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Hutchinson & Succrs.
Pollen Geir ; Sinding Terje
CIRCE
18,00 €
Épuisé
EAN :9782842423018
Ce sont des passions grotesques qui influent sur l'existence de la famille de Thomas R. Vibe, bouquinistes depuis cinq générations. Après le décès inattendu de sa tante, il se retrouve dernier descendent de Robert Dalton Hutchinson, marchand de bois et amateur de plein air, disparu en 1826 entre l'Écosse et la Norvège. Celui-ci a laissé comme témoignage de sa plus grande passion un ouvrage pédagogique de d'importance historique, De l'utilisation de la pêche à la mouche en Norvège, devenu aujourd'hui un trésor de la bouquinerie Hutchinson & Succrs Tout en bavardant, le successeur plonge aux racines de son arbre généalogique et peut-être aussi dans le c ur de Solveig Fjellberg, une femme minuscule dont la passion est de faire et de porter des répliques de robes historiques.La prose de Geir Pollen oscille entre un art grotesque tortueux et une fine ironie et fait tourner la tête au lecteur. On voudrait porter chapeaux et étoffes précieuses, s'adonner aux belles choses de la vie, abandonner le gagne-pain au profit d'une vie de bouquiniste ruineuse mais de goût, s'il n'y avait pas la possibilité de faire tout cela en lisant: le bouquiniste raconte son histoire avec une telle extravagance sympathique, une telle élégance et délectation qu'on croirait appartenir au monde romanesque et être transporté en Norvège, dans une vie aussi parfaite que bizarre.
Deux ethnologues également attachés par leur profession et leur conception de la vie au monde moderne se sont mariés sans parler de passion, mais leur union est sans nuages. Le mari meurt brusquement, et la femme s'installe dans le veuvage décidée à vivre dans son souvenir en poursuivant leurs travaux. Mais en même temps qu'elle prend mieux conscience de l'importance de son amour, nous révélant rétrospectivement l'intimité d'un couple authentique, imperceptiblement les mythes des primitifs qu'ils étudiaient ensemble se mettent à lui proposer des "représentations" de la mort, des rêves sur "l'après" peut-être plus riches que la sèche conduite de l'époque et de leur milieu de grands intellectuels. Un grand sentiment pourrait-il poursuivre l'aventure quand s'arrêtent la science, la pure intelligence...
Après le décès de son époux, Letty Fleming emmène ses trois enfants sur une île d Écosse. Là, chacun tente de combler le vide laissé par cet homme plein de secrets. De reconstruire sa vie et de glisser un peu de magie dans ce morne quotidien. Dissimulé aux yeux de tous, un ours veille sur eux... Un roman aux allures de conte, délicat et poétique, doté d une richesse littéraire rare. Sur fond de guerre froide, une réflexion pleine de finesse sur l enfance, le deuil et l amour familial.
Anna Akhmatova (1889-1966) eut très tôt conscience d'avoir donné la voix aux femmes dans la poésie russe en leur " apprenant à parler de l'amour ". Dès ses deux premiers recueils Le Soir et Le Rosaire, parus en 1912 et 1914, elle devient une star avant la lettre, étant imitée par les jeunes femmes dans sa façon de s'habiller et de se coiffer, suscitant surtout une multitude de vocations poétiques et d'épigones durant des décennies, en dépit même de l'ostracisme officiel, de l'interdiction de publier qui la frappera en 1926-1939, puis de 1946 à 1958. Aujourd'hui encore, les jeunes mariées se voient offrir un livre de celle qui pour les russophones restera à jamais le chant même de l'amour. La nouveauté radicale d'Akhmatova, qui représentait aux côtés de Goumiliov et Mandelstam le mouvement acméiste appelé à rompre avec le flou métaphysique et formel du symbolisme, résidait moins dans la " déferlante amoureuse " de sa poésie que dans une poétique inédite. Ayant " puisé dans la prose russe du dix-neuvième siècle sa sensibilité morale, la vérité des motivations psychologiques ", elle fait de chaque poème un fragment de nouvelle ou de roman, une page arrachée à un journal intime, retraçant toutes les phases et situations de l'aventure amoureuse. " L'héroine lyrique, comme le notait dès 1923 le grand critique russe Boris Eichenbaum, est un oxymore incarné, tressant l'émouvant et le sublime au terrestre et à l'effrayant, la simplicité à la complexité, la sincérité à la malice et la coquetterie, la bonté à la colère, l'humilité monastique à la passion et la jalousie ".
A la Sorbonne comme au bistrot, la vérité vraie, objective, pure, triomphe rarement : l'assistance lui préfère la parade la plus cinglante. Voilà qui chagrinait au siècle dernier le ténébreux philosophe Schopenhauer... Il en eut à la longue un sursaut rageur : élaborer le mode d'emploi de la controverse. Un traité qui permette de défaire n'importe quel opposant, malgré son habileté et sa mauvaise foi. Puisque si souvent la forme l'emporte sur le fond. Les brillants raisonnements des alchimistes ont interdit l'essor de la chimie pendant des siècles. Même s'ils professaient des âneries. Dans L'Art d'avoir toujours raison, Schopenhauer ne s'embarrasse pas de morale... Résultat : un mémoire ramassé et teigneux, pas plus épais qu'un agenda : trente-huit stratagèmes pour ne jamais perdre la face."
C'est à peine si nous sommes les collaborateurs de notre amour , et c'est par cela même qu'il restera au-dessus des dangers banaux. Tâchons de connaître ses lois, ses saisons, son rythme et la marche des constellations à travers son vaste ciel étoilé". (Rilke à Merline, le 28 septembre 1920). Rainer Maria Rilke dessine à travers sa poésie amoureuse une géographie universelle de l'amour, des premiers regards échangés à la douleur de l'absence. Au-delà de l'expérience intime, à côté des grands poèmes métaphysiques où s'inscrit une métaphysique de l'amour, le poète s'adresse dans les poèmes réunis dans ce volume à la Bien-Aimée : femme multiple et unique, pensée (mais non rêvée), extrêmement proche et extrêmement lointaine en même temps, dans la figure de laquelle s'opère la transmutation du discours amoureux en discours poétique.
Chaque vers est enfant de l'amour" écrivait Marina Tsvétaïéva. Mais si l'exacerbation amoureuse, l'intensité de la passion, est effectivement une des caractéristiques de son oeuvre, ce qui frappe avant tout, au-delà de la liste infinie des "muses" masculines ou féminines, c'est qu'elle n'est que très peu assimilable à la poésie amoureuse, classique ou moderne. Il s'agit non pas tant de chanter, célébrer, sanctifier l'objet de sa passion, son propre sentiment, de mettre en scène l'épiphanie de l'amour ou la souffrance de la séparation, que de fonder sa poésie, donc son être même, sur un "absolu de l'amour" antérieur au monde et qui trouve sa plus parfaite expression dans le langage fondateur. La poétique de la rupture, propre à Tsvétaïéva, déterminait elle-même dans une grande mesure son comportement amoureux. Le traducteur s'est par conséquent efforcé de restituer les articulations sémantico-prosodiques de cette "étreinte de poésie" qui, lorsqu'elle aura reflué, ne pourra déboucher que sur la mort. "Puisque j'aurai pu cesser d'écrire des poèmes, je pourrai aussi un beau jour cesser d'aimer. Alors, je mourrai. Et ce sera bien sûr un suicide, car mon désir d'amour est tout entier désir de mort", avait-elle consigné dès mars 1919 avec une précision cliniquement prémonitoire. Marina Tsvétaïéva, un des plus grands poètes russes, avait choisi l'exil en 1922 puis était rentrée en Union Soviétique dix-sept ans plus tard, avant de se pendre à une vieille poutre le dernier dimanche du mois d'août 1941.