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2012 : les sociologues s'invitent dans le débat
Pinto Louis
CROQUANT
15,00 €
Épuisé
EAN :9782365120050
L'expérience de la collection savoir/agir révèle la richesse et l'originalité des analyses proposées par des intellectuels critiques. Or ceux-ci, plus familiers avec la description et l'explication du réel qu'avec l'élaboration de programmes, ne sont pas à l'aise dans une conjoncture électorale. Mais, précisément pour cette raison, ils ne sont pas nécessairement mal placés pour faire ce qu'eux seuls sont en mesure de faire. À savoir d'une part, établir un diagnostic synthétique de l'état des choses dans un domaine de leur compétence ; d'autre part, énumérer un certain nombre de points qui leur semblent décisifs pour ce que pourrait être une politique de gauche. L'exercice de militantisme intellectuel proposé ici a quelque chose de paradoxal. Alors que la gauche de gauche se voit d'ordinaire associée à des idées dites maximalistes, il s'agit de favoriser, sur des points précis, la formulation de principes d'action en deçà desquels une gauche digne de ce nom ne pourrait que se déjuger : non pas placer la barre très haut, la placer plutôt au minimum, un minimum qui pourrait aussi être l'essentiel, bref ce qui ne saurait être escamoté. L'urgence semble aujourd'hui de montrer qu'autre chose est possible, réalisable, en refusant à la fois la capitulation social-démocrate devant la loi d'airain du capitalisme financier et le délire incantatoire du discours "anticapitaliste". Le "réalisme utopique" dont parlait Bourdieu ne se distingue ni par les fausses précisions du discours d'expert ni par des proclamations grandioses mais vagues : il consiste à chercher les points précis où peut se faire un basculement des rapports de force en faveur de la justice sociale, de la démocratie et de la maîtrise collective du futur. Etre "radical" consiste à être simplement conséquent : c'est, après avoir pris connaissance des questions posées, chercher des réponses qui pourraient être à la hauteur de ces questions. En matière d'environnement ou de marché financier, la réalité se charge de montrer que des idées autrefois considérées comme radicales, et donc exclues de l'horizon du pensable, ne sont pas aussi extravagantes qu'on avait bien voulu le dire.
La sociologie, loin de réduire les pensées les plus originales à des structures sociales impersonnelles, n'ignore ni la portée des innovations ni la valeur des idées, mais envisage. les philosophes pour ce qu'ils sont: des hommes comme les autres, dotés d'intérêts et d'attentes qui, bien que spécifiques, ne tombent pas du ciel des idées pures. La première des tâches est de comprendre comment, en France, une doctrine pédagogique, un apprentissage scolaire, des exercices comme la dissertation, un art oratoire contribuent à structurer les esprits et à garantir le statut philosophique des discours. Pour autant, la diversité croissante des manières d'être philosophe dans la période contemporaine n'est pas un simple leurre: le penseur original, le maître de khâgne, l'érudit, la vedette médiatique semblent bénéficier d'un même titre de noblesse intellectuelle. Ce livre ne propose ni panorama, ni manifeste, ni plaidoyer, mais des instruments d'analyse pour comprendre l'obscur engendrement des idées et le pouvoir de séduction que certaines d'entre elles semblent posséder. Alors que la philosophie est devenue le lieu où s'affrontent plus que jamais des définitions sensiblement opposées de ce qu'elle est et prétend être, la sociologie peut favoriser à sa manière ce regard réflexif auquel les philosophes auraient mauvaise grâce à se soustraire puisqu'ils sont les premiers à en revendiquer, sinon l'urgence, du moins les mérites. . . Philosophe et sociologue, directeur de recherche au CNRS, Louis Pinto a notamment publié Les Philosophes entre le lycée et l'avant-garde (L'Harmattan, 1987) et Les Neveux de Zarathoustra. La réception de Nietzsche en France (Seuil, 1995).
??travers des études de cas (deux auteurs juifs et un catholique: Levinas le plus connu, 1905-1995; Hermann Cohen, philosophe néo-kantien allemand, 1842-1918; Jules Lachelier, philosophe français spiritualiste, 1832-1918), il sagit danalyser certains aspects de la religiosité intellectuelle: comment des philosophes ont tenté de mettre en forme un discours de salut en lequel ils puissent se reconnaître doublement comme lettrés et comme membres dun groupe confessionnel? Ce qui réunit ces trois penseurs, au delà dimportantes différences, est une attitude anti-mystique: le contact avec lAbsolu ne passe pas par les voies de laffectivité mais par celles de labstraction, de lintellect, de leffort sur soi-même. Les demandes de salut intellectuel quils tendent à satisfaire sont celles des groupes les moins attirés par les pratiques magiques, émotionnelles et « populaires »: lAbsolu ne se donne pas comme une chose à prendre mais dans la distance, le retrait, lannonce, la promesse.
Très vite traduit et commenté, Nietzsche a été considéré en France comme une référence essentielle, et ce statut prestigieux s'est encore accentué depuis les années 60. Pourtant, il n'a pas toujours été tenu pour un philosophe authentique, mais d'abord plutôt pour un " poète " ou un " visionnaire ". Le destin de son oeuvre permet donc de poser une question rarement formulée : que faut-il pour doter d'un statut proprement philosophique un auteur en grande partie défini par opposition au philosophe légitime incarné par Kant ? Pour comprendre comment Nietzsche est devenu un philosophe, il faut entreprendre une " généalogie " des interprétations s'appuyant sur une histoire sociale des interprètes. Car même si elle est toujours présentée comme le résultat de purs choix intellectuels, l'interprétation tend à exprimer les intérêts de l'interprète dans la forme transfigurée d'un langage savant. On verra ainsi Nietzsche, selon les points de vue qui sont loin de se distribuer au hasard, être rationaliste, mystique, métaphysicien, antimétaphysicien, de droite, droitiste, de gauche, voire " gauchiste ", apolitique, etc. pour des lecteurs français, cet Allemand singulier n'aura jamais été un étranger. L'histoire sociale des oeuvres qui, faut-il le rappeler, ne doit rien à une intention secrète de " réduction " est seulement une façon conséquente d'envisager leur foncière historicité.
Non l'hôpital public n'est pas mort! Car il soigne toujours, et plutôt bien. L'immense majorité d'entre nous lui voue un attachement fidèle, tous les sondages en témoignent! Un chantier de mise en pièces de l'hôpital, dont les meilleurs morceaux sont promis au privé, est aujourd'hui interdit au public: interdit au secteur public d'y prospérer pour le bien de tous, interdit au citoyen d'y inscrire ses désirs en vertu de la loi d'airain de concepts idéologiques surannés qui ont fait ailleurs la preuve de leur inanité. Dans ce livre, des sociologues, des politistes, des médecins, des économistes, des psychologues sont à son chevet, non pour adoucir sa fin en d'improbables soins palliatifs, mais bien pour réanimer l'énergie nécessaire à tous les acteurs de la santé dans ce pays. Ils vous livrent les clés pour reconstituer le puzzle de la politique aujourd'hui en oeuvre, qui plutôt que guérir l'hôpital d'une maladie dont il souffrirait, hâte sa disparition en lui inoculant le virus sournois et malfaisant du néolibéralisme qui infecte les services publics. Cet ouvrage est dédié à chacun d'entre nous, décidé à sauver ce qui a été, est, ou sera une étape de notre destin.
Les mouvements sociaux portés par la jeunesse qui ont émergé ces dix dernières années ont remis au goût du Jour une notion considérée comme dépassée : l'honneur. L'honneur évoque, selon les époques, un principe chevaleresque, une passion patriotique ou un terme propre aux populations du bassin méditerranéen. Il tend à s'imposer aujourd'hui comme un concept "brandi" par les individus pour dénoncer les conditions sociales qui les asservissent. Le sentiment d'indignation est d'autant plus fort qu'il répond au désenchantement des individus face au monde qui les entoure : marasme politique, mondialisation, monde de plus en plus rationalisé et tourné vers le profit, absence de perspectives d'avenir... Pour résister à la déchéance sociale et morale qui les guette, les individus vont alors mobiliser "la seule chose qui leur reste", à savoir leur honneur, pour dire "non" aux injonctions de la société marchande et mu corruptions afin de reprendre le contrôle de leur existence. L'honneur semble ainsi acquérir une nouvelle dimension : il cristallise les indignations et insuffle un élan libérateur. Ce sentiment de révolte face à un monde d'injustices gagne de nombreux pays. Dans cet ouvrage issu de sa thèse de sociologie, c'est à la lumière d'interviews avec des jeunes français et turcs que l'auteure s'efforce de cerner l'évolution sociale de la référence à l'honneur, face à des situations qui portent atteinte à la dignité humaine et dont ils souhaitent s'émanciper. Si l'honneur était jusqu'ici empreint de la culture dans laquelle il était invoqué, il semble s'universaliser pour devenir une notion qui fait écho aux souffrances des populations du monde entier.
Dans l'espace politique français, l'Union européenne est partout. Elle planifie la libéralisation des services publics. Elle organise le libre-échange qui pousse aux délocalisations et interdit de taxer significativement les détenteurs de capitaux. Elle impose l'austérité budgétaire et monétaire tout en laissant libre cours à la concurrence fiscale. Incapable de répondre aux enjeux du siècle, et notamment de conduire la transition écologique, elle obéit aux lobbies et dépossède les peuples de leur souveraineté démocratique. Pourtant, dans le débat politique, elle est reléguée au second plan, quand son rôle n'est pas tout simplement effacé. La question européenne est pourtant essentielle. Elle hante la gauche partout en Europe. Certains défendent la réécriture à plusieurs du droit communautaire, le changement de l'intérieur. D'autres, à l'inverse, défendent la sortie de l'Union européenne, tout au moins de l'euro, et la présentent parfois comme la solution à elle seule à tous nos maux. Ce livre, dont l'orientation eurocritique est pleinement assumée, entend parler sérieusement de l'Union européenne. Il montre que le statu quo est impossible. Il examine, dans une perspective de gauche, les différentes stratégies envisageables (sortie, réforme, rupture partielle, crise permanente) sans en défendre une en particulier, mais en décrivant pour chacune d'elles les conditions nécessaires à sa réalisation, les difficultés - le cas échéant les impossibilités - et les perspectives qu'elle ouvre. A l'heure du Brexit, d'une crise politique européenne qui n'en finit pas, et à l'approche des élections européennes de 2019, ce livre constitue un outil indispensable.
La question de l'identité est omniprésente dans notre pays et un peu partout en Europe, que ce soit dans le champ social, économique ou politique. Elle est parfois l'expression de replis d'ordre communautariste. Pourtant il y a des communautés qui échappent à cette déviance. C'est le cas des professionnels de la santé en général, car ils ne sont pas centrés sur eux-mêmes, mais davantage concernés par les autres, l'ensemble de la population, sans distinction de classe, de race ou de culture. Les infirmières prennent leur part dans cette mission citoyenne au service des personnes qu'elles soignent. Et la population a une façon de les voir, tantôt appréciées ou critiquées, ce qui rend compte de leur identité perçue. Mais que sont réellement ces infirmières (et infirmiers) aujourd'hui, alors qu'elles viennent d'être secouées parla réforme 2009 dite des études universitaires, leur accordant le grade de licence professionnelle ? Sont-elles à l'aise dans cette nouvelle posture ou sont-elles encore nostalgiques d'un passé récent ? Des infirmières regroupées au sein du Collectif de Recherche infirmière Qualitative en Santé (CRIQS), formées avant et après cette réforme, ont réalisé une démarche introspective à l'intérieur de leur corps professionnel, pour dire qui elles sont, examiner les convergences, le cas échéant certaines divergences difficilement avouables et définir leur identité professionnelle, telle qu'elles peuvent la revendiquer dans la modernité sociale ambiante. Chacun pourra apprécier, s'il ya lieu, l'écart entre l'identité attribuée parles personnes que nous soignons et celle que nous revendiquons pour nous-mêmes. Cette clarification de l'identité infirmière en phase avec une reconnaissance réclamée doit servir à l'évolution des pratiques professionnelle pour mieux soigner. Ce livre s'adresse par conséquent à celles et ceux qui s'intéressent à la profession infirmière pour ses enjeux sociétaux et pédagogiques : les étudiants infirmiers, les nouveaux diplômés, les formateurs, mais aussi les décideurs qui pourront se rendre compte du niveau de responsabilisation du corps infirmier, ainsi que de l'évolution de leurs modes d'investissement. Et surtout les patients, curieux de découvrir ce que leurs infirmières disent d'elles-mêmes.