Libraire à Genève jusqu'en 1996, Fabienne Raphoz dirige depuis cette date les éditions José Corti avec Bertrand Fillaudeau. Ses études littéraires l'ont amenée à s'intéresser aux contes populaires et aux traditions orales. Aux éditions Héros-Limite, elle a publié Terre sentinelle (2014) et Jeux d'oiseaux dans un ciel vide (2011), ouvrage dans lequel la science ornithologique - qu'elle pratique avec assiduité - se conjugue avec l'écriture poétique. Reprenant une conférence donnée dans le cadre des Rencontres d'Aubrac 2013, le texte de Parade au paradis (des paradisiers) articule savoir scientifique et réflexion poétique. L'auteure s'emploie à trouver des éléments de réponse à la question frontale que lui a posée, un jour, un enfant : Pourquoi l'oiseau ? Mais c'est devant un public d'adultes que Fabienne Raphoz s'autorise, pour relever ce qui ressemble bien à un défi, à recourir autant aux résultats vérifiables de l'ornithologie, exposés avec une grande clarté pédagogique, qu'à l'intuition linguistique qui lui permet de relier oiseau à paradis. Et c'est grâce à l'homophonie - autre arme poétique redoutable - qu'elle peut postuler l'étymologie aventureuse qui fait le lien entre paradis et parade nuptiale de certains oiseaux mâles. Si Buffon est souvent cité, c'est surtout au Novalis du projet d'Encyclopédie qu'on pense en découvrant un texte dans lequel le langage poétique (ce Dolce Stil Novo) valide, en les réorganisant sans une perspective inédite, les résultats des sciences dures.
J'ai réfugié mon pays natal du Faucigny entre deux petites départementales peu fréquentées des Causses du Quercy, dans une de ces maisons sorties d'une vie antérieure et qui vous dit : "c'est là ". Au moment précis où je commence ce livre, le 30 juin, 9h38, un Troglodyte mignon est à peu près le seul de sa classe à percer le silence. Son chant, qui alterne les modes majeur et mineur, est rythmé par les gouttes d'une pluie continue dont le timbre varie selon leur densité et le support qui les accueille, feuilles de frêne ou de tilleul, gravier, friche, vitre ; variations que le petit enregistreur peine à distinguer, chaque goutte d'eau, tombant sur la bonnette, ayant plutôt tendance à exploser dans l'oreille en mini-grenade sans subtilité sonore à l'échelle du tympan. (...) " Voici une ballade au bois, mais pas seulement, qu'une ornithophile consacre aux oiseaux, mais pas qu'à eux, où il sera question de grillons des bois ou d'Italie, d'oiseaux de paradis, de dodos, mais aussi des hôtes singuliers du Colombier : Lady Hulotte, Front-Blanc, Tête-noire et quelques autres.
Résumé : Biophile et poète, Fabienne Raphoz vit au rythme des saisons. Dans un geste continu où s'entremêlent au quotidien les recherches de terrain, les lectures et l'écriture, elle tient, de saison en saison, l'observation minutieuse du vivant et l'exploration poétique de son inventivité.
Jean Marais a immortalisé sous ses traits la formidable stature de la Bête, dans la fameuse mise en scène de Jean Cocteau. Le scénario du film, directement issu du conte de Madame Leprince de Beaumont est, comme tous les contes, une bien vieille histoire : une histoire de métamorphose et l'une des plus répandues du répertoire indo-européen. Dans une monographie érudite de 1955, un folkloriste danois (J-Ö Swahn) fait le compte : plus de 1100 variantes de La Belle et la Bête parcourent le monde. La tentation était grande de réunir non seulement les versions les plus représentatives de ce conte, de partir en quête de ses sources et migrations, mais aussi de le mettre en perspective avec d'autres contes à métamorphose où la bête est une animale (de la Chatte blanche de Madame d'Aulnoy jusqu'aux variantes les plus populaires) et le prince, un sauveur. Cette réunion thématique, de 41 contes littéraires et populaires, nous fera remonter dans l'Antiquité, avec le conte de Psyché ; et au Moyen Âge, avec le mythe de Mélusine. L'anthologie s'accompagne d'une trentaine de photographies de belles et de bêtes éternelles : de pierre et de marbre ; et d'une dizaine de gravures du XIXe siècle.
Ce recueil, bien loin d'être de la disparate est le kaléidoscope d'une sensibilité vibratile où la fonction "pensée" , un peu à la Roberto Juarroz, n'empêche pas un certain lyrisme lorsque la parole se dépasse jusqu'à ce qui la calcine. D'autres fragments sont plus réflexifs - aphoristiques ou philosophiques - ici et là voilés d'humour, parfois aussi teintés d'abstractions ; d'autres enfin sont plus descriptifs lorsque le regard se réfléchit autant qu'il se perd dans l'implicite. L'ensemble des poèmes tente de saisir ce qui se trame dans la durée ou la fulgurance : pendant.
Résumé : Dix chevaux-vapeur n'est pas seulement une attaque contre la déshumanisation du travail à la chaîne chez Citröen et l'exploitation du tiers-monde (plantations de caoutchouc), c'est une réflexion inquiète sur l'avènement de l'automobile, le règne de la vitesse imbécile. La bagnole, écrit Ehrenbourg, "? déchiquette la chair, aveugle les yeux, ronge les poumons, fait perdre la raison. Enfin, la voilà qui s'échappe par une porte pour entrer dans le monde. Sur l'heure, elle débarrasse son pseudo-propriétaire de l'archaïque repos. Le lilas se fane. (...) L'automobile, laconiquement, écrase les piétons. (...) On ne l'accuse de rien. Sa conscience est aussi pure que celle de M. ? Citroën. Elle n'accomplit que sa mission : elle est appelée à exterminer les hommes. ? "
Bouvier Nicolas ; Chollier Alexandre ; Dubois Thie
En 1994, les Presses universitaires de Princeton publient un ouvrage intitulé Geneva, Zurich, Basel : History, Culture & National Identity. On demande à Nicolas Bouvier de s'occuper du chapitre sur Genève ; il écrit dix pages dans lesquelles il aborde avec lucidité et non sans humour ce qui a fait la spécificité de la ville, tout comme les grands noms qui ont marqué son histoire. En commençant par la guerre des Gaules, il fait la part belle à tous les "grands thèmes genevois" : rigueur du protestantisme calviniste, banques, pédagogie, botanique, humanitaire... On y découvre le double visage d'une République qui, au fil des siècles, a tantôt recueilli quelques-unes des plus grandes personnalités étrangères, tantôt rejeté ses plus illustres penseurs ; une République qui, parce qu'elle a toujours été prise dans l'étau de puissances adverses et parfois hostiles, a su se façonner une identité propre ; et où les sciences ont pu trouver un terrain de développement favorable alors même que les arts sont souvent restés en rade. Sans complaisance mais avec une évidente affection pour sa ville natale,
Figure majeure de l?avant-garde poétique américaine au 20e siècle, co-fondateur du mouvement «?objectiviste?» dont font aussi partie Charles Reznikoff ou George Oppen, Louis Zukofsky a publié au cours de sa vie un nombre important de poèmes et d?essais. Malgré l?importance capitale de ces textes tant aux États-Unis qu?outre-Atlantique, peu d?entre eux sont disponibles en français. C?est le cas notamment de Un objectif & deux autres essais, traduit par Pierre Alféri et publié par les éditions Royaumont en 1989.Ce texte que nous nous apprêtons aujourd?hui à rééditer dans la collection feuilles d?herbe comprend donc trois essais?: «?Un objectif?», «?La poésie?» et «?Déclaration pour la poésie?». Définitions et commentaires sur la poésie, ils en exposent en fait une conception singulière, théorisent le rapport que la poésie objectiviste ? et celle de Zukofsky en particulier ? entretient au monde, à la forme, à la musique. Le premier essai est en vérité un programme, celui que la poésie objectiviste se fixe dès 1931, et dont une première version avait été publiée dans la revue Poetry de Harriet Monroe, dans un numéro qui avait en quelque sorte fondé le mouvement objectiviste.
Résumé : Lorsque je me mets en route, je n'ai aucune spécialité, je suis dilettante en tout ; j'aime la musique sans être véritablement musicologue, je fais des photographies sans être photographe, et j'écris de temps en temps sans être véritablement écrivain. Je crois que si je devais me prévaloir d'une spécialité, j'opterais pour celle de voyageur. Etre l'oeil ou l'esprit qui se promène, observe, compare et ensuite relate, une sorte de témoin.