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L'inconscient esthétique
Rancière Jacques
GALILEE
16,00 €
Épuisé
EAN :9782718605548
Je ne parlerai pas, sous ce titre, de l'application au domaine esthétique de la théorie freudienne de l'inconscient. Je ne parlerai pas de psychanalyse de l'art, ni même des emprunts nombreux et significatifs que les historiens et philosophes de l'art ont pu faire aux thèses freudiennes et lacaniennes en particulier. Mon intérêt est même inverse : Plutôt que de chercher à savoir comment les concepts freudiens s'appliquent à l'analyse des textes littéraires et des oeuvres plastiques, je me demanderai pourquoi l'interprétation de ces textes et de ces oeuvres occupe une place stratégique dans la démonstration de la pertinence des concepts et des formes d'interprétations analytiques. Mais il ne s'agira pas non plus de psychanalyser Freud. Les figures littéraires et artistiques choisies par lui ne m'intéressent pas en tant qu'elles renverraient au roman analytique du Fondateur. Ce qui m'intéresse est de savoir ce qu'elles servent à prouver : dans leur plus grande généralité, qu'il y a du sens dans ce qui semble n'en avoir pas, de l'énigme dans ce qui semble aller de soi. Ainsi, si Freud peut faire servir ces "exemples" (littéraires et artistiques) à sa démonstration, c'est qu'ils sont en eux-mêmes les témoignages d'un certain inconscient. Pour le dire autrement, si la théorie psychanalytique de l'inconscient est formulable, c'est parce qu'il existe déjà de l'inconscient à l'oeuvre, et que le terrain des oeuvres de l'art et de la littérature se définit comme le domaine d'effectivité privilégié de cet "inconscient". Mon interrogation portera donc sur l'ancrage de la théorie freudienne dans cette configuration déjà existante de la "pensée consciente", dans cette idée du rapport de la pensée et de la non-pensée qui s'est formée et développée d'une façon prédominante sur le terrain de ce qu'on appelle esthétique. Il s'agira de penser les études "esthétiques" de Freud comme marques d'une inscription de la pensée analytique de l'interprétation dans l'horizon de la pensée esthétique."
Tout commence à la tombée de la nuit quand, dans les années 1830, un certain nombre de prolétaires décident de briser le cercle qui place le sommeil réparateur entre les jours du salaire. Cercle du temps volé, absurdité d'une existence vouée à entretenir indéfiniment les forces de la servitude avec celles de la domination, à reproduire la fatalité qui voue les uns aux privilèges de la pensée, les autres aux contraintes du travail manuel. C'est pourquoi ils écrivent : les poèmes de leurs rêves d'enfants, la chronique de l'atelier-prison, des lettres d'amour aux missionnaires saint-simoniens, des journaux pour rappeler les droits et les devoirs des ouvriers. Les aubes sont amères : comment faire régner la communauté des âmes chez ces travailleurs voués aux égoïsmes, individuels ou collectifs, du salaire ? Et les apôtres (saint-simoniens, fouriéristes ou icariens) réservent aux rêveurs prolétaires le sort peu enviable de militants de choc du Travail Nouveau. Dans ces parcours, retracés à partir d'archives closes ou d'écrits oubliés, on trouvera l'écho de maint rêve ou désillusion de notre temps. Et peut-être portera-t-on un regard neuf sur la paradoxale et persistante entreprise qui veut refaire le monde autour d'un centre que ses occupants ne songent qu'à fuir...
Tout commence à la tombée de la nuit quand, dans les années 1830, un certain nombre de prolétaires décident de briser le cercle qui place le sommeil réparateur entre les jours du salaire : cercle d'une existence indéfiniment vouée à entretenir les forces de la servitude avec celles de la domination, à reproduire le partage qui destine les uns aux privilèges de la pensée, les autres aux servitudes du travail. Le rêve éveillé de l'émancipation ouvrière est d'abord la rupture de cet ordre du temps qui structure l'ordre social, l'affirmation d'un droit dénié à la qualité d'être pensant. Suivant l'histoire d'une génération, ce livre met en scène la singulière révolution intellectuelle cachée dans le simple nom de mouvement ouvrier. Il retrace ses chemins individuels et collectifs, ses rencontres avec les rêves de la communauté et les utopies du travail nouveau, sa persistance dans la défection même de l'utopie.
Résumé : La première question philosophique est une question politique : qui peut philosopher ? Pour Platon, les citoyens doivent accepter un " beau mensonge ": la divinité a donné aux uns l'âme d'or des philosophes, aux autres l'âme de fer des artisans. Si les cordonniers ne s'occupent que de leurs chaussures, la cité sera en ordre et la philosophie protégée de la curiosité des " bâtards ". Au XIXe siècle, les cordonniers s'agitent et des philosophes viennent proclamer le grand changement: le producteur désormais sera roi et l'idéologue esclave. Pourtant, à suivre le parcours de Marx, la science du nouveau monde prend une allure déconcertante: le " vrai " prolétaire est toujours à venir, le Livre interminable, et le savant récuse tous ceux qui tentent d'appliquer sa science. Sartre affronte ce paradoxe : l'ouvrier devient le gardien absent du monde du philosophe, et ce dernier doit loger ses raisons dans les raisons du Parti. Chez Bourdieu, la critique supposée radicale des distinctions culturelles et des illusions philosophiques condamne les dominés à avoir les goûts et les pensées imposés par la domination. Le philosophe n'est plus roi. Mais le professionnel de la pensée s'assure à bon compte d'un regard " lucide " sur l'aveuglement de son voisin, pour la bonne cause d'un peuple toujours prié de rester à sa place.
L'étrange parfum des fleurs exotiques, la couleur des balisiers, la poétique de la toponymie, les formes tropicales transformées en forces, le cimetière qui est une plage, la trace sur le sable d'un enfant à venir, le pays natal où l'on n'est pas né, la vie sous l'eau, le regard d'un serpent, l'oeil d'un poisson flûte, la lenteur des animaux marins, les séquences d'une pêche miraculeuse, les lumières de la nuit dans un mouillage, l'ombre de Gauguin, la géométrie cosmique d'un squelette d'oursin, le surgissement d'un cercueil, la secousse d'un tremblement de terre, les temps de l'holothurie ou du colibri, le langage des bateaux, la déesse rousse du volcan, les lumières d'un vaisseau fantôme, la naissance de la nuit, la cérémonie d'une noce païenne, l'énergie du rayon vert, le partage des eaux avec une tortue, la furie d'un combat de coqs, la mélancolie du carnaval : la poésie est toujours autobiographique. Voici l'un de mes journaux.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...