Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Rouge forêt
Marchais Stéphanie ; Taponard Christian
QUARTETT EDIT
12,00 €
Épuisé
EAN :9782916834382
Je suis réquisitionné pour transporter les premières victimes. Quelques heures seulement après l'explosion du réacteur. II y a cet homme au fond du bus. Cet homme qui reste assit tout droit les mains sur les cuisses tandis que les autres pompiers vomissent et râlent et crachent du sang autour. J'accélère pour abréger le trajet jusqu'à l'hôpital. Je croise son regard dans le rétroviseur : la peur. Au lointain : la masse rouge de la centrale en fusion, et là dans mon dos, hors de leurs orbites, les yeux de cet homme. Dans les yeux de cet homme une grande peur : sa langue est tombée. Je ne suis pas certain de lire de la douleur ou quelque chose comme ça sur sa figure, mais une peur oui, une peur absolue qui le dévaste : sa langue vient de tomber de sa bouche et gémit, stupéfaite, sur son pantalon.
Si je vais à l'école sans croiser un seul chat noir - pas noir et blanc ou noir et roux ou noir et gris - mon père m'emmène avec lui pour toujours. Si j'arrive à sauter à cloche-pied sans tomber jusqu'au panneau là-bas, le garçon grand muet m'aime. Si j'arrive à manger un oeuf à la coque sans faire couler le jaune, les billes s'arrêtent, l'herbe s'arrête, tout s'arrête, je redeviens une petite fille sans touffe et sans seins. Si dans la minute quelqu'un que je ne connais pas me sourit, je retourne en classe jusqu'aux grandes vacances. Si j'arrive à monter et descendre l'escalier B de l'immeuble 302 sans respirer, je vais à la police et leur dis qui je suis.
Sally, Floue, Frost. Deux soeurs et un frère victimes d'inceste au sein d'un cocon familial qui n'a pourtant pas l'apparence de la barbarie. Comment dire l'horreur ? Comment se construire avec cette histoire, quand le poids de la parole engage et détermine la suite de la vie ? Dans cette traversée sur plusieurs années, il sera aussi question d'amour, de solidarité, de sépulture d'abeilles, d'alcool fort, d'un canard placide, d'une envahissante suicidée, et de l'invention de sa singularité pour sortir de la nuit et mieux habiter le monde. Parler pour nommer le réel, afin de ne jamais consentir à ce qui nous abîme.
Je ne veux pas laisser ma vie prendre l'eau. Je veux encore espérer qu'on viendra me chercher. Même si ça me fait rire en italique. Je n'irai pas ailleurs creuser mon petit trou. C'est ici. Là où j'ai grandi. Que je choisis de m'enliser. Qu'on me coupe les racines et je deviendrai fou. Je veux pourrir dans la boue de mes champs inondés. Exprès. Et mes os acides empoisonneront les terres de mon beau pays.Mon fils, qui ne le sait pas, va partir à ma place. Il s'en va pour moi. Il échappe à tout ça. Moi je reste ici.Dans la terre détrempée de ma naissance.Stéphanie Marchais est auteur dramatique. Elle a déjà fait paraître plusieurs pièces dont Dans ma cuisine je t'attends. C'est mon jour d'indépendance ou Verticale de fureur.
Biographie: Stéphanie Marchais a écrit une dizaine de pièces dont Dans ma cuisine je t'attends (prix de Guérande 2004), C'est mon jour d'indépendance et Des ailes, tu en as.
Il y a eu tempête, une nuit. Au matin, je me suis retrouvé seul. Alors, j'ai marché, marché, toujours marché, toujours devant... Et là, j'ai vu une tache sur le sable. Un gros lézard, géant, un varan brun. Séché, les pattes en croix. Mort, me suis dit. Crevé depuis neuf, dix jours, au moins dix, vu le ventre creux. La tête plate sous la mâchoire du piège. Ca braconne, ici aussi, me suis dit. Et j'ai approché mes yeux. Et j'ai vu... Le varan avait une tête d'homme. Un homme! La tête plate comme une galette et retournée. La nuque pliée en coude à s'en mordre le dos.
Un grain de figue raconte l'histoire d'une jeune femme, Juive d'Oran qui épouse son voisin espagnol. Mais elle s'est trompée d'amour, car elle aimait le jeune frère de celui qu'elle a épousé dans le feu de la jeunesse. C'est en somnambule qu'elle enfante un fils de cet homme, et qu'elle le suit loin de l'Algérie. C'est dans un demi-sommeil qu'elle se laisse porter dans une époque en guerre. Découverte et hésitations de l'amour, exil et maternité, lente disparition du goût de vivre, c'est tout ce qui est contenu dans un seul grain de figue égaré sous la langue.
On s'est rencontrés à Vienne il y a quelques années, en plein hiver. Ou alors c'était le début du printemps. Mais Natacha avait la crève. On a passé pas mal de temps à discuter dans des cafés remplis de vieilles dames pomponnées. A discuter ou pas du tout. Pas mal de temps à marcher dans les rues de Vienne. Ou pas. Et puis, on a vu l'exposition des toiles de Munch. Natacha m'a demandé: tu as vu, toutes ces diagonales? Alors on a observé ces diagonales qui soutiennent portraits, cris et madones. Je n'avais lu qu'une seule de ses pièces, sans doute la plus connue, Mickey la Torche. Depuis, j'en ai découvert d'autres et je reçois un poème de temps en temps, au milieu de notre correspondance. A chaque fois, je suis saisi par la force et le tranchant de ses textes. Ne le prenez pas mal, mais je trouve toujours épatant les femmes qui n'écrivent pas comme des femmes, les femmes qui n'écrivent pas d'abord en tant que femmes. Un texte n'a pas de sexe. Ou alors, il en a au moins trois: mâle, femelle et poétique: la poésie est sexe tout entière, béance des mâles et saillie des femelles, dans tous les cas terriblement animale. Natacha de Pontcharra construit des mondes poétiques parmi les plus singuliers du théâtre contemporain: planètes rouges et noires, à la mélancolie poisseuse, où la nuit n'est jamais loin, où la mort s'entretient comme une arme de précision, dont on pourrait user n'importe quand, n'importe où, pour n'importe qui.
Résumé : Qui n'est pas avec nous est contre nous ! Et qui n'est pas avec vous est contre vous ! Nous sommes le mal. Vous êtes le bien. Pour être du côté du bien, Il suffit donc aujourd'hui, dans ce pays D'être contre nous, Moi qui pensais, Moi qui allais agissant en pensant : Je suis votre mauvaise conscience Voilà qu'aujourd'hui jour affreux grâce à nous, A cause de nous, Evacuée, liquidée, votre mauvaise conscience, Grâce à nous, vous allez dormir tranquilles, Quand de notre insomnie Nous rêvions de faire Quand de notre insomnie, Nous rêvions éveillés de faire Un mal contagieux. Mémoires pyromanes s'inspire de la rie de Ulrike Meinhof journaliste, puis militante de la Fraction armée rouge, retrouvée pendue dans sa cellule, le 8 mai 1976, dans la prison de .Stuagart - Stammheitn.