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Critique N° 752-753, Janvier-Février 2010 : Du style !
Roger Philippe
MINUIT
15,00 €
Épuisé
EAN :9782707321121
Prêtons attention: dans ce geste, cette silhouette, ce décor, cette parole... partout s'inventent (ou pourraient s'inventer) des styles. Manières de vivre, façons de faire individuelles ou partagées, elles nous attirent et donnent son énergie à notre propre élan d'être. Nul domaine de notre existence qui ne puisse être stylisé. Cela vaut bien sûr pour l'invention de formes artistiques et pour les conduites esthétiques; mais cela est vrai aussi de la démarche, des parures, des objets quotidiens, des rituels, des postures physiques ou des attitudes mentales. Nous façonnons en permanence nos existences, nos modes d'attention, nos sensibilités et nos visions du monde. Tout semble nous encourager aujourd'hui à ce souci du style. tout nous invite donc à le penser. Des réflexions sur l'ornement aux philosophies du "souci de soi", des "styles cognitifs" aux sociologies des tendances, de la réévaluation de l'idée de "manière" au tournant stylistique du capitalisme contemporain, notre temps est celui d'une "anthropologie du style". Ce numéro spécial de Critique est né d'une conviction: ce tournant anthropologique du style auquel nous assistons, nous le vivons aussi. Il s'agit ici d'en prendre la mesure et de cerner les enjeux des nouvelles pratiques du style, qu'elles soient littéraires, musicales. gestuelles, psychiques ou économiques, religieuses, politiques. Pour mieux les comprendre. Peut-être aussi pour prendre une décision sur le style et, par conséquent, sur nous-mêmes.
Romantisme : le mot fait sourire. Mais quel mouvement d'art et d'idées a autant façonné la modernité européenne ? Non pas, bien sûr, le romantisme des " pleurards " et " rêveurs à nacelles " que raillait déjà Musset. Non pas le romantisme étroit et souvent étriqué de la tradition française. Mais le " romantisme large " dont parlait Barthes, qui ne se laisse pas enfermer dans deux ou trois décennies du siècle ; qui n'est ni français, ni allemand, ni anglais. mais européen. " L'Europe romantique " n'est pas la somme des littératures et cultures nationales : c'est une internationale des nationalités, différente du cosmopolitisme de la République des lettres à l'âge classique. Plus proche, pour le meilleur et pour le pire, des aspirations et contradictions qui sont les nôtres. Le troisième millénaire, qu'André Malraux prophétisait religieux, pourrait bien être Romantik, avec le k du kitsch et du Volapück, les deux idiomes de l'Europe moderne : fusion des idées, conflagration des langues, confusion des sentiments... Bonne raison d'aller voir dans le passé ce que l'avenir nous réserve. Bonne occasion de réunir des voix venues de plusieurs disciplines et pays pour réévaluer le romantisme aujourd'hui.
De Stanze, paru en France en 1981, à Polichinelle, le dernier-né, peu d'oeuvres philosophiques contemporaines ont exercé sur leurs lecteurs le même charme que celle de Giorgio Agamben. Charme au sens le plus fort : ce qui enchante et ce qui enchaîne. L'enchantement naît de ce chatoiement d'une langue et d'une pensée prenant à la traverse philologie, métaphysique et politique. Ondoyante et diverse, telle apparaît de prime abord cette oeuvre si singulière. Mais si elle enchaîne, c'est par sa rigueur, par le caractère construit, délibéré et pour ainsi dire prémédité de sa démarche. La série Homo sacer vient d'être réunie en un seul volume dans sa version française, mais il est clair qu'elle a d'emblée été conçue pour devenir cette somme, tandis que d'autres chemins ne cessaient, autour d'elle, de bifurquer. Ce numéro de Critique, dirigé par Ernesto Kavi, n'a pas vocation à faire le bilan d'une oeuvre qui suit son cours. II voudrait contribuer au riche débat que suscitent, depuis plusieurs années et dans de nombreux pays, les travaux de Giorgio Agamben. Et peut-être, grâce aux contributions ici ras- semblées, aux deux inédits qu'il a bien voulu nous donner et au dialogue qui s'est établi, pour ce numéro, entre Patrick Boucheron et lui, d'esquisser le portrait de ce philosophe qui dit "chercher à sa façon le passage du Nord-Ouest dans la géographie de la vraie vie".
Depuis sa naissance jusqu'aux dernières années du XXe siècle, la corrida n'a cessé d'inspirer artistes, poètes et philosophes. Georges Bataille fut de ceux-là et l'on ne s'étonnera pas de voir Critique revenir dans cette arène où se sont nouées, de longtemps, esthétique et éthique. Et il y a quelque urgence à le faire, tant la pauvreté des discours contemporains sur la corrida est indigne de son histoire, de ses principes et de ses fins. La corrida n'est ni un sport, ni un jeu, ni un sacrifice. Elle est plus qu'un spectacle et moins qu'un rite. Elle n'est pas tout à fait un art ni vraiment un combat. Elle emprunte à toutes ces pratiques qui sont la culture même, et en fait un tout original en les poussant hors d'elles-mêmes. Elle rend la tragédie réelle. parce qu'on y meurt tout de bon, mais rend la lutte à mort théâtrale parce qu'on y joue sa vie en habit de lumière. D'un jeu, elle fait un art parce qu'elle n'a d'autre finalité que son acte ; d'un art elle fait un jeu parce qu'elle rend sa part au hasard. Spectacle de la fatalité et de l'incertitude, où tout est imprévisible et l'issue connue d'avance. Mesure de l'homme à l'animal. Mesure de l'animalité à l'aune de l'humanité. Art paradoxal, la corrida fait rêver les arts : cinéma, peinture, danse, littérature. Objet insaisissable, elle défie la pensée : histoire, anthropologie, philosophie. Pour partie issu d'un colloque tenu à l'Ecole normale supérieure (Paris). ce numéro a été conçu par Francis Wolff et Pedro Cordoba. Pour remettre la corrida dans la lumière de sa vérité ?
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.
Je suis dans la chambre de ma mère". Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : "Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement" L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur. En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'oeuvre de Samuel Beckett. Jean-Jacques Mayoux, trente et un ans plus tard, nous en offre une lecture encore enrichie par le temps.