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De gré de force
Rosi Rossano
IMPRESSIONS NOU
16,00 €
Épuisé
EAN :9782874490019
A V, au 4e étage d'un immeuble de la rue Jaune, longue rue venteuse menant au haut du quartier des Hauts-de-Hauteville, Agapet Adulé, homme quelconque, s'apprête à sortir de chez lui pour se rendre à la gare : son tampon encreur l'attend, comme chaque matin de la semaine, au 34e étage de la Tour K, à Bruxelles - destination matinale de tant d'employés tout aussi quelconques. Mais ne voilà-t-il pas qu'il tombe nez à nez, si on peut dire, et avec une enveloppe dans sa boîte aux lettres et avec un message sur son répondeur téléphonique ! Une femme partie il y a juste un an (certes, à un jour près), un ami invisible depuis longtemps, sont peut-être les auteurs de ces deux messages aussi inhabituels (sa boîte aux lettres est la plupart du temps vide ; son téléphone reste toujours muet), qu'incongrus : comment est-il possible que ça arrive juste au moment de partir " travailler " (puisqu'en effet, il y a " travail " et travail) ? Aussi notre homme quelconque s'assoit-il dans le hall de son appartement, au 4e étage de cet immeuble de la rue Jaune, et tâte-t-il au fond de sa poche le pare-brise d'une petite DS rouge qui ne le quitte jamais ; il songe à tout ce qui a eu lieu il y a un an, ainsi qu'à tout ce qui a précédé ce qui a eu lieu il y a un an et aux conséquences inévitables occasionnées par ce qui a eu lieu il y a un an (c'était le 2 avril, exactement). Et si, au fond, rien n'avait eu lieu ? Comme s'il suffisait à une obsession de paraître parmi un flux de pensées pour donner cette impression qu'elle est le reflet d'une réalité passée. Agapet Adulé est inquiet ; il arrivera sans doute en retard aujourd'hui.
Entre la publication de Quotidien rouge (1971) et les inédits de Paris à ma porte (2021), un demi-siècle de poésie a passé, et c'est pourtant toujours avec la mime alacrité que Guy Goffette, recueil après recueil, écrit ses poèmes. Le parcours -chronologique - que dessine cette anthologie, la première à lui être consacrée, le démontre indéniablement : la vigueur du poète se caractérise par une qualité d'écriture et d'inspiration d'une remarquable et constante homogénéité. C'est sans doute l'une des clefs de la grandeur de Guy Goffette, ce qui fait de lui l'un de nos écrivains essentiels. Les obsessions, les thèmes, les mots pour les exprimer forment un univers reconnaissable entre mille auquel chaque nouveau livre vient ajouter une dimension supplémentaire sans en bouleverser les lignes de forces. C'est un monde d'une cohérence rare dont il urgeait d'offrir aux lecteurs une synthèse, pour lui donner ou redonner l'envie de s'en aller sur des chemins qui sans être jamais les mêmes sont pourtant faits d'une même terre.
Un béret peut changer une vie. Devenu conscrit (à l'époque du roman, il y en avait encore), notre jeune héros se retrouve plongé de but en blanc dans un ennui kaki, qui lui laisse quand même la possibilité de vaquer à ses pensées les plus noirâtres. Car celles-ci s'entortillent autour des idées de la mort (laquelle fera bientôt irruption dans sa jeune vie), de la guerre (en revêtant un béret, il songe inévitablement à la guerre de son père), de l'amour (l'inaccessible Hanska), de l'immigration (son mineur de père arrivé en Belgique juste après la guerre), des eaux troubles du passé (l'Italie fasciste)... Mais le héros emporte avec soi aussi de quoi lire : un Jules Verne et un vieux carnet ayant appartenu à son père. L'un et l'autre vont l'aider à voir plus clair dans ces eaux où il risque de se perdre. Pour percer la houle, ces deux véhicules donc : les Vingt mille lieues, mais aussi ce vieux carnet aux pages toutes noircies d'une écriture gribouillée, serrée, presque illisible : celle de son père ?
Ce roman décrit, moyennant des va-et-vient sinueux entre passé, présent et futur, la trajectoire de vie d'un personnage : le jeune Soir. Cette trajectoire part de son adolescence, de ce réseau de rêves, d'amitiés et de relations filiales plus ou moins assumées (père, mère, tel ou tel professeur : on a l'embarras du choix), pour aboutir à un âge qu'on pourrait qualifier de mûr, comme le suggère d'ailleurs la perte de l'épithète " jeune " accolée au nom de ce héros ordinaire de la vie ordinaire. Cet âge mûr est aussi celui qui le voit se muer, à son tour et contre toute volonté, en professeur " secondaire ". Or, en devenant Soir, le jeune Soir ne fait pas que se séparer imperceptiblement de sa précieuse épithète ; son rapport avec le monde change. De " voyant " (... mais qu'a-t-il vraiment vu ?), le voilà vu. Ce qui n'arrange pas son incapacité à écrire, qui, elle, le persécute depuis cette époque lointaine, là-bas dans les années 70, où il s'était résolu à la surmonter.
Madrid. Un oeil s'ouvre, ce vendredi d'automne à 17h15. Il ne se refermera que le lendemain matin, le temps de voir dix, vingt, trente personnes passer, revenir, se connaître, se croiser, se heurter : un cinéaste en hélicoptère, un traducteur, un policier mélancolique, une coiffeuse, un baryton fiévreux, des écrivains, une clocharde... Et Madrid, qui ne dort jamais.
Qui était " René avant Magritte " ? Une énigme, que personne, jusqu'ici, n'avait cherché à éclaircir. C'est ce qu'a voulu découvrir Jacques Roisin, au cours de l'investigation qu'il a menée pendant treize années (de 1985 à 1998), en rencontrant les témoins encore vivants de la jeunesse du peintre et en fréquentant les lieux de ses vingt-huit premières années. Le compte-rendu de ce travail colossal de recherche a été rédigé sur le ton d'une enquête policière. Le récit nous fait revivre, dans le cadre du " Pays noir " de Charleroi puis à Bruxelles, ses frasques cruelles avec ses frères, sa fascination pour les images, ses lectures et ses séances de cinéma muet, les circonstances du suicide de sa mère - tout ce passé dont le peintre refusera toujours de parler - et, enfin, sa rencontre avec un peintre dans un cimetière et le choc de la découverte du Chant d'amour de Giorgio de Chirico. Tout au long de ce livre, vivant comme un reportage, passionnant comme un roman, apparaît en filigrane l'esprit subversif d'un " Ceci n'est pas une pipe ", véritable manifeste surréaliste, en germe dans l'enfance et la jeunesse turbulentes de René Magritte. Les innombrables témoignages de première main, recueillis auprès de ceux qui ont bien connu le jeune René, étayent l'enquête de terrain et permettent d'éclairer d'un jour totalement nouveau une oeuvre qui ne cesse de nous interpeller. De nombreux documents iconographiques, eux-mêmes inédits, concernant René, sa famille, son quartier, les lieux et les gens qu'il a fréquentés, enrichissent l'intérêt de la lecture. Le portrait de René minutieusement recomposé par Jacques Roisin nous apparaît comme la face cachée du peintre Magritte.
Buyle Jean-Pierre ; Goldrajch Mikel ; Van Gerven D
Demain le palais de justice" est un livre de combat. Pour faire revivre ce colosse dantesque. Pour le faire renaître, enfin libéré de ses échafaudages. Pour vous le faire aimer. 50 artistes de grande renommée se sont engagés à nos côtés. Ils vous proposent leur vision du palais tel qu'il sera à la fin de ce siècle, lorsqu'il fêtera son bicentenaire. Avec vous, sauvons le palais de justice de Bruxelles !
Malgré la résistance de Roland Barthes à l'histoire littéraire et à la logique séculaire que l'école imposait, le XIXe siècle constitue dans son oeuvre un pivot, dont on ne peut se débarrasser à si bon compte, et sur lequel il bute dès qu'il veut construire certains de ses objets d'élection : une histoire des "écritures", une histoire des "mythologies". Si, dans le titre, le pluriel s'est imposé, c'est parce que ses rapports à ce siècle repère furent multiples et parce que, tout au long de sa carrière, ils n'ont cessé d'évoluer. Siècle amical lors de son adolescence, plutôt mal vu au temps de la "nouvelle critique" structuraliste, le XIXe siècle rentre en grâce à partir de S/Z et des Fragments du discours amoureux, et plus encore dans les derniers séminaires sous les auspices du romantisme allemand. La place qui leur revient a été ici donnée aux principaux auteurs de prédilection : Balzac, Chateaubriand, Stendhal, Flaubert, sans oublier Michelet, un auteur qui pourtant "n'était pas son genre". Mais ont été prises en compte aussi des affinités plus partielles (Baudelaire, Nietzsche), voire bien plus ambiguës (Zola). Plus qu'une étude raisonnée, ce volume propose donc une approche en mosaïque des amours et désamours du lecteur et de l'auditeur pour certains créateurs, certaines oeuvres, parfois même pour de simples phrases qui façonnent une oeuvre et un imaginaire critique. Mais il dessine en fin de compte un panorama aussi complet que possible du rapport de Barthes au XIXe siècle : à sa littérature principalement, mais aussi à sa musique, à sa philosophie et à son histoire.