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Le mouvement social N° 271, avril-juin 2020
Rasmussen Anne
LA DECOUVERTE
16,00 €
Épuisé
EAN :9782348064258
Il faut saluer la publication par Le Mouvement social d'un dossier consacré à différents aspects de l'oeuvre de Pierre Laborie disparu en mai 2017. Tout laisse à croire que la pensée de Pierre Laborie continuera à se déployer post-mortem, dans la mesure où elle est susceptible de stimuler et de nourrir quantité de recherches en sciences sociales, et pas seulement en histoire. Chercheuses et chercheurs de toutes disciplines pourront faire leur profit de ses trouvailles en puisant dans sa boîte à outils. Avec ce numéro qui vient après la publication posthume d'un recueil de textes, dont certains étaient totalement inédits, Le Mouvement social joue donc pleinement son rôle de passeur intellectuel critique. Il ne s'agit pas ici de célébrer Pierre Laborie dans la veine de ces propos convenus qui accompagnent tout décès. Il s'agit plus modestement de proposer quelques éclairages et clés pour la lecture d'une oeuvre féconde et complexe que tout un chacun sera évidemment libre de critiquer, d'évaluer et de transposer comme bon lui semblera.
Depuis le XIXe siècle, le médicament est au centre de notre système moderne de santé. Substance d'origine chimique ou biologique, le médicament est délivré sous les formes les plus diverses, des potions aux pilules et des comprimés aux collutoires. Cet objet à la fois familier et singulier fait se rencontrer différents mondes : celui du médecin qui prescrit le médicament, du pharmacien qui le prépare, du scientifique qui le conçoit au laboratoire, du clinicien qui en fait l'essai, de l'agent de l'État qui en autorise la vente, de l'industriel qui le fabrique en masse. Et finalement, du patient qui le consomme, l'adopte ou le rejette. Dans cet ouvrage à plusieurs voix, des historiens de la médecine et de la pharmacie, de l'économie et de la culture, rendent compte des pérégrinations du médicament entre ces différents mondes. Ils mettent en valeur les transformations qui ont, depuis deux siècles, sur la scène française, façonné cet objet au cœur de notre quotidien et vecteur des imaginaires les plus contrastés : pierre de touche des aspirations de tous à la vie en bonne santé, le médicament est aussi le symbole même des risques sanitaires, des difficultés économiques de nos systèmes de protection sociale et de l'inégalité de l'accès aux soins sur le marché international.
Dans la mémoire des Français, la Première Guerre mondiale et ses images sanglantes restent comme l'incarnation du mal absolu. Mais la guerre de 1914 ne se limite pas à cette horreur, aux poilus pris dans les tranchées boueuses, aux ambulancières héroïque et aux enfants mutilés. Elle a emporté tout un peuple à se mobiliser au nom de la patrie, et en particulier les intellectuels qui se sont emparés de la boucherie pour écrire des livres ou de la musique, peindre des toiles, sculpter, philosopher. Et cette guerre peut aussi se comprendre vue d'un " autre front ", celui de la vie de l'esprit, où intellectuels et artistes, mobilisés ou pas, se sont mis, pour la première fois avec cette intensité, au service d'une cause : la guerre, le plus souvent, mais parfois aussi, la paix en inventant la dissidence. Ce livre, en embrassant la Première Guerre mondiale dans une durée plus longue que celle qui lui réserve habituellement l'histoire politique et militaire, tente de contribuer à une nouvelle histoire culturelle d'un conflit que l'on ne peut décidément plus comprendre du seul point de vue des canons. Il mesure l'engagement des intellectuels à l'aune de leur avant-guerre et apprécie les premières blessures que le conflit laissa à l'âme du XXe siècle. Il prend enfin en charge les incohérences d'un temps qui vit le retour des conformismes esthétiques et des conservatismes politiques les plus décisives pour notre modernité. Pour le meilleur et pour le pire.
Les deux textes proposés dans ce dossier, de Chad B. Denton et Nessim Znaien, mettent en lumière la manière dont les historiens ont, depuis plusieurs décennies, interrogé les mutations qui bouleversent l'économie et la société française durant et après la Grande Guerre. Ils s'inscrivent dans le cadre d'un renouveau historiographique entamé dans les années 1970, accéléré au cours des années 1990, puis intensifié autour du centenaire sous les effets d'une production scientifique démultipliée et poussée par une demande sociale.
Becker Howard S. ; Merllié-Young Christine ; Merll
Après de nombreuses années de pratique du métier, Howard S. Becker livre, avec le style qui a fait son succès, les leçons tirées de son expérience de sociologue. Empiriques au même titre que les sciences de la nature, les sciences sociales ne progressent que par la qualité de l'articulation entre des " idées " (ou théories) et des " données ", toujours produites par des procédés de fabrication à analyser. La distinction, qui structure la profession, entre recherches " qualitatives " et " quantitatives " ne change rien à l'exigence de fournir des " preuves " solides, capables de résister au doute pour convaincre collègues et adversaires. La nécessité d'une analyse critique des données est ici démontrée à la lumière d'une gamme étendue de recherches, des plus collectives et objectivantes, comme les recensements de la population, aux plus personnelles, comme les observations ethnologiques, en passant par toutes les formes intermédiaires de la division du travail entre concepteurs des recherches et personnes chargées de la collecte des données. Cette ré? exion sur les conditions pratiques de l'observation s'adresse aussi bien aux professionnels des enquêtes, aux chercheurs en sciences sociales qu'à l'étudiant devant réaliser son premier mémoire de recherche.
Depuis une dizaine d'années, les caméras de vidéosurveillance ont envahi notre paysage urbain. Une frénésie sécuritaire qui fait déjà l'objet d'abondantes critiques mais qui dissimule encore ses véritables failles, systémiques, techniques, juridiques, tout en banalisant chaque jour un peu plus une idéologie d'autosurveillance généralisée. Depuis les années 2000, les caméras de vidéosurveillance et de vidéoprotection ont envahi notre paysage urbain. Cette nouvelle manière de protéger la population fait couler beaucoup d'encre. Or les prismes dominants (sécurité versus liberté) et les images mobilisées (du Panoptique à Big Brother, en passant par Minority Report), en disent plus sur les fantasmes collectifs que sur les réalités concrètes de ce dispositif. Dans ce récit d'enquête, au plus près des expériences et des représentations des acteurs publics et privés qui utilisent la vidéosurveillance au quotidien, Elodie Lemaire passe au crible les idées reçues sur cet oeil sécuritaire, pour mieux en identifier les vrais dangers. En nous faisant pénétrer dans les salles de contrôle et les coulisses des tribunaux, l'auteure montre que les usages de la vidéosurveillance sont loin d'être conformes à sa réputation de " couteau suisse de la sécurité " ou de " reine des preuves ". Mais ces limites cachent d'autres dérives bien réelles, comme la banalisation d'une idéologie qui construit progressivement notre vision sécuritaire du monde social.
Composée de plus de 1,3 milliard d'habitants, la société chinoise fascine ou effraie. Depuis 1949, elle a connu l'arrivée des communistes au pouvoir, le maoïsme, les réformes à partir de Deng Xiaoping et la reprise en main du pays dès 2013 par Xi Jinping. De manière inédite dans l'histoire du capitalisme, elle concilie un libéralisme économique d'Etat et un régime officiellement de " dictature démocratique du peuple ". Concrètement, comment la Chine en est-elle arrivée à cette modernité contrastée et quels sont les effets d'un régime autoritaire sur les différentes strates de la société chinoise ? La trame chronologique suivie dans ce livre permet d'analyser la société chinoise sous de multiples angles : éducation, travail, santé, appartenance ethnique, migrations, rapports hommes-femmes, jeunesse, religion, inégalités sociales, mouvements de contestation, questions sociales et environnementales. Les nombreux encadrés apportent des éclairages précis et des données récentes sur des aspects souvent méconnus de la société et de ses acteurs, au-delà des clichés sur la modernisation chinoise en ce début de XXIe siècle.
Narcisses pathologiques mégalomanes, prêts à tout pour réussir, Narcisses vulnérables, hypersensibles à la critique, dissimulant leur désir de toute-puissance derrière une façade d'humilité, les Narcisses sont de tous les fronts et font recette. Pour s'en prémunir, il faut pouvoir les reconnaître : Marie-France Hirigoyen propose ici une grille de lecture explicite et salutaire. Dans un monde toujours plus compétitif, les Narcisse occupent des positions de pouvoir au sein des affaires ou des médias, voire à la tête des Etats. Certains observateurs, confondant narcissisme et confiance en soi, considèrent que le renforcer permettrait d'affronter les maux de l'époque. Pourtant, les " psys " dénoncent régulièrement le rôle désastreux du narcissisme ambiant sur leurs patients : solitude, souffrance au travail, désordres amoureux... Pour comprendre cette réalité paradoxale, Marie-France Hirigoyen propose une enquête détonante nourrie de sa clinique. Elle pointe la confusion entre le narcissisme sain, qui permet d'avoir suffisamment confiance en soi pour s'affirmer, et le narcissisme pathologique consistant à se mettre en avant aux dépens des autres. Elle reprend la genèse de ce concept dans la psychanalyse freudienne, puis dans la psychanalyse américaine, qui l'a transformé en mettant l'accent sur l'" estime de soi " - participant ainsi d'un glissement de sens emblématique. Emaillé de nombreuses études de cas, histoires et récits de vie, ce livre explique ainsi de manière vivante et originale les dérives du monde moderne, où de plus en plus d'individus sont centrés sur eux-mêmes, " scotchés " à leurs écrans, " accros " aux réseaux sociaux pour se valoriser et exister uniquement dans le regard de l'autre. Mais il invite aussi, grâce à un dialogue renouvelé entre psychanalyse et sociologie, à mieux comprendre les traits narcissiques pour contrer l'ascension des Narcisse tout-puissants. Un projet indispensable pour notre avenir commun.