Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Dialectique du monstre. Enquête sur Opicino de Canistris
Piron Sylvain ; Nuss Philippe
ZONES SENSIBLES
26,00 €
Épuisé
EAN :9782930601182
Le regard que nous portons sur les oeuvres du passé est par définition anachronique. Leur présence manifeste la persistance d'époques révolues au sein de notre monde. Elles appartiennent à un autre temps que le nôtre. Il n'est pas toujours aisé de les aborder. De même que l'oeil doit relâcher et contracter des muscles pour passer d'une vision proche à une vision lointaine, un effort d'accommodation est requis pour surmonter cette distance temporelle. D'un simple point de vue matériel, nous ne voyons plus ces oeuvres telles qu'elles ont été produites. Leurs conditions d'exposition ou de reproduction les placent dans une autre lumière, leur donnent d'autres couleurs. Elles ont le plus souvent été sorties de leur agencement originel. Comme le souligne Daniel Arasse, cette situation procure toutefois certains bénéfices ; elle autorise notamment une vision rapprochée qui nous permet d'entrer dans l'intimité du travail de l'artiste. Mais un autre type d'écart est plus radical encore. Ces images ou ces objets témoignent d'univers culturels dont nous n'avons pas la compréhension spontanée. Spectateurs contemporains, nous sommes coupés du sens que produisait leur spectacle dans leur situation d'origine. La visibilité n'est pas une simple propriété naturelle. L'oeil ne voit que ce qu'il a appris à voir. De même que nos représentations emploient de multiples codes et postulats, les productions du Moyen Age ou de la Renaissance obéissaient à des conventions liées aux habitudes visuelles, aux façons de percevoir l'espace et de penser les rapports du visible et de l'invisible. L'une des principales fonctions de l'histoire de l'art est d'apprendre à franchir cet écart, à traverser le temps pour nous aider à capter ce que ces images voulaient et veulent encore nous dire. Les dessins d'Opicino de Canistris sont propices à des anachronismes violents. Ces dernières décennies, ses oeuvres sont facilement sollicitées par des expositions d'art contemporain3. Elles sont en revanche moins commodes à situer au sein de l'art médiéval. Qui pourrait dire, au premier regard, qu'elles ont été produites dans la même décennie que les fresques du bon et du mauvais gouvernement d'Ambrogio Lorenzetti ? A la différence des artistes de son temps, Opicino ne s'inscrit pas dans le projet d'une imitation de la nature, qui sera la ligne dominante de l'art occidental au cours des cinq siècles suivants. Pourtant, ses dessins mettent en jeu deux des innovations visuelles majeures du XIVe siècle que sont la cartographie du pourtour des terres et le portrait individuel - deux conventions qui sont demeurées jusqu'à nos jours des codes auxquels nous faisons appel quotidiennement. Cependant, l'usage qu'il en fait est très déconcertant. Au lieu d'être traitées séparément, les deux conventions sont intégrées au point de ne produire qu'une unique représentation. Les corps et les visages se coulent dans les contours des continents, tandis que d'autres formes émergent des étendues marines. Il existe une longue tradition de cartes anthropomorphes dans l'histoire occidentale, à partir du xvie siècle, qui sont le plus souvent tournées vers la caricature politique. Rien ne se compare à la puissance et la beauté de ces réalisations. On peut encore mentionner un autre trait qui éloigne Opicino des canons de l'esthétique médiévale et nous le rend proche. Il s'agit du dessin de la nudité et de l'évocation crue de la sexualité. Ce n'est pas un hasard si la principale image mise en avant de nos jours, dans les expositions ou les couvertures de livres, est son dessin le plus saisissant de cette veine. Une femme-Europe dénudée, dont l'épaule gauche est dévorée par un monstre, uniquement vêtue de bottes de cuir qui occupent respectivement le sud de la péninsule italienne et la Dalmatie, porte dans son ventre sanguinolent une petite Europe-enfant en Lombardie. Le poing d'un bras remontant l'Adriatique agresse ses parties génitales ouvertes dans la lagune vénitienne tandis qu'un sexe masculin monstrueux entre en érection contre son cou, le long de la côte aragonaise. Les diagonales rouges et noires qui la traversent selon des trajets imprévisibles, ornées d'inscriptions ésotériques, ajoutent encore au pouvoir d'évocation mystérieux du dessin. L'image est aussi instantanément parlante que profondément opaque. Comme l'auteur le reconnaît dans un texte écrit en marge, il était préférable de ne pas le montrer, de peur de susciter des malentendus. Nous sommes en revanche immédiatement sensibles à la beauté des corps et à l'intensité dramatique de l'action, sans même chercher comprendre la subtilité des significations cachées. C'est que notre culture artistique nous a habitué à apprécier la beauté formelle indépendamment du motif (depuis Manet) ou de la ressemblance avec la nature (depuis Cézanne ou Braque). En somme, c'est l'étrangeté de ces oeuvres qui nous les rend familiers. Pour le dire autrement, Opicino aurait été postmoderne par anticipation à l'aube de la modernité.
Avec Le Marchand de Venise, en 1605, Shakespeare a gravé pour des siècles, par son personnage de Shylock, l'image du prêteur d'argent juif comme usurier détestable et cruel. Pourtant, à côté d'expressions de ressentiment et de frustration, des documents du Moyen Age central et tardif (XI-XVe siècles) expriment aussi de la reconnaissance et de la gratitude envers un prêteur juif généreux et bienveillant. Ce retournement de l'image de Shylock apparaît en détail dans les minutes du procès, tenu à Marseille en 1317, dans lequel le juif Bondavin, de Draguignan, eut à défendre sa réputation de prêteur. Il fit comparaître pour sa défense vingt-quatre témoins, tous chrétiens, qui confirmèrent l'estime dont il jouissait. Ce procès, dans son déroulement, donne l'occasion d'entendre les opinions et les sentiments de personnes ordinaires (et non pas de théologiens ou de canonistes): marchands, hommes de lois, artisans... Le cas Bondavin, situé dans son contexte, comparé à d'autres affaires similaires, permet ainsi à Shatzmiller d'étudier et d'analyser les attitudes dominantes en Europe médiévale à l'égard du crédit juif. Son travail permet d'abandonner l'idée d'un Moyen Age dominé par une histoire ininterrompue de haines et de malentendus entre juifs et chrétiens, pour reconnaître, à l'inverse, des liens d'amitiés, de respect, de générosité et de reconnaissance mutuelle entre les deux communautés. Cet ouvrage ouvre également de nouvelles perspectives sur la situation du prêt à intérêt dans l'Europe médiévale et, par là, éclaire de lumières inédites la pensée économique de l'Occident médiéval.
4e de couverture : « Qu'est-ce que les Contemplations ? C'est ce qu'on pourrait appeler, si le mot n'avait quelque prétention, les Mémoires d'une âme » (Préface). Peu d'oeuvres poétiques se réfèrent plus ouvertement à leur contexte historique et biographique que celle-ci. Publiées en 1856, Les Contemplations portent la marque d'un double deuil : la perte de la fille du poète, Léopoldine, et la mort symbolique que représente l'exil. Mais ce qui s'y joue touche à la puissance de la parole poétique : par la contemplation, plongée aux tréfonds de soi d'où doit émerger la poésie, Hugo fait du déchirement un acte créateur et du verbe lyrique l'instrument d'une recherche d'absolu. Dossier 1. Les Contemplations et leur réception 2. Deuil, poésie et force de vivre 3. Écrire pour résister 4. La littérature post-apocalyptique
IndicationsDans quels cas lire ce livre ? - Vous vous reprochez de ne pas savoir retenir votre colère en certaines occasions. - Vous cherchez tant bien que mal à ne pas reproduire les erreurs passées. - Par peur, vous évitez systématiquement certaines personnes ou situations. - Vous avez baissé les bras car de toute façon, vous êtes voué à un sort malchanceux. - Vous essayez de "prendre sur vous" quand on vous agresse. - Vous vous évertuez à toujours aider les autres. - Vous vous sentez obligé de fournir un travail impeccable, de faire toujours plus, toujours mieux. PrescriptionComment lâcher prise ? Procéder à l'inverse des habitudes : arrêter de retenir sa colère et d'éviter sa peur, chasser le mieux de sa vie car il est l'ennemi du bien, cultiver l'imperfection, etc.
Un manuscrit du XVe siècle, provenant de l'abbaye de Clairvaux, renferme de longs extraits de lettres et de poèmes échangés par deux amants anonymes. Exceptionnelle par son ampleur et sa richesse, cette correspondance privée médiévale est presque unique en son genre. Les silhouettes des deux amants qui s'écrivent ainsi la rendent plus captivante encore. L'homme est un maître célèbre, soucieux de sa réputation, la femme est son élève qui cherche à mener avec lui un dialogue philosophique et littéraire. Tous deux habitent une ville de France, au début du XIIe siècle. Au fil de leurs messages, on voit se nouer une liaison qui traverse plusieurs brouilles et réconciliations et s'achève dans le malentendu et la séparation. Faut-il identifier ces personnages à Héloïse et Abélard? Peut-on éviter de le faire? Historiens et philologues sont divisés sur la question. Aux yeux de Sylvain Piron, dans une étude qui reprend l'ensemble des données disponibles, cette attribution offre la meilleure solution au mystère des deux amants. L'histoire du couple le plus célèbre du Moyen Age n'était connue que par des lettres échangées par Abélard et Héloïse quinze ans après leur séparation. Les Lettres des deux amants, au terme de la démonstration, permettent de saisir sur le vif les débuts d'un amour devenu légendaire. Présentées, traduites en français et suivies du texte latin établi par Ewald Könsgen, ces lettres apportent une contribution aussi bouleversante qu'inattendue au patrimoine mondial de la littérature amoureuse.
La pandémie de grippe est un des événements qui suscitent une mobilisation au niveau global. Le caractère cyclique des pandémies ? la « grippe espagnole » en 1918, la « grippe asiatique » en 1957, la « grippe de Hong Kong » en 1968 ? a conduit les experts à penser qu?une nouvelle pandémie était imminente, et qu?elle tuerait des millions de personnes. La question, selon les autorités de santé globale, n?était pas de savoir quand et où la pandémie commencerait, mais si nous étions prêts pour ses conséquences catastrophiques. Il faut donc se préparer aux pandémies pour limiter non seulement le nombre de victimes humaines mais aussi ses effets politiques et moraux. Une pandémie commence quand un pathogène infecte une population humaine non immunisée. On considère que les microbes mutent à travers les espèces animales, où ils se développent habituellement de façon asymptomatique dans leurs « réservoirs animaux », avant de passer aux humains, où ils produisent infection et contagion. Les virus de grippe, en particulier, mutent et se réassortissent chez les oiseaux, notamment aquatiques, et les porcs, décrits comme des « véhicules intermédiaires » parce qu?ils ont des récepteurs dans leurs voies respiratoires qui peuvent s?attacher aux virus aviaires et humains. Quand les microbiologistes suivent les pathogènes dans leurs réservoirs animaux pour anticiper leur émergence chez les humains, ils introduisent ainsi les animaux dans la société. Ce livre montre, avec les méthodes de l?anthropologie sociale, comment les techniques de préparation pour une pandémie de grippe ont transformé nos relations aux oiseaux. Des milliards de volailles ont été tuées à travers le monde pour éviter que des pathogènes potentiellement pandémiques ne passent la frontière d?espèces. Les oiseaux migrateurs ont été surveillés pour comprendre la diffusion des virus de grippe en-dehors de leur lieu d?émergence. L?anthropologie sociale, en tant qu?elle produit du savoir sur les similarités et les différences entre les humains et les autres animaux, peut prendre les pathogènes franchissant les barrières d?espèces comme point de départ pour une enquête sur les transformations des relations entre humains et non-humains. La connexion entre les relations hommes/animaux et les mesures de santé publique s?opère dans les deux sens?: de nouvelles relations entre hommes et animaux (comme l?intensification de l?élevage industriel) a produit de nouveaux risques d?émergence, mais les techniques utilisées pour limiter ces risques (comme l?abattage massif de volailles ou l?usage de poulets sentinelles) a aussi changé la façon dont les hommes interagissent avec les animaux. Ce livre est basé sur une recherche ethnographique conduite à Hong Kong, Taiwan et Singapour entre 2007 et 2013. Ces trois territoires ayant été affectés par la crise du SRAS en 2003, ils ont investis dans les techniques de préparation à une pandémie de grippe. Mais ces trois territoires étaient aussi mobilisés contre un virus de grippe aviaire venant de Chine, où le nombre de volailles domestiques avait dramatiquement augmenté au cours des quarante dernières années. Hong Kong, Taiwan et Singapour sont trois points de passage pour la diaspora chinoise, qui pouvait ainsi s?identifier avec les oiseaux migrateurs accusés de propager la grippe à travers le globe. L?un des arguments soutenus dans ce livre est que ces trois territoires situés aux frontières de la Chine et connectés au reste du monde ont trouvé avec la grippe aviaire un langage pour parler des problèmes qu?ils ont avec le continent chinois, considéré comme une puissance émergente dont les conditions de vie manquaient de transparence. Ce livre associe un argument théorique en anthropologie sociale avec une ethnographie des relations entre hommes et animaux dans des techniques de santé publiques afin de saisir ce qu?est « la préparation au niveau aviaire » dans des territoires asiatiques singuliers.Table des matières : Introduction Première partie : Maladies animales Chapitre 1 : Abattre, vacciner et surveiller les animaux contagieux Chapitre 2 : Controverses sur la biosécurité dans la surveillance des zoonoses Chapitre 3 : De la santé globale aux écologies de la conservation Deuxième partie : Techniques de préparation Chapitre 4 : Sentinelles et signaux d?alerte précoce Chapitre 5 : Simulation et scénarios inverses Chapitre 6. Stockage ordinaire et prioritaire Conclusion Bibliographie
En Angleterre, les pirates se sont multipliés. Forcément, il y a eu des conflits; forcément, ces conflits ont parfois pris des allures de règlements de comptes. Le 21 juin 1966, Reginald Calvert, le propriétaire de Radio City, est abattu par son rival, Oliver Smedley, le patron de Radio Atlanta. Cet ultime affrontement entre deux pirates devait couler par le fond des bateaux qui eurent un rôle fondamental dans l'émergence de la pop: seules ces radios pirates offshore offraient à la jeunesse exaltée une musique absente des ondes de la BBC. La mort d'un pirate revient sur les origines de la radiodiffusion pour aborder les raisons profondes de cet événement détonnant. Dès l'apparition des premiers pirates dans les années 1920 (de simples auditeurs accusés de trafiquer leurs récepteurs), un combat technologique, économique, culturel et politique s'engage entre deux camps: ici les défenseurs du monopole d'État et de la BBC, respectueux de la propriété intellectuelle et soucieux d'instruire le peuple par les ondes; là les féroces militants du laissez-faire financier, partisans des radios commerciales et de la liberté. Oliver Smedley et Reginald Calvert avaient choisi leur camp. Mais Radio City avait un avantage. Elle émettait depuis des anciens forts militaires, vestiges de la Seconde Guerre mondiale perdus dans les brumes de la mer du Nord: Shivering Sands... Avec l'expertise de l'historien et la plume d'un auteur de polar, Adrian Johns mène l'enquête et nous confronte aux interrogations soulevées par une société de l'information aujourd'hui devenue numérique: la légitimité des pratiques populaires, la liberté d'expression et de création, l'exercice de la démocratie, l'économie du droit d'auteur. Autant de questions qu'il adresse aux pirates modernes comme aux décideurs politiques.
Le 6 avril 1909, l'exporateur blanc Robert Peary a conduit une expédition qui, pour la première fois, a atteint le pôle Nord en traîneau à chiens. Dès son retour, il suscite la polémique avec Frederick Cook, un autre explorateur qui, lui aussi affirmait avoir atteint le pôle nord, le 21 avril 1908. La controverse sera tranchée par le congrès des Etats-Unis, qui fait officiellement de Peary le premier vainqueur du pôle Nord. Mais l'histoire est tout autre, car ni Cook, ni Peary ne furent les premiers à fouler le sol du "toit du monde ". Matthew Henson est né en 1866 dans l'état du Maryland et décède en 1955 à New York. Fils d'esclaves, après avoir passé plusieurs années à Baltimore, une ville "noire" , il fut l'accompagnateur de Peary lors de sept expéditions dans l'Arctique, y compris lors de l'expédition de 1908-1909 qui a atteint le pôle Nord géographique le 6 avril 1909. Après bien des débats, il a été établi que Matthew Henson a bel et bien été le premier homme à atteindre le pôle Nord en 1909. Il faudra attendre 1988 pour que Henson soit officiellement reconnu comme étant le premier à avoir atteint le toit du monde, et l'année 2000 pour qu'il soit récipiendaire de la médaille Hubbard, décernée à titre posthume, une récompense remise par la National Geographic Society pour des distinctions dans les domaines de l'exploration, de la découverte et de la recherche. Pourquoi cette reconnaissance tardive ? Pourquoi, pendant longtemps, Peary reçut seul tous les honneurs, alors que la présence de Matthew fut occultée (quand il est cité, il est réduit à n'être qu'un porteur) ? Pourquoi Peary, à son retour du pôle Nord, fut nommé à des postes prestigieux, alors qu'Henson devint gardien de parking ? Parce que Henson était noir, et les préjugés racistes de l'époque firent douter qu'un Afro-Américain ait pu vivre dans le froid polaire...