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Critique N° 766, Mars 2011 : "François Jullien, retour de Chine"
Potte-Bonneville Mathieu ; Rueff Martin ; Bougnoux
MINUIT
11,00 €
Épuisé
EAN :9782707321619
Lu, débattu, admiré ou contesté, François Jullien, en sa double qualité de philosophe et de sinologue, n'a cessé d'exciter la curiosité, de susciter la polémique. "Mon rapport à la Chine a changé", déclare-t-il dans un ouvrage paru le mois dernier aux Éditions du Seuil, "car il s'infléchit, se renouvelle, mais je crois que je n'aurais pas pu penser comme aujourd'hui sans être passé hier par la Chine". C'est ce rapport mobile, en ses inflexions les plus récentes, qu'interrogent ici Martin Rueff, Daniel Bougnoux et Mathieu Potte-Bonneville, qui a réuni ces textes. Car l'?uvre de François Jullien n'est pas seulement l'affaire des sinologues: c'est depuis les traditions philosophiques et littéraires occidentales que tous trois posent la question de son "retour de Chine". Autre "retour de Chine": un retour sur le travail du peintre Zao Wou-Ki. L'entretien que nous publions, réalisé par Irène Salas avec son épouse, Mme Françoise Marquet, et son assistant M. Yann Hendgen, s'est déroulé en sa présence et porte témoignage de ses convictions artistiques. Nous remercions Zao Wou-Ki de nous avoir permis de reproduire dans ce même numéro deux de ses encres de Chine, dont une inédite. Une note d'Emmanuel Lincot sur l'important ouvrage de Christophe Comentale, Cent ans d'art chinois, complète cet ensemble où la Chine apparaît décidément proche.
Le temps des grands récits, progressistes ou révolutionnaires, est paraît-il fini. Tant pis, tant mieux: nous préférions les histoires brèves, contes, nouvelles ou apologues, qui laissent l'intime et le politique s'entrecroiser, en donnant sa part au silence. réunit des textes qui tentent l'exercice: pour résister au nouveau gouvernement des âmes et des corps, pour repousser le sentiment qu'il n'y a plus rien à inventer, ils tracent des figures libres qui prennent l'actualité de côté, ouvrent en elle la possibilité un peu oblique d'une fiction, arrachent la rêverie à l'espace privé pour lui donner, un instant, une portée collective. Gilles Deleuze nommait "flagrant délit de légender" cet usage de l'imaginaire, clandestin et minoritaire. II le définissait ainsi: "extraire du mythe un actuel vécu, qui désigne en même temps l'impossibilité de vivre." Ceci est un livre d'images.
Des prisonniers aux migrants, de la maladie aux formes inédites de contrôle, de la géopolitique au renouvellement des vieilles questions "que faire?" et "d'où parlez-vous?", de multiples raisons portent aujourd'hui à se mettre à l'écoute de Michel Foucault. Comment penser d'après lui ce qui vient après lui? Comment se saisir de ses analyses pour renouveler la lecture du présent et les manières d'y intervenir? User, comme il y invitait, de son ?uvre comme d'une boîte à outils suppose de briser l'image d'une doctrine sagement rangée aux côtés d'autres académismes: sous les mots trop connus du "discours", du "pouvoir", faire lever la série des gestes inventés par Foucault (une nouvelle manière de parler, d'écrire, de disparaître ou de rire), et la série des luttes auxquelles il prit part (tout en visant du coin de l'?il d'autres luttes, actuelles, où ses travaux peuvent encore servir). Passeurs, parmi d'autres, de cette ?uvre dans un monde qui n'est plus le sien, nous voudrions prendre appui sur elle pour crayonner les programmes d'une histoire, d'une philosophie, d'une politique à venir. A quatre mains, on tâche ici de mettre le feu à la boîte pour s'inventer d'autres outils.
Historien ou philosophe? Théoricien de la culture ou intellectuel engagé dans les luttes de son temps? Parce que la trajectoire de Michel Foucault a déjoué de bout en bout ces alternatives, sa relecture contemporaine oblige à adopter un double regard, aussi attentif au détail de ses arguments qu'à la forme même de ses interventions dans l'ordre du discours et l'espace public. Livre à deux voix, entre histoire et philosophie, D'après Foucault rassemble une série d'études dont l'enjeu commun est d'éclairer, par un retour sur l'?uvre de Foucault, la contribution possible de celui-ci aux débats et aux combats du présent, son apport à la compréhension d'une époque qui, déjà, diffère de la sienne. Comment Foucault a-t-il transformé, pour longtemps, les gestes canoniques de l'enseignement ou de l'écriture, leur adjoignant l'exigence du diagnostic, le goût pour l'anonymat ou pour l'éclat de rire? Quel éclairage offrent ses travaux sur les transformations contemporaines du droit et de la lutte pour les droits, sur l'irruption des soulèvements, sur le renouveau d'une éthique qui ne se réfugie pas dans l'invocation des grands principes? Comment tirer, de sa lecture, des horizons renouvelés - le programme d'une histoire politique de l'écriture, ou d'une politique des usages et des usagers? Lecteurs autant que "passeurs" de la pensée de Foucault, Philippe Artières et Mathieu Potte-Bonneville tentent ici d'inventer, vis-à-vis de lui, une fidélité sans nostalgie, afin de prolonger et de relancer cette "morale de l'inconfort" dont il s'est voulu le promoteur, dans la théorie comme dans la politique.
Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.
Juin 1940. Chartres, submergée par la foule des réfugiés du Nord, s'est simultanément vidée de ses propres habitants. Quelques unités combattantes en retraite la traversent encore, bientôt suivies par les premiers détachements de la Werhmacht. Resté à peu près seul à son poste, le jeune préfet est convoqué par le vainqueur, qui veut le contraindre à signer un document mensonger portant atteinte à l'honneur de l'armée française. Le dramatique récit de Jean Moulin, dont le dépouillement fait la force, ouvre, le 17 juin 1940, le grand livre de la Résistance.
Dès la première phrase, vous entrez dans le livre, ce livre que vous écrivez en le lisant et que vous finirez par ramasser sur la banquette du train qui vous a conduit de Paris à Rome, non sans de multiples arrêts et détours. Le troisième roman de Michel Butor, paru en 1957, la même année que La jalousie d'Alain Robbe-Grillet, Le vent de Claude Simon et Tropismes de Nathalie Sarraute, reçut d'emblée un excellent accueil de la critique. Couronné par le prix Renaudot, traduit dans vingt langues, c'est encore aujourd'hui le plus lu des ouvrages du Nouveau Roman.