais ce n'est qu'en 1910 que les Principea Mathematica parvinrent à en offrir une démonstration précise et détaillée. Au cours du travail philosophique destiné à dégager, par la voie de l'analyse logique, les éléments fondamentaux qui devaient servir de socle à l'édifice mathématique, Russell découvrit en effet une contradiction qui menaçait son projet dans son essence même. Il y échappa grâce à sa théorie de la dénotation et à sa théorie des types. C'est autour d'elles qu'a été constitué ce recueil. Centré sur le thème de la référence et de l'autoréférence, il illustre aussi clairement l'origine mathématique de l'atomisme logique et de la réduction de la connaissance philosophique à l'analyse logique dont Russell s'est fait l'ardent avocat. J.-M. R.
L'Eloge de l'oisiveté est une pépite dénichée dans l'oeuvre immense et protéiforme de Bertrand Russel. Dans la grande tradition des essayistes anglais (Swift, Stevenson), il manie le paradoxe pour s'attaquer aux fondements mêmes de la civilisation moderne. Derrière l'humour et l'apparente légèreté du propos se cache une réflexion de nature à la fois philosophique et politique qui s'exprime avec une ironie mordante : " Il existe deux sortes de travail : le premier consiste à déplacer une certaine dose de matière à la surface de la terre ; le second à dire à quelqu'un d'autre de le faire. "
Mon évolution philosophique peut être divisée en différentes périodes selon les problèmes auxquels je me suis intéressé et les hommes dont l'oeuvre m'a influencé. Ma seule préoccupation constante a été de découvrir dans quelle mesure on peut dire que nous connaissons, et de préciser le degré de certitude ou d'incertitude de nos connaissances. Mon oeuvre philosophique comporte une division importante : dans les années 1899 - 1900, j'ai adopté la philosophie de l'atomisme logique et la technique de Peano en logique mathématique - révolution assez grande pour rendre mes travaux antérieurs, sauf en ce qu'ils avaient de purement mathématique, étrangers à tout ce que j'ai fait plus tard. Le changement de ces années fut une révolution ; les changements ultérieurs ont été de la nature d'une évolution. (...) "Depuis que j'ai abandonné la philosophie de Kant et de Hegel, j'ai cherché la solution des problèmes philosophiques par le moyen de l'analyse ; et je reste fermement convaincu, en dépit de certaines tendances modernes au contraire, que c'est seulement par l'analyse que le progrès est possible. J'ai trouvé, pour prendre un exemple important, que par l'analyse de la physique et de la perception, on peut résoudre entièrement le problème du rapport de l'esprit et de la matière."
Publié en 1912, ce livre, qui marque un tournant dans l?histoire philosophique de la logique moderne, est aussi, par le souci constant qu?il manifeste d?éviter les questions trop techniques; par le rappel des grandes conceptions classiques que Russell passe en revue afin de mieux situer sa démarche; par la clarté, enfin, avec laquelle il pose les grands problèmes de la théorie de la connaissance et en parcourt le domaine - offre une excellente introduction à toute une part de la philosophie contemporaine, voire, selon François Rivenc, à la philosophie tout court.
Je suis dans la chambre de ma mère". Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : "Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement" L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur. En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'oeuvre de Samuel Beckett. Jean-Jacques Mayoux, trente et un ans plus tard, nous en offre une lecture encore enrichie par le temps.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Un des pionniers du Théâtre de l'Absurde, Samuel Becket, offre un spectacle qui fait rire jaune à plus d'une reprise. Deux personnages en attendent un troisième et pendant cette attente, ils refont le monde à leur manière. Jamais ce que l'on nomme l'absurde n'aura été si visionnaire et réellement vrai.
Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.