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Philosophia Scientiae Volume 24 N° 2/2020 : Philosophies de la ressemblance
Rebuschi Manuel
KIME
24,00 €
Épuisé
EAN :9782841749768
Personne ne nierait que les chats se ressemblent sous un grand nombre de rapports, ni ne douterait du fait qu'ils ressemblent plus aux chiens qu'aux bactéries ou aux matchs de tennis. En réalité, il semble légitime de croire que c'est en vertu de cette similarité d'ensemble que nous pouvons dire que certains individus appartiennent à une même espèce, qu'ils sont tous des chats. Ces intuitions partagées suggèrent que la notion de ressemblance joue un rôle crucial sur le plan épistémique. Elle serait ce qui sous-tend nos classifications et taxonomies, ce qui nous permet d'identifier des régularités naturelles, et ce qui se trouve à la source des raisonnements analogiques et inductifs, parmi d'autres fonctions cognitives. Cette place prééminente de la ressemblance dans le discours ordinaire et scientifique appelle, en retour, une explication métaphysique. Pour beaucoup de philosophes, nos jugements de ressemblance seraient ultimement dépendants de (et justifiés par) une organisation intrinsèque de la réalité. Comment cependant fonder une telle intuition ? Réalistes, nominalistes et théoriciens des tropes ont entretenu de vifs débats quant à savoir si les faits concernant la ressemblance entre particuliers devaient être expliqués ou non en termes de propriétés partagées. On place également au premier plan des discussions relatives aux "espèces naturelles" et plus généralement à l'essentialisme la notion de ressemblance, la question étant de savoir si elle y joue ou non un rôle définitionnel ou explicatif. Il n'y a pas jusque dans la métaphysique des modalités où ce concept n'ait été largement discuté, puisqu'il est possible de rendre compte de la vérité des assertions contrefactuelles en devisant une théorie des "contreparties" qui repose crucialement sur la notion de similarité relative. Enfin, le concept de ressemblance est central pour rendre compte de la notion de représentation et de dépiction. On a souvent soutenu que la ressemblance est ce qui constitue la principale différence entre descriptions et dépictions, langages et images. Mais de quelle nature est cette ressemblance ? Assurément, la ressemblance n'est pas une condition suffisante de la représentation. Mais en est-elle même une condition nécessaire ? Il est clair que si la ressemblance est un concept central de l'esthétique, les problèmes relatifs à sa définition logique (symétrie, réflexivité, transitivité) ressurgissent sous une autre modalité. A cet égard, la position de Goodman - selon laquelle la représentation n'a rien à voir avec une quelconque ressemblance perceptuelle - est la plus radicale. Mais depuis la parution de Langages de l'art, bon nombre de philosophes ont essayé d'amender cette position dans un sens qui la rende plus compatible avec le sens commun. Voici, dès lors, quelques-unes des questions que nous aimerions examiner dans ce numéro thématique de Philosophia Scientae : existe-t-il des formes et degrés de ressemblance, ou peut-on en formuler une conception englobante ou "cosmique" , pour reprendre le mot de Quine ? La ressemblance entre particuliers, métaphysiquement parlant, consiste-t-elle simplement dans le fait qu'ils partagent des propriétés ? La similarité, globale ou aspectuelle, est-elle fondée sur des faits objectifs ? Est-elle éliminable ? Avons-nous une intuition innée de la ressemblance ? Comment rendre compte du caractère "vague" de la ressemblance ? Quel rôle la similarité joue-t-elle sur le plan épistémique ? Devons-nous rendre compte de nos classifications et taxonomies, ainsi que de la notion d' "espèce" (biologique, chimique, naturelle) à l'aide de la notion de similarité ? Quel(s) rôle(s) la ressemblance joue-t-elle dans les sciences ? La ressemblance permet-elle de définir la notion de dépiction ?
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
Dans le sillage de Flaubert sont nées, dans tous les domaines artistiques, des adaptations et des créations multiples, reflétant la réception contrastée de son oeuvre de par le monde : le cinéma, le théâtre, la musique, l'opéra, la bande dessinée, nous offrent aujourd'hui une très large palette d'intertextes attestant la vitalité d'une oeuvre constamment lue, relue, réécrite, traduite, retraduite, bref, constamment (ré)interprétée, en vertu d'intentions parfois contrastées, méritant une étude attentive, en vertu peut-être aussi de l'inquiétude fondamentale qui traverse l'oeuvre de Flaubert et dont ces postérités sont, chacune à leur manière, les échos entêtants. L'étude de ces "dérivés" flaubertiens révèle aussi bien les procédés d'actualisation de la filiation ainsi revendiquée, que les singulières métamorphoses induites par les lectures de Flaubert en d'autres langues et au sein d'autres cultures. Ce volume rassemble les travaux de chercheurs internationaux, qui, à l'étranger et en France, nous offrent un vaste panorama de ces créations.
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.