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Dialectique du monstre. Enquête sur Opicino de Canistris
Piron Sylvain ; Nuss Philippe
ZONES SENSIBLES
26,00 €
Épuisé
EAN :9782930601496
Fonctionnaire de l'administration des papes d'Avignon, Opicino (ou Opicinus) de Canistris (1296-1355) a produit, pour son propre compte, des diagrammes déconcertants où se mêlent cartes et corps, symboles astraux et religieux. Exhumés peu à peu au cours du siècle passé, ses manuscrits suscitent encore de nombreuses interrogations. Sous la forme d'une enquête, Dialectique du monstre explore les différentes facettes d'une oeuvre complexe et fascinante. Prêtre séculier de Pavie, fuyant les conflits politiques qui déchiraient la Lombardie des premières décennies du XIVe siècle, Opicino s'est réfugié à la cour papale à Avignon où ses talents d'écrivain lui ont valu un poste de scribe à la Pénitencerie pontificale. Tourmenté par ses responsabilités sacerdotales, souffrant des paradoxes d'une Eglise romaine riche et puissante qui prône la pauvreté et l'humilité, il a trouvé dans l'écriture et le dessin un moyen d'apaiser ses angoisses. Ayant appris à dresser des cartes marines selon la technique des cartographes génois, la géographie du bassin méditerranéen devient entre ses mains le support d'une symbolisation de tous les conflits qui le déchirent. L'hypothèse de troubles psychotiques chez Opicino a plusieurs été plusieurs fois formulée et souvent rejetée. Elle est ici affrontée sans fard et fait l'objet d'une postface d'un spécialiste des psychoses (Philippe Nuss). S'il est illusoire de formuler un diagnostic rétrospectif précis, sa souffrance psychique ne fait du moins aucun doute. C'est pour en comprendre les raisons que cet ouvrage tente de restituer le sens de la production graphique et textuelle du scribe des papes. Afin de donner à entendre sa voix, des traductions de différents passages de ses écrits sont intercalées entre chaque chapitre. Une vingtaine de reproductions en couleurs et trois dépliants hors-texte font entrer dans l'intimité de ces manuscrits étonnants. "Dialectique du monstre" (Dialektik des Monstrums) : par cette expression, Aby Warburg désignait le drame psychique fondamental de la culture, dont les réalisations ne viennent au jour qu'en surmontant un chaos originaire, dont elles laissent cependant affleurer la trace. Les dessins d'Opicino de Canistris exposent au grand jour, de la façon la plus explicite, la bataille qu'il livre contre ses monstres.
Pierre de Jean Olivi (Petrus Joannis Olivi) est un religieux franciscain et un théologien français du Moyen Âge qui a exercé une influence considérable sur les Franciscains du Languedoc et sur les Béguins qui les entouraient. C'est l'une des figures les plus marquantes, tant de l'histoire intellectuelle occidentale que de l?histoire religieuse du Languedoc dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. Sylvain Piron est maître de conférences à l?École des hautes études en sciences sociales (E.H.E.S.S.) et ses recherches portent sur différents aspects de l?histoire intellectuelle du Moyen Age central, de la pensée économique des scolastiques à l?ecclésiologie des franciscains spirituels.
Résumé : Le regard que nous portons sur les oeuvres du passé est par définition anachronique. Leur présence manifeste la persistance d'époques révolues au sein de notre monde. Elles appartiennent à un autre temps que le nôtre. Il n'est pas toujours aisé de les aborder. De même que l'oeil doit relâcher et contracter des muscles pour passer d'une vision proche à une vision lointaine, un effort d'accommodation est requis pour surmonter cette distance temporelle. D'un simple point de vue matériel, nous ne voyons plus ces oeuvres telles qu'elles ont été produites. Leurs conditions d'exposition ou de reproduction les placent dans une autre lumière, leur donnent d'autres couleurs. Elles ont le plus souvent été sorties de leur agencement originel. Comme le souligne Daniel Arasse, cette situation procure toutefois certains bénéfices ; elle autorise notamment une vision rapprochée qui nous permet d'entrer dans l'intimité du travail de l'artiste. Mais un autre type d'écart est plus radical encore. Ces images ou ces objets témoignent d'univers culturels dont nous n'avons pas la compréhension spontanée. Spectateurs contemporains, nous sommes coupés du sens que produisait leur spectacle dans leur situation d'origine. La visibilité n'est pas une simple propriété naturelle. L'oeil ne voit que ce qu'il a appris à voir. De même que nos représentations emploient de multiples codes et postulats, les productions du Moyen Age ou de la Renaissance obéissaient à des conventions liées aux habitudes visuelles, aux façons de percevoir l'espace et de penser les rapports du visible et de l'invisible. L'une des principales fonctions de l'histoire de l'art est d'apprendre à franchir cet écart, à traverser le temps pour nous aider à capter ce que ces images voulaient et veulent encore nous dire. Les dessins d'Opicino de Canistris sont propices à des anachronismes violents. Ces dernières décennies, ses oeuvres sont facilement sollicitées par des expositions d'art contemporain3. Elles sont en revanche moins commodes à situer au sein de l'art médiéval. Qui pourrait dire, au premier regard, qu'elles ont été produites dans la même décennie que les fresques du bon et du mauvais gouvernement d'Ambrogio Lorenzetti ? A la différence des artistes de son temps, Opicino ne s'inscrit pas dans le projet d'une imitation de la nature, qui sera la ligne dominante de l'art occidental au cours des cinq siècles suivants. Pourtant, ses dessins mettent en jeu deux des innovations visuelles majeures du XIVe siècle que sont la cartographie du pourtour des terres et le portrait individuel - deux conventions qui sont demeurées jusqu'à nos jours des codes auxquels nous faisons appel quotidiennement. Cependant, l'usage qu'il en fait est très déconcertant. Au lieu d'être traitées séparément, les deux conventions sont intégrées au point de ne produire qu'une unique représentation. Les corps et les visages se coulent dans les contours des continents, tandis que d'autres formes émergent des étendues marines. Il existe une longue tradition de cartes anthropomorphes dans l'histoire occidentale, à partir du xvie siècle, qui sont le plus souvent tournées vers la caricature politique. Rien ne se compare à la puissance et la beauté de ces réalisations. On peut encore mentionner un autre trait qui éloigne Opicino des canons de l'esthétique médiévale et nous le rend proche. Il s'agit du dessin de la nudité et de l'évocation crue de la sexualité. Ce n'est pas un hasard si la principale image mise en avant de nos jours, dans les expositions ou les couvertures de livres, est son dessin le plus saisissant de cette veine. Une femme-Europe dénudée, dont l'épaule gauche est dévorée par un monstre, uniquement vêtue de bottes de cuir qui occupent respectivement le sud de la péninsule italienne et la Dalmatie, porte dans son ventre sanguinolent une petite Europe-enfant en Lombardie. Le poing d'un bras remontant l'Adriatique agresse ses parties génitales ouvertes dans la lagune vénitienne tandis qu'un sexe masculin monstrueux entre en érection contre son cou, le long de la côte aragonaise. Les diagonales rouges et noires qui la traversent selon des trajets imprévisibles, ornées d'inscriptions ésotériques, ajoutent encore au pouvoir d'évocation mystérieux du dessin. L'image est aussi instantanément parlante que profondément opaque. Comme l'auteur le reconnaît dans un texte écrit en marge, il était préférable de ne pas le montrer, de peur de susciter des malentendus. Nous sommes en revanche immédiatement sensibles à la beauté des corps et à l'intensité dramatique de l'action, sans même chercher comprendre la subtilité des significations cachées. C'est que notre culture artistique nous a habitué à apprécier la beauté formelle indépendamment du motif (depuis Manet) ou de la ressemblance avec la nature (depuis Cézanne ou Braque). En somme, c'est l'étrangeté de ces oeuvres qui nous les rend familiers. Pour le dire autrement, Opicino aurait été postmoderne par anticipation à l'aube de la modernité.
Les Dames de Zamora. Secrets, stupre et pouvoirs dans l'Eglise espagnole du XIIIe siècle. Du dossier sulfureux d'un scandale de moeurs dans un couvent de soeurs dominicaines dans la Castille du XIIIe siècle, Peter Linehan a tiré une étude fascinante des problèmes d'un monde religieux bouillonnant et de l'univers troublé des femmes cherchant leur voie dans un monde dominé par les hommes. Ce qui aurait pu n'être qu'une anecdote devient une plongée magistrale, éclairant de façon extraordinairement vivante et savoureuse les comportements et les sentiments de toute une société. Les Dames de Zamora sont un modèle. Jacques Le Goff Peter Linehan (St John's College, Cambridge) est l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire de l'Espagne médiévale, à laquelle il a consacré de nombreux livres et articles. Son précédent ouvrage majeur est History and the Historians of Medieval Spain (Oxford University Press, 1993).
Pour la première fois, Marcel Gauchet, l'un des intellectuels français les plus importants, accepte de retracer l'ensemble de son parcours et en donne les clés. Sa jeunesse et sa première formation, sa position en 68, son itinéraire intellectuel et politique, son rôle dans les revues où s'élabore la pensée de l'antitotalitarisme, sa place au Débat depuis la fondation de la revue en 1980, les grands affrontements de la vie intellectuelle française depuis une trentaine d'années, tels sont quelques-uns des moments de ce livre événement. Mais surtout c'est l'occasion pour l'auteur d'effectuer la synthèse des aspects divers d'une oeuvre déjà considérable et depuis longtemps au coeur des polémiques les plus vives. Histoire de la religion, histoire politique, interprétation des totalitarismes, avenir des démocraties libérales, philosophie du sujet, ces facettes de son travail sont ici mises en relation les unes avec les autres de façon inédite.
Les champignons, voyez-vous, ne se comportent tout simplement pas comme des organismes devraient se comporter. Mais il en va également ainsi avec les hommes. Ils ne vivent pas à l'intérieur de leurs corps, comme les théoriciens de la société se plaisent à l'affirmer Leurs traces s'impriment sur le sol, via leurs empreintes, leurs sentiers et leurs pistes; leur souffle se mêle à l'atmosphère. C'est pourquoi j'en suis venu à interroger ce que nous entendons par"environnement", pour finalement ne plus le concevoir comme ce qui entoure (ce qui est"là-dehors"et non"ici dedans") mais comme une zone d'interpénétration à l'intérieur de laquelle nos vies et celles des autres s'entremêlent en un ensemble homogène". Grâce à ses expériences de terrain en tant qu'ethnologue, et avec l'aide de bon nombre de philosophes et d'anthropologues, Tim Ingold déploie dans cette anthologie les lignes d'une pensée originale délimitant les territoires de l'évolution biologique et culturelle, les environnements humains et non humains, les royaumes de la pensée et de l'action, et les discours rivaux de l'art et de la science. De la poétique de l'habiter à l'écologie du sensible, Tim Ingold plaide pour une réconciliation entre les projets de la science naturelle et ceux de l'éthique environnementale, pour un retour aux sources de l'anthropologie.
Résumé : J'entends par "paperasse" l'ensemble des documents produits en réponse à une demande, réelle ou imaginaire, émanant de l'Etat. Dans sa plus simple expression, mon argument est que la paperasse est imprévisible, et que cette imprévisibilité est source de frustration : frustration pour ceux d'entre nous qui consacrent une partie de leur travail à rédiger des notes et à remplir des formulaires ; frustration pour ceux d'entre nous qui sont dans l'attente du tampon ou de la signature qui leur permettra de reprendre le cours normal de leur vie ; et, surtout, frustration de l'intellect, y compris de l'intellect des intellectuels. En effet, la pensée politique moderne a été façonnée autant que déconcertée par ses confrontations avec la paperasse. Au lieu d'une théorie critique des "intermédiaires bureaucratiques", nous avons un mythe, ou plutôt un ensemble de mythes, autour de la bureaucratie et des bureaucrates. Tous ces mythes se révèlent étrangement consistants, au sens où il est étrange de constater à quel point ils sont consistants, mais aussi que cette consistance elle-même est étrange : facile à saisir, mais difficile à cerner. Si, comme le veut un vieil adage, le mythe a pour fonction de procurer une solution imaginaire ou imaginative à une contradiction réelle, les mythes de la bureaucratie visent à surmonter non seulement les contradictions de la paperasse, mais celles de notre propre pensée. Il nous est impossible de réconcilier nos théories du pouvoir de l'Etat avec notre expérience de ses limites.
En 1980, un an après l'accident du réacteur de la centrale de Three Mile Island, le Comité américain de l'énergie atomique fait pression sur le Congrès pour que tous les déchets nucléaires du pays soient stockés sur un seul site. Ce sera Yucca Mountain, à 4o kilomètres de Las Vegas, Nevada. Ce livre révèle les moindres détails de ce projet d'enfouissement massif: les dizaines de millards de dollars nécessaires pour aménager la montagne; le rôle des lobbyistes pro-nucléaires sur le vote des élus corrompus; l'échec des géologues à rendre la montagne imperméable; les 250 camions qui passeront chaque mois par le centre de Las Vegas, remplis de déchets radioactifs; les manuels scolaires financés par l'Etat pour convaincre les élèves que le "nucléaire est écologique"; le comité d'expert chargé d'inventer une enseigne indiquant la dangerosité du site et compréhensible dans i0000 ans; la visite guidée des entrailles de la montagne... Mais la force du texte ne réside pas seulement dans les cris suscités par la peur du nucléaire. Mêlant avec force détails enquête de terrain et dialogues personnels - où s'invitent Noam Chomsky, Edward Abbey et Edvard Munch -, John D'Agata scrute les néons d'une ville derrière lesquels les suicides se comptent en masse et où la démesure ultime prend la forme d'un hôtel stratosphérique indestructible. Un récit sombre et éblouissant, servi par une écriture cinématographique, qui s'avale aussi vite qu'une pastille d'iode et dont la chute est vertigineuse.
Je ne porte pas de costume et les limousines ne m'impressionnent pas. Je ne dîne pas dans des restaurants quatre étoiles. Je ne porte pas de casquette avec le logo de mes employeurs car je n'ai ni tête ni visage, et depuis la crise économique mondiale de 2007 je n'ai cessé d'envahir les marchés financiers. Je travaille au 1700 MacArthur Boulevard, à Mahwah, une banlieue endormie du New Jersey située à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Wall Street. Mon bureau est grand comme sept stades de football américain, mais je n'en occupe pas la totalité : l'espace où je travaille ne fait que quelques centimètres carrés, loués tout spécialement à Mahwah par mes employeurs pour une somme que j'estime entre 10 000 et 25 000 dollars par mois. Comme certains étudiants je vis en colocation. Ceux qui partagent le réfrigérateur avec moi s'appellent Dagger, Sniffer, Guerrilla, Shark ou Razor, et tous sont autant de concurrents potentiels que je scrute attentivement à longueur de journée. Je travaille de 9h30 à 15h30, sans relâche et si vite que je prends des décisions en bien moins de temps qu'il n'en faut à un être humain pour cligner de l'oeil.