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NOUVELLES ET MORCEAUX T3. OEUVRES COMPLETES VOL.7
RAMUZ CF
SLATKINE
29,00 €
Épuisé
EAN :9782051020251
C'est une chose splendide [...], vous êtes libéré de la tyrannie du sujet, du genre, de la forme, de tout ce qui ne devrait jamais être que le prétexte d'une oeuvre, ou son appui et qui en est trop souvent le joug et la cage." Ces quelques lignes à propos d'Adieu à beaucoup de personnages, extraites d'une lettre élogieuse d'Ernest Ansermet, évoquent avec clairvoyance le projet esthétique qui sous-tend l'écriture du recueil ; elles pourraient s'appliquer avec autant de pertinence à de nombreux autres textes parus entre 1912 et 1914 dans la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève. La création des Cahiers vaudois, qui réunissent des artistes considérant Ramuz comme leur chef de file, ouvre à l'écrivain une période de grande liberté éditoriale, et lui offre l'occasion d'affirmer ses partis pris esthétiques. Il emprunte alors avec finesse des caractéristiques propres aux genres de l'essai et de l'autobiographie pour faire de ces fictions brèves autant de facettes d'un ambitieux art poétique centré sur la représentation du pays. Ramuz n'abandonne cependant pas les collaborations de longue date qui le lient à La Semaine littéraire et à la Bibliothèque universelle, auxquelles il destine des textes où le récit tient plus de place. Ces publications, ajoutées aux tentatives - infructueuses - de percer à Paris comme nouvelliste, marquent d'autres traits formels une production aux allures hétérogènes. L'édition conjointe des nouvelles et des morceaux parus - ou rédigés - entre 1912 à 1914 révèle en creux un écrivain à la fois soucieux d'accroître son public et désireux de se donner les moyens d'élaborer une oeuvre originale, où les contraintes éditoriales ne retranchent rien à la rigueur du projet poétique.
On voit que l'art vivait de l'art, et était un gourmand de l'arbre, au lieu de se nourrir de la terre elle-même ; on voit que le livre vivait du livre et s'inspirait du livre, et la "littérature" se greffait sur la littérature." Sur fond d'une Première Guerre qui s'enlise, voilà comment Ramuz considère la production littéraire de ses contemporains. L'enjeu de son entreprise, parvenue à son point critique, est de renouer au-delà de la littérature - mais par la littérature néanmoins - avec la connaissance élémentaire, la plus purement émotive, "commune à la brute et au philosophe". Pour descendre (ou monter ? ) jusque-là, l'écrivain doit imaginer se déprendre de l'Ecriture ; et c'est dans la salutation qu'il trouve le modèle d'une parole qui n'est guère plus qu'un geste, tout à la disposition du monde et à son accueil. Instant de la relation intime avec la nature, la salutation paysanne atteint à l'expérience mystique. Ce n'est pas faute d'avoir essayé : mais pour exprimer cette connaissance qui n'est encore qu'une émotion, l'édifice romanesque est encombrant - et cela même dans la fausse simplicité que lui donne l'auteur, dès Aline. En revanche, grâce à la virginité du "morceau", érigé par Ramuz lui-même au rang de genre (anti)littéraire, l'écrivain estime sa tentative publiable, qui consiste au fond à concéder à l'écrit une expérience langagière qui par nature l'excède.