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Cornelius Castoriadis et Claude Lefort. L'expérience démocratique
Poirier Nicolas
BORD DE L EAU
19,00 €
Épuisé
EAN :9782356873545
Si, aujourd'hui, la démocratie fait, encore et toujours, question, peu d'oeuvres comparables à celles de Cornelius Castoriadis (1922-1997) et de Claude Lefort (1924-2010) permettent de circonscrire avec plus de profondeur et de radicalité ce questionnement. Sous les regards de la philosophie, de la sociologie, de l'histoire et de la science politique, cet ouvrage propose d'interroger le travail de réflexion entrepris par ces deux grandes figures de la philosophie politique contemporaine à la fois en commun, dans le cadre de Socialisme ou Barbarie, puis de manière indépendante par la suite. Pour l'essentiel, le travail de Castoriadis et de Lefort aura principalement consisté à redonner sens à la notion de démocratie, que l'on ne doit pas entendre uniquement en tant que régime et institution politique, ou même en tant que réalité sociologique, mais bien plutôt en tant qu'expérience par laquelle les hommes s'emploient à transformer les conditions de leur existence commune. Si les convergences entre ces auteurs sont profondes, des différences se marquent aussi entre une pensée de la démocratie comme auto-institution explicite de la société et une conception de l'agir démocratique soucieuse de mettre avant tout l'accent sur le fait de la division sociale, et suggérant davantage de contester le pouvoir, en revendiquant contre lui des droits, qu'à chercher à en démocratiser l'exercice effectif Pour autant, l'un comme l'autre invitent à envisager la perspective de l'émancipation à la manière d'un processus conflictuel dont il est impossible de connaître le terme et qui n'a d'autre fondement que le désir de liberté.
Critique, essayiste, romancière et cinéaste, Susan Sontag (1933-2004) a toujours pensé d'une manière ouverte et polémique. Empruntant diverses formes, son oeuvre doit se lire comme une tentative pour relire de manière radicale les rapports que le sujet entretient avec le monde à travers les images et les mots. De ses premiers textes critiques jusqu'à son dernier essai Devant la douleur des autres, en passant par sa réflexion sur la photographie ou sur la maladie, ses écrits expriment la tension entre notre désir d'atteindre le réel dans son immédiateté et la conscience des pouvoirs de l'art pour nous donner à comprendre ce que nous sommes. A la fois plongée dans les aspects théoriques de l'oeuvre de Sontag et exploration de sa dimension intime, cet ouvrage nous montre ce qui, dans cette expérience singulièrement moderne, peut nous servir à nous orienter politiquement et esthétiquement dans l'existence.
Assimilé à la French Theory, Jean Baudrillard a été aussi célèbre, ou presque, sur les campus américains que Foucault, Derrida, Deleuze, Guattari ou Lacan. Mais il est loin d'avoir aujourd'hui leur diffusion mondiale. Il a même presque totalement disparu des écrans radars. Officiellement sociologue, aucun sociologue ne le cite, aucun étudiant de sociologie ne le lit. Il faut dire qu'il a tout fait pour brouiller les pistes, en se refusant à tout simulacre de réalisme pour mieux tenter de prendre la réalité de vitesse, jusqu'à annoncer son évanescence dans l'hyper-réalité du virtuel. Sa pensée, fulgurante, attirait étrangement, mais on pouvait croire que cette séduction fatale tenait à un goût tout pataphysicien des paradoxes. Or, force est de se demander s'il n'avait pas au bout du compte vu plus juste et mieux anticipé que tous ses contemporains ce qu'est désormais devenu notre monde. Ce volume, qui réunit sociologues, philosophes, économistes, théoriciens de l'esthétique et des médias, permet de prendre la mesure de son ?uvre inclassable. Avec des contributions de : Gérard Briche, Alain Caillé, Jean-Paul Curnier Françoise Gaillard de Serge Latouche, Chin Min, Katharina Niemeye, Nicolas Poirier, Anne de Rugy, Clara Schmelck, François Séguret, Jean-Louis Violeau.
On reconnait en Castoriadis l'un des principaux penseurs politiques alternatifs contemporains, toujours actuel. Mais on connaît sans doute moins le lien étroit qui existe entre ses analyses politiques et ses prises de position philosophiques. Or, elles s'éclairent réciproquement. Le refus de subordonner la raison pratique à la raison théorique permet à Castoriadis de penser l'idée de création. Sa rupture avec Marx, auquel il reproche son ontologie déterministe, l'amène à repenser l'émancipation politique et sociale à partir de la notion d'imaginaire créateur. Pour bien comprendre cette notion, il faut la confronter avec les conceptions de l'imagination défendues notamment par la phénoménologie, particulièrement Sartre et Husserl. Elle débouche sur le concept de chaos, dont il ressort que l'action humaine repose sur un désordre pour une part irréductible, ce qui explique qu'on ne puisse fonder celle-ci, pas plus que la démocratie, en référence à une légitimité indiscutable. Cherchant à tisser un lien entre la pensée, l'oeuvre et la vie d'un homme engagé dans son temps, ce livre trace un parcours à travers les thèmes centraux de la pensée philosophique et politique de Castoriadis, qu'il met en rapport avec d'autres approches contemporaines : Maurice Merleau-Ponty, Claude Lefort, Richard Rorty, Vincent Descombes, ou encore Michel Foucault à propos de l'éthique du sujet. Un chapitre est également consacré à la place de l'exil dans la vie et la pensée de Castoriadis.
Les vocations sont des chemins que la mémoire trace après-coup pour donner sens au parcours singulier qui nous mène de l'enfance à l'âge adulte. Aux lisières de l'adolescence, je me voyais chauffeur de train ou de taxi, même si je rêvais surtout de devenir journaliste. Je voulais écrire pour raconter ce que je voyais, pour rendre compte d'événements dont j'étais le témoin. L'essentiel était de prendre la route, d'explorer quelque chose qui n'avait été qu'entrevu ou d'en parler d'une manière originale. La recherche en philosophie et l'enseignement de cette discipline devinrent mon métier. Sartre a raison de dire qu'on rate toujours sa vie, qu'on ne devient jamais celui ou celle qu'on aspirait à devenir. Les points d'arrivée ne sont pas forcément des points d'aboutissement. On croit achever quelque choses alors qu'on a creusé une brèche dans son devenir. Les crises, existentielles ou intellectuelles, peuvent avoir du bon. Elles réveillent le sens de la révolte, elles aiguisent l'envie d'un nouveau départ, elles invitent à d'autres commencements. Ce livre est le récit d'une tentative pour inaugurer dans ma vie quelque chose de neuf en la racontant. Un écrivain n'est pas quelqu'un qui vit de son écriture. Ce n'est qu'un nom, utile pour désigner celui qui ne sait pas ce qu'il est mais aspire seulement à exprimer quelque chose de lui-même.
Comment expliquer qu'un mode d'organisation capitaliste - fondé sur un principe d'accumulation continue - autorise la perpétuation d'activités qui obéissent à une autre logique et paraissent lui poser des limites ? Pour résoudre cette énigme, l'ouvrage évalue les clés de lecture disponibles et formule de nouvelles propositions. Pour nombre d'auteurs, le capitalisme procède de forces économiques naturelles et autonomes, accompagnées ou canalisées dans un second temps par quelques politiques publiques. Il se heurte parfois à une résistance - que le terme serve à désigner une force d'obstruction passive ou une capacité de mobilisation. L'ouvrage invite à inverser la perspective et à considérer plutôt les rapports de force politiques qui débouchent sur la représentation d'un ordre économique naturel et qui expliquent le développement du capitalisme. Il examine sur ce mode les activités des entrepreneurs, mais aussi les affrontements entre chercheurs et les luttes qui ont cours au sein des administrations publiques. Dans leur ensemble et par leur articulation, différents champs composent ainsi les structures politiques de l'accumulation. Dans certains cas et sous certaines conditions, des activités non capitalistes s'en trouvent dans le temps confortées : de multiples agents les perçoivent comme extérieures à l'ordre économique naturel ; ils anticipent leur disparition et se persuadent qu'il suffit de laisser la nature accomplir son oeuvre. Nul ne travaille à leur élimination ni ne pousse à l'organisation d'un mouvement qui en prendrait la défense. Pour mesurer la portée de ses propositions, l'auteur retient l'exemple de l'agriculture en Roumanie : il s'efforce d'expliquer la coexistence sur ce terrain de grandes exploitations capitalistes et de petites propriétés qui entretiennent des pratiques d'autoconsommation, sans prêter à la moindre forme d'accumulation. Au-delà de ce cas d'étude, l'ouvrage affiche une visée pédagogique et offre une présentation actualisée des théories du capitalisme. Il pose par ailleurs les bases d'un nouveau programme de recherche en économie politique.
Les big data sont devenus un impératif pour mener une campagne électorale. La campagne pour l'élection présidentielle française de 2017 a été marquée par le rôle majeur joué par des plateformes de gestion et d'analyses des données massives, telles que NationBuilder ou 50+1. Qu'est-ce que change le recours au big data électoral dans les manières de faire campagne ? Introduit-t-il des pratiques " innovantes " pour mobiliser les électeurs ? Voit-on apparaître de " nouvelles " formes de militantisme ? Comment sont construits les algorithmes prédictifs ? Sommes-nous réellement fichés sur Internet ? Comment protéger ses données personnelles ? L'auteure interroge l'efficacité de ces techniques, en mettant au jour les enjeux économiques, la construction de croyances autour des big data et les jeux d'influence internationaux. L'intérêt porté à la récolte des données n'est pas neuf. Il s'agit de retracer l'intégration de certaines évolutions techniques que ce soit chez nos voisins américains ou dans les campagnes françaises de 2002 à 2017, en déconstruisant les fantasmes entourant l'usage des bases de données en politique. Mais il s'agit surtout d'armer le citoyen face à la montée en puissance d'une nouvelle ère de la donnée.
Avons-nous (vraiment) bien lu Durkheim et bien saisi toute la radicalité de son geste fondateur de la discipline sociologique ? A lire Anne Rawls, et relire avec elle De la division du travail social, rien n'est moins sûr. Peut-être alors le temps est-il venu, cent ans après la mort de Durkheim, de faire revivre ce texte inaugural. Telle est l'invitation du présent ouvrage. Textes à l'appui. La contribution de la sociologue américaine peut être lue comme une nouvelle préface à l'édition originale de La division du travail social. A ce titre, Durkheim lui aussi et tout autant l'auteur du présent livre, notamment par la publication de sa longue introduction oubliée de 1893. Plus encore, tel un palimpseste, orage convoque tout un ensemble d'auteurs contemporains pour esquisser à l'ombre de l'histoire officielle, une histoire en quelque sorte clandestine de la sociologie, attentive à la créativité des pratiques sociales et à la morale propre aux interactions. Pour autant, cette invitation à découvrir un autre Durkheim, jamais lu (ou presque) - à relire cette Division du travail social revisited -, n'intéressera pas seulement les sociologues, mais aussi les philosophes. En effet, un autre texte s'enchâsse dans cette intrigue, la fameuse Théorie de la justice de John Rawls, le père de l'auteur. Car ce qui est avant tout en jeu dans cette relecture de l'ambition sociologique durkheimienne, c'est aussi et surtout sa dimension politique et toute sa pertinence aujourd'hui pour penser les formes et les conditions d'une société juste. Cette audacieuse lecture de l'oeuvre de Durkheim ne manquera pas de susciter des réactions contrastées tant elle bouscule bien des interprétations convenues de la sociologie durkheimienne. Voire de la sociologie tout court. Elle invitera par ailleurs les philosophes à nouer un dialogue renouvelé entre science sociale et philosophie morale et politique.
L'actualité offre le spectacle apparemment paradoxal d'un monde des religions pris en tenaille entre deux familles de formes extrêmes : les unes, si idéologiques donc exclusives qu'elles justifient la violence, même terroriste, pour imposer leurs frontières ; les autres, si utopiques, donc iréniques ou angéliques, qu'elles recherchent une spiritualité dépassant toute espèce de frontière, religieuse ou autre. L'islam contemporain pris entre djihadisme, wahhabisme et soufisme, n'est pas le seul particulièrement affecté par cette contradiction. Elle met aussi es sciences sociales au défi d'en rendre compte. Pour y parvenir, il faut repasser par les grands conflits qui ont structuré les théories du social et de la religion, comme celui de René Girard, avec le structuralisme de Lévi-Strauss. Il faut ensuite reprendre de manière méthodique et critique les concepts de base qui servent à ces sciences, comme le dit Danièle Hervieu-Léger, "à penser la religion", comme "symbolique", "sacré", "violence", "idéologie", "utopie", "sécularisation", "laïcité", "radicalisation", "sacrifice", "autosacrifice", "ascèse", "spiritualité", etc. Aussi le présent ouvrage conjoint-il, à la démarche pédagogique d'un cours d'introduction aux sciences sociales des religions, un questionnement critique de leur opérationnalité. Au final, l'analyse des phénomènes de radicalisation confirme la victoire de la sociologie wébérienne des valeurs sur leur réduction marxiste au matérialisme économique de l'intérêt. Les valeurs et leurs conflits appartiennent à l'infrastructure des sociétés humaines parce que c'est sur leur base que se construisent les identités, les mémoires collectives et leurs frontières, légitimées par les polarisations entre valeurs et antivaleurs. Pour tenter d'expliquer le fonctionnement de cette dialectique, on avance, sous deux néologismes, l'idéal-type de l'"archéoreligion" et de la "pharmac/kologie", deux notions neuves pour deux très vieilles choses, qui concernent la sociologie et la physiologie des émotions collectives. Deux notions qui permettent aussi, par comparaison, de comprendre différentiellement où travaillent les religions historiques d'Orient et d'Occident, comme les grandes idéologies séculières, dans k diversité presque infinie des courants qui les traversent et les opposent non seulement mut autres mais parfois à elles-mêmes.