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Alternatives Sud Volume 19-2012/1 : (Re-)construire les Etats. Nouvelle frontière de l'ingérence
Polet François
SYLLEPSE
13,00 €
Épuisé
EAN :9782849503423
Du Sud-Soudan au Cambodge. d'Haïti à l'Afghanistan, en passant par le Liberia, le Rwanda. la Somalie. le Liban. l'Irak. la Palestine, la Libye. les experts en "state building" s'affairent auprès d'Etats "faillis", "en crise", récemment "libérés" ou " nouveaux nés". Côté face, une intention humanitaire: aider des pays déchirés à se doter rapidement d'institutions capables de garantir la paix et le respect des droits de base de leur population. Côté pile. des enjeux économiques et géopolitiques mal cachés. mais aussi la montée en puissance d'une doctrine sécuritaire qui vire à l'obsession. Les zones de "non-droit" étant perçues comme les foyers des grandes menaces du nouveau millénaire (terrorisme. pandémies, vagues d'immigration, criminalité. etc.). les doter d'institutions "souveraines" devient motif légitime d'ingérence aux yeux de la communauté internationale... A l'ambivalence des desseins s'ajoutent les contradictions du terrain. La mise en place d'institutions "pour le bien de la population" est souvent la face civile d'une présence militaire vécue sur le mode de l'imposition par les premiers concernés. Et l'ingénierie institutionnelle mise en oeuvre s'inspire davantage des "standards internationaux" que des dynamiques sociopolitiques locales, avec les effets pervers en cascade que cela suppose.
La pandémie avait suscité l'espoir d'un changement de paradigme. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale y ont plutôt vu l'occasion de libéraliser plus avant les économies. Les aides d'urgence consenties par le premier en réponse au Covid engagent les pays emprunteurs dans une nouvelle décennie d'austérité - réduction de la masse salariale publique, baisse des subventions aux biens essentiels, hausse des taxes sur la consommation, etc. - aux effets sociaux dramatiques. Les programmes de "? financement du développement ? " poussés par la Banque mondiale à la faveur de la crise promeuvent une "bonne gouvernance" , synonyme d'amélioration du "climat des affaires" au bénéfice des entreprises transnationales. Les émeutes de la faim, la crise asiatique et la progression des donateurs émergents avaient pourtant délégitimé le conditionnement des aides financières ou des allègements de dette à l'adoption de réformes économiques libérales. La conditionnalité avait été "révisée" , subordonnée à l' "appropriation" par le pays bénéficiaire, mise au service des objectifs de développement durable. Or, dans les faits, cette ingérence subsiste à travers un ensemble de dispositifs véhiculant l'influence des bailleurs de fonds en matière de politique économique et budgétaire, au détriment de la souveraineté des pays concernés et des investissements publics considérables qu'exigent la lutte contre les inégalités et la catastrophe environnementale.
Le drame qui se joue depuis trois décennies à l'Est du Congo commence enfin à recevoir l'attention médiatique qu'il mérite. Celle-ci se traduira-t-elle par une mobilisation diplomatique digne de ce nom ? Les dynamiques conflictuelles qui ravagent cette partie du pays sont complexes, mais indubitablement liées à la présence de ressources minières dont la valeur aiguise la convoitise d'une chaîne de groupes armés et d'opérateurs mafieux, souvent soutenus depuis les pays voisins. Que l'enjeu soit de les exploiter ou de les protéger, notamment dans le cadre de la lutte pour le climat, ses ressources naturelles ont rehaussé l'importance géostratégique du Congo, théâtre de la rivalité entre impérialismes pour l'accès aux matériaux critiques de la transition. Les mécanismes de la prédation se logent aussi dans la société politique. La fin de l'ère Kabila ne pas modifié le rapport des élites à l'Etat, site d'affrontements pour l'accès aux positions permettant de s'enrichir rapidement. Le "mal zaïrois" a la peau dure. Facteur d'inégalités, la redistribution clientéliste assèche les politiques publiques, de l'éducation à l'armée, et nourrit les ressentiments ethniques et intergénérationnels. Même sur le plan démocratique. Tshisekedi fait à peine mieux que son prédécesseur, entre manipulations électorales et répression. Le tableau n'est néanmoins pas désespéré. Sur fond d'insertion croissante de la société congolaise dans les flux internationaux, les changements sociaux et culturels secrètent de nouvelles formes de résistance populaire et de mobilisation patriotique et citoyenne.
Résumé : Si les systèmes de protection sociale européens font les frais des réponses publiques à la crise ouverte en 2008. la tendance est inverse au Sud. où un grand nombre d'Etats ont choisi d'amortir les effets du ralentissement économique en accélérant la mise en place, ou l'élargissement, de leur couverture sociale. Inspirés des expériences phares du Brésil et de l'Afrique du Sud, les programmes les plus répandus visent le transfert d'allocations modestes aux ménages les plus pauvres. majoritairement exclus du marché du travail formel. Le recul de la grande pauvreté est indéniable dans les régions concernées. mais la couverture demeure réduite à l'échelle planétaire - 75% de la population mondiale n'a pas accès à une protection sociale de base aujourd'hui. Aiguillée par l'échec anticipé des Objectifs du millénaire pour le développement, une coalition d'agences de coopération internationale ambitionne d'appuyer le mouvement et de généraliser la protection sociale aux régions les plus pauvres. L'initiative mérite d'être saluée. Mais les perspectives en présence divergent. Pour les uns, l'enjeu est bel et bien la mise en place de mécanismes redistributifs, dans une perspective d'élargissement des droits sociaux. Le tournant social des autres est plus suspect, en ce qu'ils y voient surtout un investissement productif dans le "capital humain", une mesure somme toute abordable dans la gestion du "risque social" lié à l'inéluctable libéralisation des économies.
Le capitalisme triomphant des années 1990 a perdu de sa superbe. Après avoir promis monts et merveilles, il s'est mué en une machine infernale produisant de la régression sociale et des inégalités, incapable de faire face au changement climatique, et sécrétant une montée générale de l'autoritarisme en lieu et place de la démocratie promise. Face à cela, les programmes de la gauche institutionnelle estiment qu'il faut repartager les richesses et orienter le capitalisme dans le sens de l'intérêt général. Si les profits des entreprises n'ont jamais été aussi imposants, ne pourrait-on pas les réduire pour faire place à plus de social et d'écologie, se demandent-ils ?? Mais ce n'est guère possible car la valeur de l'entreprise est spéculative et déterminée par les anticipations des dividendes. Si les profits sont moindres, les valorisations baisseront et les actionnaires cesseront d'investir même si l'entreprise gagne de l'argent. Une politique sociale et écologique sérieuse doit donc exproprier les actionnaires pour laisser place à des entreprises autogérées par leurs salariés, les usagers et les citoyens. Une nouvelle définition de la démocratie se dessine : une rencontre permanente entre des travailleurs et des usagers ou citoyens pour décider et réaliser ensemble. Le livre se conclut sur l'amorce d'un programme de transformation qui conjugue des mesures sociales et écologiques avec une stratégie d'éviction des actionnaires. Afin de faciliter la compréhension des mécanismes économiques ou de compléter ses connaissances, le livre renvoie à des "tutoriels" en ligne (economie.org) où l'auteur décrypte le fonctionnement de la finance, de l'argent ou encore de la macro-économie. Outil pédagogique, le livre est articulé avec les apports aujourd'hui indispensables de l'apprentissage et de l'acquisition des connaissances en ligne. L'ouvrage engage une réflexion sur le dépassement de la notion même de propriété des moyens de production et trace une voie de transition pour en sortir.
Le premier âge du capitalisme, c'est celui qui, du XVe au milieu du XVIIIe siècle, voit l'Europe occidentale partir à l'assaut des continents américain, africain et asiatique. Dans ce premier tome, Alain Bihr se penche sur cette expansion en détail. Il montre comment, par le biais du commerce forcé et déloyal, de l'échange inégal ou, plus directement encore, par la réduction au servage ou à l'esclavage de leurs populations, les sociétés qu'elle a affectées ont vu leurs propres circuits d'échange perturbés, leurs structures productives altérées, leurs pouvoirs politiques traditionnels instrumentalisés ou détruits. Avec pour principal résultat de soutenir la dynamique de formation du capitalisme en Europe même. Loin de verser dans le misérabilisme, l'auteur insiste cependant sur la résistance que ces sociétés ont su opposer aux Européens. Résistance inégale, fonction de leur développement historique antérieur, auquel l'ouvrage prête à chaque fois une grande attention, en fournissant de la sorte un panorama du monde à l'aube des temps modernes. En dernier lieu, l'auteur souligne les divergences entre les Etats européens qui vont se lancer dans cette aventure, les rivalités et conflits qui vont les opposer et redistribuer les cartes entre eux à différentes reprises, les bénéfices fort inégaux qu'ils vont en retirer. Autant de points dont la pleine explication est renvoyée aux deux tomes suivants de l'ouvrage.
En 2010, Lula quittait la présidence du Brésil avec 80% d'approbation et des indicateurs économiques au beau fixe. Moins d'une décennie plus tard, Dilma Rousseff qui lui a succédé est destituée par un coup d'Etat parlementaire et Lula est emprisonné à la suite d'un procès politique. Pire, l'élection présidentielle de 2018 a livré le pays à un militaire d'extrême droite. Que s'est-il donc passé? ? fabio luis barbosa dos santos tente d'y répondre en brossant le portrait des mandats du Parti des travailleurs à la tête du pays. Il montre la dérive d'un parti qui fut le centre de gravité des luttes sociales au début des années 1980 pour finir par devenir le "bras gauche" de l'ordre en vigueur au cours des années 2000. Essai sur l'histoire récente du Brésil, ce livre revient aussi sur l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro et scrute le chapitre brésilien du glissement mondial vers un néolibéralisme toujours plus violent, autoritaire et inégalitaire.
Concluant sa somme sur le premier âge du capitalisme, Alain Bihr explore dans les deux volumes du troisième tome la constitution d'un premier monde capitaliste. Sont ainsi examinées en premier lieu les différentes formations d'Europe occidentale qui ont été, tour à tour, motrices de l'expansion outre-mer. Les avantages respectifs dont ces formations en ont tiré parti renvoient à leurs relations conflictuelles et aux rapports de force entre les ordres et classes qui les constituent. La Grande-Bretagne, s'appuyant sur les Provinces-Unies et les acquis de sa révolution bourgeoise, finit par en sortir victorieuse, au détriment de la France. Sont ensuite mis en relief le statut semi-périphérique et la forte hétérogénéité des formations d'Europe baltique, centrale, orientale et méditerranéenne. Toutefois, certaines d'entre elles (la Savoie, la Prusse, la Russie) pourront réunir des conditions leur permettant, par la suite, de jouer dans la "cour des grands". L'ouvrage examine enfin les principales formations sociales marginales, affectées par l'expansion européenne mais encore capables d'y résister et de se développer selon leur logique propre. Ce qui explique à la fois pourquoi le capitalisme n'a pas pu naître dans la Chine des Ming et des Qing, en dépit d'atouts évidents, et pourquoi, en se fermant, le Japon féodal a au contraire préparé les conditions de son rapide rattrapage capitaliste à l'époque Meiji.