Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
La tyrannie de la communication
Ramonet Ignacio
GALILEE
24,00 €
Épuisé
EAN :9782718605128
Tian'anmen, Berlin, Timisoara, guerre du Golfe, Somalie, Rwanda, Bosnie, Simpson, Diana, Clinton-Lewinsky : autant de noms qui ont scandé la vie du téléspectateur, au rythme du tam-tam planétaire auquel nul ne peut échapper. Abreuvés d'info-marchandise rivalisant de sensationnel et de racolage en temps réel, les citoyens se méfient de plus en plus des journalistes : l'ère est au soupçon. Chaque jour moins crédibles, qu'ont-ils fait de la médiaphilie des années soixante-dix, de la foi générale dans un quatrième pouvoir capable de faire régner l'équation information = liberté = démocratie ? Simples ouvriers travaillant sur la chaîne de l'info en continu, qui ont galvaudé leur profession, sacrifiant la qualité sur l'autel de l'excès d'informations souvent au détriment d'autres informations plus essentielles, l'éthique sur celui de la concurrence, qu'attendent-ils pour réagir à la crise du JT, pour refuser télépoubelle et tromperies, pour se livrer à une autocritique salutaire ?S'informer sur l'information et renoncer au simplisme, c'est à ce prix que, prévoit Ignacio Ramonet, rédacteur en chef du Monde diplomatique, le journaliste retrouvera son âme et son audience. Un pamphlet décapant. --Anne Barrat
Face à la puissance nouvelle des communications de masse, la question que se posent les citoyens n'est plus : sommes-nous manipulés ? Car la réponse à cette interrogation, chacun le sait, est malheureusement affirmative. Il s'agit désormais de savoir comment nous sommes mentalement influencés, contrôlés, conditionnés ? A l'heure d'Internet et de la révolution numérique, ce livre tente de répondre à cette question majeure. En rappelant comment se fabrique l'idéologie, comment se construit cette silencieuse propagande qui vise à domestiquer les esprits, à violer les cerveaux et à intoxiquer les c?urs. A l'aide de nombreux exemples puisés dans la télévision ou le cinéma, il nous explique quels sont les mécanismes et les procédés de l'endoctrinement contemporain. Comment, sans que nous nous en apercevions, les nouveaux hypnotiseurs entrent par effraction dans notre pensée et y greffent des idées qui ne sont pas les nôtres. Ainsi, par exemple, dans les modernes sociétés médiatiques, un enfant de quatre ans, avant même d'entrer à l'école, a déjà été soumis à plusieurs milliers d'heures de télévision et a gavé ses yeux de suggestions éphémères rapidement évanouies. Evanouies ? Pas entièrement, nous dit Ignacio Ramonet, car toutes ces images spots publicitaires, films-catastrophes, séries policières, comédies, scènes de guerre et de violence... laissent des traces subliminales dont l'influence, à la longue, finit par fortement déterminer nos comportements. Et par réduire notre liberté.
Alors que semblent triompher la démocratie et la liberté dans une planète largement débarrassée des régimes autoritaires, les censures et les manipulations, sous des aspects divers, font un paradoxal retour en force. De nouveaux et séduisants "opiums des masses" proposent une sorte de "meilleur des mondes", distraient les citoyens et les détournent de l'action civique. Dans ce nouvel âge de l'aliénation, à l'heure de la world culture, et des messages planétaires, les technologies de la communication jouent, plus que jamais, un rôle idéologique central. La promesse du bonheur, c'est désormais la communication qui la formule. D'où la prolifération sans bornes des instruments sur lesquels elle repose, dont Internet est l'aboutissement total, global et triomphal. Plus on communiquera, nous dit-on, plus notre société sera harmonieuse, et plus on sera heureux. Alors qu'elle a longtemps été synonyme de libération par la diffusion du savoir et de la connaissance, la communication révèle aujourd'hui un nouveau visage : devenue idéologie oppressante du "tout-communication" - grande superstition moderne - elle semble avoir atteint et dépassé son zénith, pour entrer dans une ère où toutes ses qualités se transformeraient en défauts, ses vertus en vices... ... Pour finir par exercer, en s'imposant comme obligation absolue et en inondant tous les aspects de la vie sociale, politique, économique et culturelle, une véritable tyrannie.
Nous y sommes, elle craque, cette vieille peau du monde. Elle se dessèche, se desquame. On ne peut plus la toucher. Nous ne pouvons plus nous toucher. Les croûtes et les escarres de la lèpre... Non, Maldoror, tu ne savais pas à quel point serait vérifié ce que tu annonçais. Nous y sommes, nos cancers nous bouffent, nous bouffons des particules, partout on crève de faim et de peur, notre technologie vacille sous ses grands airs transhumains. Nous y sommes sans que personne sache où nous sommes. Nous nous touchons cependant tout en touchant à nos limites. Qu'est-ce que traverser un temps qui n'avance plus ? Quel est ce présent qui nous est fait, privé d'avenir comme de passé ? Il n'y a rien de catastrophiste ni d'apocalyptique à penser que l'existence comme telle peut se trouver exposée, violemment, à sa propre fugacité et finitude ? et même que ce soit là qu'elle prend sa valeur infinie, unique et insubstituable. L'homme passe infiniment l'homme : on peut dire que cette phrase de Pascal a ouvert la saison qui nous vient.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.