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Un paquebot magnifique
Roussiez Joël
RUMEUR LIBRE
19,00 €
Épuisé
EAN :9782355770258
Ils se sont dirigés vers la mer, ils y arrivèrent peu avant la nuit. Les lueurs du paquebot dansaient au loin, un vent régulier soufflait. Les autres étaient rentrés ; Jacques les attendait au bord d'une minuscule falaise, pêchant au filet épervier. Des oiseaux passèrent en silence comme s'ils cherchaient des arbres, ils tournoyaient au-dessus de Jacques puis repartaient vers l'intérieur. Jacques avait relevé son filet, il avait aussitôt crié : " Venez voir ! Venez voir ! " Et lorsqu'ils se penchèrent ; oui, lorsqu'ils se penchèrent, ils virent dans le filet une dizaine d'oiseaux aux ailes repliées et mouillées, certains étaient morts d'autres, très peu, s'envolèrent. C'est ce qu'ils virent. Et lorsqu'ils se penchèrent encore, ils découvrirent quelques seiches qui en suçaient les corps morts. Claudine, pour mieux voir, avança sur le bord du rocher. - Tu te penches. Attention, lui avait murmuré Léandre. Elle est tombée dans le filet parmi les corps d'oiseaux. - Qu'est-ce que tu fais, c'est ce qu'ils avaient demandé. Elle n'a pas répondu mais ils avaient bien vu qu'elle pleurait. Un peu plus tard, ils l'aidèrent à sortir et enfin ils partirent. - Nous avons vu des oiseaux, un lac et encore des oiseaux dans le filet de Jacques... - Claudine, tu l'avais dit. C'était plus tard sur le navire magnifique. La nuit ordonnait ses figures. On parla de l'aventure, Paul lut quelque chose sur les oiseaux lapidormeurs.
Dans des récits qui s'apparentent à la nouvelle, Joël Roussiez s'abreuve aux textes des anciens, et s'attache à écrire "à la manière de" dans des textes qui nous entraînent dans des cultures du monde ancien ou/et nordique : Rimbaud, Verlaine, le Livre des Morts égyptien, Flaherty, Saga d'Oddr aux flèches d'Arioste, Elie Faure et les fresques sumériennes, Basho, Virgile par Aulu Gelle, Yves Bonnefoy, Yokoyama ? Tsuruta, Graham, Goethe, Yuan Tchen et Boye.
Puis d'un rose de laitance mais infiniment clair naissent les couleurs orange et mauve au-dessus de l'embrouillamini des branches qui se débattent des gris engendrés par les ombres de leurs corps mêlés. Un paysage entier file entre prairies d'herbes sèches et de vert strident pendant qu'un souffle, en l'absence d'oiseaux, oscille entre silence et bruissement dans l'attente du jour qui éveille les dormeurs.
Roussier du Lac Marianne ; Tassin Jacques ; Rousse
Résumé : Les invasives entretiennent une relation compliquée avec les humains. Soigneusement collectées aux antipodes et acclimatées pour orner nos jardins ou nos intérieurs, elles nous tiennent sous leur charme tant qu'elles demeurent à ces places assignées. Mais il arrive qu'elles se libèrent de l'influence humaine, pour achever dans la nature leur course forcée autour de la planète. A l'aise dans les milieux perturbés par nos activités, elles s'y étalent au point de modifier le paysage. Alors, les anciens objets végétaux du désir deviennent des objets de rebut. Et même si des voix s'élèvent pour réhabiliter ces envahisseuses, notre représentation dominante de la nature, nourrie d'éco-anxiété, nous crispe sur une démarche d'éradication purificatrice, censée juguler le "métissage" en cours de la biodiversité. Pourtant, loin d'être à l'origine de la crise environnementale, les plantes invasives viennent plutôt la conclure. Robinier, ailante, renouée du Japon, buddleia, oponces de la région méditerranéenne... Marianne Roussier du Lac attire notre attention sur ces mal-aimées de notre environnement familier. Et révèle le rapport trouble que nous entretenons au vivant.
Résumé : Voici le récit d'une expérience singulière, celle d'un vagabondage perpétuel, qui n'est ni d'exil, ni de fuite, mais tout entier voué, semble-t-il, à ce pur plaisir, aussi difficile à définir que précieux à éprouver : celui de ne pas peser sur le monde. Plaisir fragile, plaisir discret de cette longue flânerie d'allure désinvolte, mais qui requiert aussi toute l'habileté du funambule. Car, pour accéder à cet état, sans doute faut-il se défaire, non pas une fois mais chaque jour, à chaque instant, à chaque regard, du poids de la peur, de toutes ces peurs insidieuses, insistantes, secrètes ou ostensibles qui alourdissent le corps et voilent la sensibilité... Ainsi les mille facettes de la mort dans la vie rôdent, piègent, ombrent la marche, ainsi tout ce qui enclôt, immobilise, menace et détruit la vie est, encore et toujours, là. Nous ne sommes pas dans une idylle mais c'est dans l'attention singulière, précise et insouciante à la fois, à l'éviter que se préserve, discontinue, rythmique, l'expérience même dont ce récit déploie sa force - si faible à tant d'égards -, celle peut-être que nous envions aux oiseaux.
En 1954, frappé du verdict sans appel d'inaptitude à la vie religieuse par la Société de Marie qui lui interdit de renouveler ses voeux, Marius Alliod perd sa raison d'être en ce monde. À l'âge de 24 ans, il se voit exilé dans une forteresse de silence, bien loin de l'espace enchanté où son coeur s'était enflammé. C'est près de cinquante ans plus tard qu'il entreprend cette correspondance fictive avec son directeur spirituel d'autrefois, ce "Père" auprès de qui il dépose sa plainte tragique et son indignation. Trente lettres demandant raison de cette exclusion sans parole, sans confrontation avec ses juges ; éprouvés posthumes devenus pures réminiscences d'un chagrin si puissant qu'il le laissa dans la stupeur du deuil de son désir et la honte angoissée d'avoir failli à son devoir d'amour. Chaque lettre verse le flot furieux de prières et de plaidoyers malheureux destinés à briser cette chape de silence et affronter une hiérarchie coupable d'avoir usurpé le pouvoir de valider l'appel de Dieu ! C'est une âme qui se sonde jusqu'à l'épuisement de toute raison, qui entend la détresse d'une enfance captive de la souffrance d'une mère abîmée en un puits sans fond de mélancolie. Au lendemain de son renvoi, elle lui adressera les dernières lignes écrites de sa main : lamentation sans espoir devant la perte de sa vocation, mais aussi cri ultime d'amour auquel répondent peut-être toutes ces lettres, insistantes et belles dans la pureté d'une langue tendue jusqu'à se rompre, modulant tour à tour au sein de l'ample bercement de la rhétorique ce tremblement intérieur d'une poésie du coeur et la violence éruptive d'une voix qui cherche encore ce lieu où s'éprouve la présence du maître de la Parole.