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Alternatives Sud Volume 23-2016/2 : Obsolète, le clivage Nord-Sud ?
Polet François
SYLLEPSE
13,00 €
Épuisé
EAN :9782849505021
L'approche Nord-Sud des relations internationales, du développement et de la mondialisation serait-elle désormais "caduque" ? Ressassée par les secteurs conservateurs depuis le début des années 1980, cette idée gagne aujourd'hui du terrain parmi les altermondialistes et militants de la solidarité internationale. En cause, le "déclin" économique et diplomatique du camp occidental. le déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale vers l'Asie. la différenciation des trajectoires des pays du Sud et la montée en puissance d'une série de "défis globaux" environnementaux, financiers. sanitaires, sécuritaires qui menacent les sociétés du Nord comme celles du Sud et exigent l'adoption de démarches "constructives" et "coopératives". Bref. la lecture Nord-Sud serait dépassée et contre-productive. car trop "clivante" quand la priorité est à la promotion de biens publics mondiaux. A y regarder de plus près. les architectes de cette évolution idéologique sont à chercher au Nord bien davantage qu'au Sud. A l'heure où le leadership de l'Occident est effectivement mis à mal, cette quête de normes globales ne reflète-t-elle pas aussi la capacité de celui-ci à marier stratégie de puissance et narration des intérêts supérieurs de l'humanité de la bonne gouvernance au développement durable ? A produire des lectures à portée universaliste qui préservent ses intérêts et renforcent ses positions ? La nécessité, indiscutable. de construire de nouveaux partenariats globaux ne dilue pas les rapports de force internationaux, notamment Nord-Sud. Elle leur offre un nouveau cadre.
Du Sud-Soudan au Cambodge. d'Haïti à l'Afghanistan, en passant par le Liberia, le Rwanda. la Somalie. le Liban. l'Irak. la Palestine, la Libye. les experts en "state building" s'affairent auprès d'Etats "faillis", "en crise", récemment "libérés" ou " nouveaux nés". Côté face, une intention humanitaire: aider des pays déchirés à se doter rapidement d'institutions capables de garantir la paix et le respect des droits de base de leur population. Côté pile. des enjeux économiques et géopolitiques mal cachés. mais aussi la montée en puissance d'une doctrine sécuritaire qui vire à l'obsession. Les zones de "non-droit" étant perçues comme les foyers des grandes menaces du nouveau millénaire (terrorisme. pandémies, vagues d'immigration, criminalité. etc.). les doter d'institutions "souveraines" devient motif légitime d'ingérence aux yeux de la communauté internationale... A l'ambivalence des desseins s'ajoutent les contradictions du terrain. La mise en place d'institutions "pour le bien de la population" est souvent la face civile d'une présence militaire vécue sur le mode de l'imposition par les premiers concernés. Et l'ingénierie institutionnelle mise en oeuvre s'inspire davantage des "standards internationaux" que des dynamiques sociopolitiques locales, avec les effets pervers en cascade que cela suppose.
La pandémie avait suscité l'espoir d'un changement de paradigme. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale y ont plutôt vu l'occasion de libéraliser plus avant les économies. Les aides d'urgence consenties par le premier en réponse au Covid engagent les pays emprunteurs dans une nouvelle décennie d'austérité - réduction de la masse salariale publique, baisse des subventions aux biens essentiels, hausse des taxes sur la consommation, etc. - aux effets sociaux dramatiques. Les programmes de "? financement du développement ? " poussés par la Banque mondiale à la faveur de la crise promeuvent une "bonne gouvernance" , synonyme d'amélioration du "climat des affaires" au bénéfice des entreprises transnationales. Les émeutes de la faim, la crise asiatique et la progression des donateurs émergents avaient pourtant délégitimé le conditionnement des aides financières ou des allègements de dette à l'adoption de réformes économiques libérales. La conditionnalité avait été "révisée" , subordonnée à l' "appropriation" par le pays bénéficiaire, mise au service des objectifs de développement durable. Or, dans les faits, cette ingérence subsiste à travers un ensemble de dispositifs véhiculant l'influence des bailleurs de fonds en matière de politique économique et budgétaire, au détriment de la souveraineté des pays concernés et des investissements publics considérables qu'exigent la lutte contre les inégalités et la catastrophe environnementale.
Résumé : Si les systèmes de protection sociale européens font les frais des réponses publiques à la crise ouverte en 2008. la tendance est inverse au Sud. où un grand nombre d'Etats ont choisi d'amortir les effets du ralentissement économique en accélérant la mise en place, ou l'élargissement, de leur couverture sociale. Inspirés des expériences phares du Brésil et de l'Afrique du Sud, les programmes les plus répandus visent le transfert d'allocations modestes aux ménages les plus pauvres. majoritairement exclus du marché du travail formel. Le recul de la grande pauvreté est indéniable dans les régions concernées. mais la couverture demeure réduite à l'échelle planétaire - 75% de la population mondiale n'a pas accès à une protection sociale de base aujourd'hui. Aiguillée par l'échec anticipé des Objectifs du millénaire pour le développement, une coalition d'agences de coopération internationale ambitionne d'appuyer le mouvement et de généraliser la protection sociale aux régions les plus pauvres. L'initiative mérite d'être saluée. Mais les perspectives en présence divergent. Pour les uns, l'enjeu est bel et bien la mise en place de mécanismes redistributifs, dans une perspective d'élargissement des droits sociaux. Le tournant social des autres est plus suspect, en ce qu'ils y voient surtout un investissement productif dans le "capital humain", une mesure somme toute abordable dans la gestion du "risque social" lié à l'inéluctable libéralisation des économies.
Le Mexique de l'épopée révolutionnaire des compagnons d'Emiliano Zapata et de Pancho Villa, le Mexique des paysans en armes en quête de justice, de terre et de liberté, le Mexique mythique sont conviés dans ce formidable livre d'histoire qui donne âme, chair et sang à ceux qui ont donné sa turbulence, sa dynamique, ses rêves et sa substance à cette révolution, cette guerre paysanne pour la terre et le pouvoir. Pendant dix ans (1910-1920), les révolutionnaires Emiliano Zapata, Pancho Villa et des milliers de chefs régionaux se battent tout à la fois contre un régime militaire corrompu et une bourgeoisie libérale qui tente de prendre le pouvoir. Zapata et Villa sont restés dans la mémoire des humbles du Mexique comme des figures que l'on invoque à chaque fois que l'on proteste contre les possédants et contre les gouvernants. C'est ainsi que les Indiens du Chiapas, éternels oubliés d'une "modernité" barbare qui ravage périodiquement le pays, ont brandi à leur tour la bannière du zapatisme. Adolfo Gilly nous invite à comprendre le Mexique d'aujourd'hui et les aspirations de son peuple à travers l'épopée et la réalité d'une révolution dont le souvenir et les idéaux hantent et enchantent encore ce pays. Voici la seconde édition en français de ce livre qui n'a cessé, depuis sa parution au Mexique en 1971, d'être réédité aussi bien en espagnol qu'en anglais.
Que peut-il bien y avoir de commun entre Mai 68 et le mouvement des Gilets jaunes ? Cinquante ans après, l'"événement" parle encore, et les objectifs portés par les mouvements de contestation trouvent un écho avec les Gilets jaunes ? : les salaires, la reconnaissance sociale, la démocratie. La recherche d'une démocratie active, réelle et à tous les échelons de la société trace un fil entre les deux moments. Ce livre propose de retisser une analyse replaçant le mouvement des Gilets jaunes dans la longue chaîne de mouvements populaires porteurs d'aspirations démocratiques radicales qui se sont manifestés à l'échelle internationale depuis les années 1960. De longue date, la protestation sociale est porteuse des préoccupations écologiques, de la demande de transformation radicale du travail, d'une volonté d'organisation démocratique et collective des entreprises et des services publics, ainsi que d'une démocratie sous le contrôle direct du plus grand nombre pour développer ce qui peut et doit être commun. Ce que disent les mouvements populaires et les contestations radicales compose une sorte de projet, un espoir autant qu'un programme qui reste à écrire ? : Mai 68 est un arbre de la liberté comme le furent ceux plantés en 1793 en France. Pour renouer ce fil, l'auteur étudie avec précision ce qui s'est passé, dans les entreprises, les services, les villes et les universités, ce qu'ont fait les divers partis et organisations afin de tenter d'élucider pourquoi il s'agissait alors d'une "révolution sans révolution". Un livre qui permet de comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle qui appelle à reconstruire un espoir en confrontant ces réflexions aux questions posées par les Gilets jaunes.
Concluant sa somme sur le premier âge du capitalisme, Alain Bihr explore dans les deux volumes du troisième tome la constitution d'un premier monde capitaliste. Sont ainsi examinées en premier lieu les différentes formations d'Europe occidentale qui ont été, tour à tour, motrices de l'expansion outre-mer. Les avantages respectifs dont ces formations en ont tiré parti renvoient à leurs relations conflictuelles et aux rapports de force entre les ordres et classes qui les constituent. La Grande-Bretagne, s'appuyant sur les Provinces-Unies et les acquis de sa révolution bourgeoise, finit par en sortir victorieuse, au détriment de la France. Sont ensuite mis en relief le statut semi-périphérique et la forte hétérogénéité des formations d'Europe baltique, centrale, orientale et méditerranéenne. Toutefois, certaines d'entre elles (la Savoie, la Prusse, la Russie) pourront réunir des conditions leur permettant, par la suite, de jouer dans la "cour des grands". L'ouvrage examine enfin les principales formations sociales marginales, affectées par l'expansion européenne mais encore capables d'y résister et de se développer selon leur logique propre. Ce qui explique à la fois pourquoi le capitalisme n'a pas pu naître dans la Chine des Ming et des Qing, en dépit d'atouts évidents, et pourquoi, en se fermant, le Japon féodal a au contraire préparé les conditions de son rapide rattrapage capitaliste à l'époque Meiji.
Le capitalisme triomphant des années 1990 a perdu de sa superbe. Après avoir promis monts et merveilles, il s'est mué en une machine infernale produisant de la régression sociale et des inégalités, incapable de faire face au changement climatique, et sécrétant une montée générale de l'autoritarisme en lieu et place de la démocratie promise. Face à cela, les programmes de la gauche institutionnelle estiment qu'il faut repartager les richesses et orienter le capitalisme dans le sens de l'intérêt général. Si les profits des entreprises n'ont jamais été aussi imposants, ne pourrait-on pas les réduire pour faire place à plus de social et d'écologie, se demandent-ils ?? Mais ce n'est guère possible car la valeur de l'entreprise est spéculative et déterminée par les anticipations des dividendes. Si les profits sont moindres, les valorisations baisseront et les actionnaires cesseront d'investir même si l'entreprise gagne de l'argent. Une politique sociale et écologique sérieuse doit donc exproprier les actionnaires pour laisser place à des entreprises autogérées par leurs salariés, les usagers et les citoyens. Une nouvelle définition de la démocratie se dessine : une rencontre permanente entre des travailleurs et des usagers ou citoyens pour décider et réaliser ensemble. Le livre se conclut sur l'amorce d'un programme de transformation qui conjugue des mesures sociales et écologiques avec une stratégie d'éviction des actionnaires. Afin de faciliter la compréhension des mécanismes économiques ou de compléter ses connaissances, le livre renvoie à des "tutoriels" en ligne (economie.org) où l'auteur décrypte le fonctionnement de la finance, de l'argent ou encore de la macro-économie. Outil pédagogique, le livre est articulé avec les apports aujourd'hui indispensables de l'apprentissage et de l'acquisition des connaissances en ligne. L'ouvrage engage une réflexion sur le dépassement de la notion même de propriété des moyens de production et trace une voie de transition pour en sortir.