Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Bric et broc
Rolin Olivier
VERDIER
13,70 €
Épuisé
EAN :9782864326397
À VerdierLa dernière fois que j'ai vu Gérard Bobillier, «Bob», comme nous l'appelions, c'était pendant l'été 2009, au début du mois d'août, chez lui, à Verdier, où il était revenu pour rencontrer les participants du Banquet du livre. Je venais d'y prononcer une conférence - celle qui figure dans ce recueil sous le titre «La métis du roman». Bob m'avait invité à parler dans le petit cloître de l'abbaye, comme je l'avais fait déjà, d'autres années, et je lui avais répondu que oui, peut-être, pourquoi pas. J'étais tenté, par camaraderie (nous sommes une génération sentimentale, contrairement à ce qu'on croit), et aussi parce que j'aime le lieu. D'un autre côté, je suis un peu paresseux, et puis l'été, j'aime bien rester chez moi, en Bretagne. J'hésitais donc, lorsqu'il m'a rappelé pour me préciser la date de mon intervention et me demander un titre. J'aurais pu encore tergiverser, mais on ne résistait pas à Bob. Je l'ai entendu soutenir des choses avec lesquelles je n'étais pas en accord, il nous est arrivé d'être en froid l'un avec l'autre, je n'ai pas compris certaines querelles qui l'ont opposé à de communs amis - ce n'était pas un tempérament conciliant -, mais je ne l'ai jamais entendu dire une chose bête ou vulgaire, je n'ai jamais passé un moment avec lui sans en retirer cette excitation mêlée d'un soupçon d'anxiété que donne la fréquentation d'une intelligence que l'on sent plus profonde que la sienne propre, d'un caractère mieux trempé, d'un humour plus féroce. Avec ça, c'était probablement l'homme le plus éloigné du paraître, de la coquetterie intellectuelle (ou même vestimentaire...) que j'aie connu. Avec lui, il fallait être à la hauteur, c'est tout: et ils ne sont pas nombreux, ceux qui vous obligent à vous élever.À Verdier, donc, cet été-là, qui fut son dernier, Bob m'a invité à rassembler les textes de quelques conférences ou articles autour de questions littéraires pour les publier dans la maison qu'en compagnie de Colette Olive et Michèle Planel il avait fondée trente ans plus tôt. Dans n'importe quelle circonstance, et pour les raisons que je viens de dire, sa demande m'aurait honoré. Exprimée alors qu'évidemment il pressentait ce qui était devant lui, et que ses visiteurs, sans trop oser se l'avouer, redoutaient terriblement, elle m'engage. D'autant qu'elle fut réitérée dans les derniers mots, rares et épuisés, qu'il me dit au téléphone, et que Colette et Michèle me la confirment à présent qu'elles se retrouvent seules à la barre des éditions Verdier.
"L'amour", disais-je à Harald ce jour déjà lointain où tout a commencé... Mais non, rien ne commence jamais. Cette histoire, par exemple, a autant de sources que le Nil qui filait devant moi, rasoir tranchant tranquillement mon oeil. Le Nil n'a pas de source, pas d'autre début que les nuages de l'équateur, les milliards de gouttes de pluie ruisselant sur le Ruwenzori, les montagnes de la Lune, les hauts plateaux d'Ethiopie, la rosée qui vêt de perles les vertes collines d'Afrique, l'urine des animaux et des hommes, et même leurs larmes entre, disons, les trentième et quarantième degrés de longitude est, et les parallèles cinq sud et quinze nord. La Grande Rivière naît d'une éponge, d'une chevelure indescriptible, d'un non-lieu immense, et chacune de nos minuscules histoires aussi."
Retrouver la source du Nil fut une aventure étrange et complexe car le fleuve en a plusieurs, tout comme cette réflexion romanesque qui ne cesse d'approfondir en une spirale de récits étroitement imbriqués une sorte d'autopsie du temps. C'est d'abord le passé du Soudan, cette civilisation médiévale de Byzantins noirs à contre-courant du flux de l'Histoire ; c'est aussi le regard d'un archéologue est-allemand sur cette épopée et son refus paradoxal de transmettre le résultat de ses recherches aux générations futures ; c'est surtout, au centre de l'oeuvre, la figure du narrateur qui, réfugié à l'Hôtel des Solitaires à Khartoum, rêve d'une femme qui a disparu de sa vie et qu'il s'est efforcé de faire revivre par un étrange et vain subterfuge. Loin de tout exotisme facile, le roman d'Olivier Rolin est une méditation, dans une langue superbe, sur la dignité de l'échec en même temps qu'un vibrant hommage à la littérature "tournée vers ce qui a disparu'."
Vert émeraude sur bleu nuit PÉRIPHÉRIQUE INTÉRIEUR FLUIDE PÉRIPHÉRIQUE EXTÉRIEUR FLUIDE. Émeraude tu aimes ce nom, va savoir pourquoi. À cause d?Esmeralda, la première fille qui t?ait fait rêver sous les traits, mieux vaudrait dire les courbes de Gina Lollobrigida? Ou bien parce qu?enfant tu passais tes vacances sur la côte d?Émeraude? Pas de planches à voile ni de horsbord ni rien sur l?eau, la mer était vide comme sur les tableaux, alors. Il fallait se méfier des mines dérivantes, la marée en rejetait encore, grosses boules de mort patientes, rouillées. Attendant leur heure. On était si près de la fin de la guerre. Tu es né à mi-distance exactement de la Mère des défaites et de Dien Bien Phu, il faut le faire. La mélancolie historique tu l?astétée avec le lait de ta mère. Elle vous emmenait, ton frère et toi, voir le soleil se coucher depuis une pointe proche de la maison. Assis sur un banc, vous attendiez. Ce n?était pas lesoleil qui tombait, vous expliquait-elle, mais la Terre qui tournait, basculait, s?enfonçait dans la nuit. De l?autre côté du monde, en Asie, en Indochine comme on disait alors, le jour se levait. C?était difficile à croire. Vous espériez voir le rayon vert, mais vous ne l?avez jamais vu. Vous reveniez en silence, perplexes et déçus. Tu aimes le nom de la nuit, aussi, navire night, noche triste, notta continua. En Allemand on ne le dira pas. Chaussée luisante, noire-mordorée BOBIGNY LILLE BRUXELLES PORTE DE BAGNOLET tours noires au sommet perdu dans la brume PORTE DE MONTREUIL HYPERMARCHÉ AUCHAN vert rouge NOVOTEL bleu 550m n302 CAMPANILE vert SAINT-MACLOU PEUGEOT PARIS NORD. Tu as habité par là, à droite, dans la nuit noire, en haut de la rue? quelle rue, déjà? C?était il y a combien d?années? La nuit des temps? C?était avec Judith. Habité est un bien grand mot. Vous dormiez là. Combien d?années? Voyons? une trentaine. Est-ce possible?
J'avais prolongé mon séjour à Veracruz tant qu'elle avait été là — je l'aurais prolongé jusqu'à la fin du monde, s'il n'avait tenu qu'à moi. Maintenant qu'elle avait disparu, je le prolongeais dans l'espoir de la retrouver, ou au moins d'apprendre quelque chose sur les raisons de sa disparition. Un jour, un pli me parvint à l'hôtel, expédié par la poste, ne comportant aucune indication de provenance, aucun mot d'accompagnement. Il contenait les quatre récits, brefs et terribles, qu'on va lire."
Dans un pays dont on ignore le nom, où se succèdent des dictateurs qui tentent de le moderniser, une soeur et son frère jumeau vivent à la ferme de leurs parents, au milieu des plaines. Marcio travaille aux champs avec le père, un homme violent, tandis que Léonora s'occupe de la maison avec sa mère. Ils ont douze ans à peine et leur complicité semble totale, leurs jeux interdits irrépressibles. Mais un soir, alors que leurs corps se rapprochent doucement dans le fenil, le père surgit et voit se confirmer ce qu'il a toujours suspecté. Tandis qu'un nouveau coup d'Etat vient de se produire, les parents décident de séparer les jumeaux. Commence alors un combat long et incertain, celui de la réinvention de soi et de la quête obstinée de liberté.
Le fil de ce récit déroule l'histoire d'une rencontre entre une jeune femme, l'art de Piero della Francesca et un peintre d'aujourd'hui, qui s'appelle lui aussi Piero - un homme aperçu pour la première fois dans un café, au détour d'une place, à Rome. Cette vie à trois devient vite une danse si enivrante, sous la chaleur antique de l'Italie, que souvent l'on ne sait plus au bras de qui l'on danse. "C'est comme l'univers, on ne peut pas dire je le connais. Mais il habite à tel point les nuits et les jours, colore les heures même de repos, s'insinue dans tous les regards jetés, s'immisce dans tous les traits vus, au point qu'un soir, cela devient envahissant, doit naître, et ne cesse plus d'avoir un lieu en moi".
Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard est une oeuvre monumentale, sans équivalent au cinéma, dans l'histoire de l'art et même dans les manières d'écrire l'Histoire. Le cinéma y apparaît enfin tel qu'il est : la forme d'art majeure du XXe siècle et son centre, au-delà du spectacle divertissant pour lequel on le tient généralement et même de l'objet d'amour particulier des cinéphiles. "Le cinéma a fait exister le XXe siècle", il en a été la fabrique. A l'écoute de ce qui est à l'oeuvre dans Histoire(s) du cinéma, ce dialogue, entre le créateur et le critique, est une approche esthétique, philosophique et historique de ses conditions de possibilités : le cinéma dans le siècle et le siècle dans le cinéma, impliquant le tout de l'homme du XXe — de l'imaginaire des salles obscures, de l'horreur réelle des désastres, aux tentatives de rédemption par l'art.
Car nous sommes dans un temps où les vents soulevés charrient de la poussière des confins du désert, car nous sommes dans des villes où nos pas hésitants arpentent nos faillites, détaillent nos abandons, où nos regards brouillés par le sable d'Afrique semé par les grands vents ne discernent plus rien du chemin à tracer, des directions à prendre, car nous sommes en passe de devenir fantômes, frères de déréliction de ceux à qui hier nous tendions des aumônes, fantômes vivants pourtant, tributaires de nos tripes, de nos muscles, de nos désirs éteints, nos regrets murmurés, suspendus aux rumeurs nous n'avons plus de lieux où poser nos fardeaux." M. R. Nous avons souhaité accompagner la publication posthume du dernier livre de Mathieu Riboulet, Les Portes de Thèbes, Eclats de l'année deux mille quinze, d'un ensemble de textes d'écrivains que nous savons particulièrement sensibles à son oeuvre. Mathieu Riboulet est né en 1960 dans la région parisienne. Après des études de cinéma et de lettres, il a réalisé des films de fiction et des documentaires avant de se consacrer à l'écriture. Il est mort à Bordeaux le 5 février 2018. Suivi de A contretemps, décidément de Mathieu Riboulet.
Résumé : Les histoires d'amour ne se ressemblent pas. Cependant elles entretiennent des correspondances secrètes à travers le temps et l'espace. Alice et Vincent s'aiment, aujourd'hui, à Paris : ils ont l'art et l'érotisme en partage. Leur passion entre mystérieusement en résonance avec d'autres amours, des collines de Rome aux rivages du Brésil, et jusque dans la Grèce antique. Dans cette chasse éperdue où l'on ne sait plus qui fuit et qui assaille, on croise Piero di Cosimo, l'énigmatique peintre de la Renaissance, Diane et Actéon, chasseurs illustres, Ariccia et Philippe, égarés en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, et bien d'autres amants pris dans les tumultes de l'Histoire.
Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.Non non non non, rassurez-vous, ce n'est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons...Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s'abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.J.-Cl. G.Prix spécial du jury du prix des Libraires 2019.Prix des lecteurs L'Express/BFMTV 2019.
Résumé : Après avoir donné naissance à une petite fille, Cora Salme reprend son travail chez Borélia. La compagnie d'assurances vient de quitter les mains de ses fondateurs, rachetée par un groupe qui promet de la moderniser. Cora aurait aimé devenir photographe. Faute d'avoir percé, elle occupe désormais un poste en marketing qui lui semble un bon compromis pour construire une famille et se projeter dans l'avenir. C'est sans compter qu'en 2010, la crise dont les médias s'inquiètent depuis deux ans rattrape brutalement l'entreprise. Quand les couloirs se mettent à bruire des mots de restructuration et d'optimisation, tout pour elle commence à se détraquer, dans son travail comme dans le couple qu'elle forme avec Pierre. Prise dans la pénombre du métro, pressant le pas dans les gares, dérivant avec les nuages qui filent devant les fenêtres de son bureau à La Défense, Cora se demande quel répit le quotidien lui laisse pour ne pas perdre le contact avec ses rêves. A travers le portrait d'une femme prête à multiplier les risques pour se sentir vivante, Vincent Message scrute les métamorphoses du capitalisme contemporain, dans un roman tour à tour réaliste et poétique, qui affirme aussi toute la force de notre désir de liberté.