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Lettre à Jules. Suivi de Les Voyages extraordinaires des enfants de l'Extérieur & Chroniques carcéra
Rouillan Jann-Marc
AGONE
12,20 €
Épuisé
EAN :9782748900194
Depuis le temps que je dois t'écrire ! Les jours passent, les années de même... L'existence rebelle est aventureuse mais tout autant dilettante, tu sais ce que c'est... Pourtant, tôt ou tard, le v?u d'un gamin qui n'a pas encore tracé son cap finit par regagner le rivage. Et maintenant que je suis un prisonnier à vie, pour passer mon temps - puisque la raison d'être des punis est d'égrener le triste rosaire des réclusionnaires - je noircis des pages que l'on dit littéraires. Et figure-toi qu'un camarade m'a passé commande d'un texte sur un vieux de la vieille comme toi. L'occasion fit le larron et j'ai pris mon crayon. Dans les salons protestataires, où l'on s'affuble de trop large, étiquettes qui traînent jusqu'à terre comme de vieux oripeaux, presque des serpillières à force de balayer le caniveau, on a toujours préféré les révolutionnaires des temps jadis. Ou alors ceux d'autres continents, loin au-delà des mers dans des sierras tropicales sud-américaines. Les tartuffes se déguisent pour ne pas avoir à épauler ceux d'ici, pour ne rien risquer jamais et esquiver les questions sur leur propre renoncement, leur perfide trahison qui se distille pareille au quotidien poison
Certains jours de bagarre, apparaissaient sur le campus de petites vieilles, un vol noir pareil à des étourneaux, toutes en deuil, avec de minuscules chapeaux de pailles et, sur leurs genoux, un sac à main de cuir verni. Cette fois-là, nous les découvrîmes près des anciennes arches du patio. Elles étaient cinq, assises sur un muret, serrées les unes contre les autres, cachant leur bouche et leur nez sous des mouchoirs au liseré de violette pour se protéger des gaz lacrymogènes. "Mesdames, ne restez pas là, vous voyez bien que c'est dangereux..." leur conseilla le bon La Carpe, appuyé négligemment sur un manche de pioche. "Merci mon petit, tu es bien agréable, mais tout ce tracas, vois-tu, ça nous occupe..."Nous partîmes en souriant du "ça nous occupe", persuadés d'avoir croisé les fameuses "mémés qui aiment la castagne" chantées par Nougaro.Dans ce premier volet "De mémoire", Jann-Marc Rouillan revient sur la fin de son adolescence, à Toulouse, en 1970. Les premiers amis, premières amours, premiers camarades, puis les premières armes; mais aussi l'occasion de décrire une ville, une époque, des moeurs et des idéaux qui furent déterminants pour celui qui prendra bientôt le maquis contre la dictature franquiste. Biographie de l'auteur Jann-Marc Rouillan est incarcéré depuis le 26 février 1987 pour ses activités au sein du groupe Action directe. Il est notamment l'auteur de Je hais les matins (Denoël, 2001), Lettre à Jules (Agone, 2004), La Part des loups (Agone, 2005), Le Capital humain (L'Arganier, 2007).
Et Jaume seul dans la montagne, avec ses pauvres mots, ses délires d'altitude, ses armes désormais pour le seul don de soi et l'existence désobéissante, qu'y pouvait-il ? Face à la clameur, ses balles et ses mots ne pesaient pas lourd. Ils étaient trop humains, porteurs d'une charge émotionnelle à retardement, de cette passion triste qui fait les bombes à l'heure et le désespoir qui s'acharne à ne pas réintégrer son exil quotidien. Le refus, toujours le refus et qui à cet instant se tait. Ne plus dire ce que l'on sait, ne plus défaire le faux du vrai. Motus. Rien. Le néant... en cette humanité de l'inaccepté, de l'indicible plainte et de la souffrance. Derrière le bruit national s'accumulait le silence. A travers le parcours d'un homme dont la conscience de classe s'éveille dans les bras d'une fille de patron, ce roman raconte les vies de paysans pauvres " qui furent du parti bien avant qu'il ne soit créé ". En Espagne, des années 1920 à l'orée des années 1950, entre guerre sociale et guerre civile, Jaume et les siens rêvent d'un autre monde, affrontent le pouvoir des propriétaires, de l'Eglise, de l'Etat; ils gagnent, perdent, fuient, s'arrêtent sur un autre front, celui du maquis français contre l'occupant nazi; ils reviennent et perdent encore...
Le 17 septembre, en fin d'après-midi, dans le Nord, près de la frontière, la Guardia Civil a capturé des camarades. Nous n'en savons que ce qu'en ont dit la presse et quelques contacts. La fusillade n'aurait pas fait de morts. Deux auraient été pris... Depuis, nous prévoyons le pire. Près de l'aérateur, nos trois musettes sont alignées en rang d'oignons. Quelques munitions, des chargeurs de rechange, une ou deux liasses de billets de mille pesetas, des papiers, un paquet de cartes d'identité comme un jeu de tarot, un couteau, une boussole et les cartes d'état-major Alpina. Si nécessaire, nous partirons à pied par le maquis jusqu'au camp de base le plus proche. En cavalant, nous l'atteindrons dans la journée. Sur les chemins entre Barcelone et la Cerdagne, nous avons installé des caches avec des sacs de couchage plus la nourriture indispensable à quatre ou cinq jours de marche... Après les années d'insouciance à Toulouse, voici celles de la formation sous la dictature de Franco. Ici, la dernière journée en Espagne pour échapper à la souricière montée par la Guardia Civil.
La prison claudique. Sur les cursives, les passants ronchonnent: "Si Sarkozy passe, on est cuits, plus de perm', plus de condi', plus rien..." d'exaspération, René se gratte le béret: "et qu'est-ce que tu veux que ça m'foute, ici on n'a rien!". depuis Napoléon, les réformes du code pénal se sont succédés mais les législateurs n'ont jamais remis en question la peine infamante des réclusionnaires. Pour les braves pépères parlementaires, l'essentiel est de nous maintenir à vie dans la caste des sous-citoyens. Détournez des millions de fonds public, vous resterez un citoyen respectable, attaquez une banque pour quelques picaillons et vous deviendrez un intouchable. Par n'importe quel moyen, le but est d'éliminer les classes dangereuses du territoire politique. Mais il faudra bien qu'un jour le peuple des prisons réalise lui aussi son juillet 1789! Aujourd'hui, les conversations tournent autour du départ de Doudou. A l'étage, sa frêle silhouette s'agite, sans bruit, il prépare ses cartons. Dix-sept piges passées dans la même cellule, dix-sept piges devant la même machine de l'atelier, sans avoir jamais mis les pieds en promenade... Dix-sept piges d'un minutieux assassinat du temps qui passe, où chaque seconde est circonscrite à une particule d'habitude disséquée et répétée à l'infini... Biographie de l'auteur En décembre 2007, Jann-Marc Rouillan a commencé à quitter un système pénitentiaire où il était entré en février 1987. Il livre ici quatre années de réflexions menées sur son quotidien carcéral, depuis lequel il regarde également le monde du dehors, dit "libre". Ces chroniques sont initialement parues dans le mensuel satirique CQFD.
Résumé : Les machines ressemblent à d'étranges créatures qui aspirent les matières premières, les digèrent et les recrachent sous forme de produit fini. Le processus de production automatisé simplifie les tâches des ouvriers qui n'assurent plus aucune fonction importante dans la production. Ils sont plutôt au service des machines. Nous avons perdu la valeur que nous devrions avoir en tant qu'êtres humains, et nous sommes devenus une prolongation des machines, leur appendice, leur serviteur. J'ai souvent pensé que la machine était mon seigneur et maître et que je devais lui peigner les cheveux, tel un esclave. Il fallait que je passe le peigne ni trop vite ni trop lentement. Je devais peigner soigneusement et méthodiquement, afin de ne casser aucun cheveu, et le peigne ne devait pas tomber. Si je ne faisais pas bien, j'étais élagué. Foxconn est le plus grand fabricant du monde dans le domaine de l'électronique. Ses villes-usines, qui font travailler plus d'un million de Chinois, produisent iPhone, Kindle et autres PlayStation pour Apple, Sony, Google, Microsoft, Amazon, etc. En 2010, elles ont été le théâtre d'une série de suicides d'ouvriers qui ont rendu publiques des conditions d'exploitation fondées sur une organisation militarisée de la production, une taylorisation extrême, l'absence totale de protection sociale et une surveillance despotique jusque dans les dortoirs où vivent les ouvriers. Ce livre propose quelques éléments d'analyse du système Foxconn à partir du portrait que fait la sociologue Jenny Chan d'une ouvrière qui a survécu à sa tentative de suicide en 2010. Complété par le témoignage de Yang, un étudiant et ouvrier de fabrication à Chongqing, il retrace également le parcours de Xu Lizhi, jeune travailleur migrant chinois à Shenzen, qui s'est suicidé en 2014 après avoir laissé des poèmes sur le travail à la chaîne, dans "L'atelier, là où ma jeunesse est restée en plan".
Je ne peux que suivre Emma Goldman quand elle déclare ne pas vouloir d'une révolution où elle ne pourrait pas danser. Mais au moins voulait-elle une révolution, sans laquelle de telles fins esthétiques et psychologiques ne bénéficieraient qu'à quelques-uns. Or les objectifs révolutionnaires et sociaux de l'anarchisme aujourd'hui souffrent d'une telle dégradation que le mot "anarchie" fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais délicieusement inoffensive.
Fields Barbara J. ; Fields Karen E. ; Crépin Xavie
Les deux brillantes chercheures que sont Barbara et Karen Fields traitent ici de ce qu'elles appellent le «racecraft» et de son importance dans la société états-unienne. Lorsqu'une personne noire est tuée par un policier, les états-uniens s'accordent spontanément pour dire qu'il a été tué «à cause de sa couleur de peau». «Etrange causalité», constantent les deux auteures, qui s’attellent ici à l'âpre tâche de démêler les fils de ce raisonnement confus aux airs d'évidence. Cette causalité illusoire, c'est celle du «racecraft». Ce mot forgé à partir de «race» et de «witchcraft» (sorcellerie) désigne ici la croyance en une forme de performativité de la «race», semblable à la croyance en l'efficacité réelle de la «sorcellerie». Invoquant l’histoire et l’anthropologie, les sœurs Fields analysent avec sérieux l’idée sociale de « race », de sa genèse à sa reproduction, en passant par ses effets. Robin
En 1841, dans son discours de réception à l'Académie française, Victor Hugo avait évoqué la " populace " pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu'il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot " misérable ", qu'il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d'Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, l'auteur découvrit les réalités du monde social qu'il évoquait dans son roman. L'ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d'être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. La France, c'est ici l'ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l'Etat français. Dans cette somme, l'auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé l'histoire depuis la fin du Moyen Age les guerres, l'affirmation de l'Etat, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l'esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale.