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Qu'est-ce qu'un événement littéraire au XIXe siècle ?
Perrin-Saminadayar Corinne
PU SAINT ETIENN
22,00 €
Épuisé
EAN :9782862724799
La notion d'événement littéraire est née au dix-neuvième siècle, au moment où la littérature se constitue en objet historique, cependant que la médiatisation croissante du champ culturel entraîne des pratiques et des stratégies radicalement nouvelles. La conception événementielle de la littérature met au premier plan les critères d'écart, d'originalité ou de rupture, que ce soit dans l'appréhension des chefs-d'œuvre du passé ou la réception des productions contemporaines : La reconnaissance de ce qui fait événement engage nécessairement une (re)définition de la littérature. Question lourde d'enjeux, au moment où l'essor de la presse et les bouleversements du marché culturel imposent des règles inédites, souvent ressenties comme traumatisantes : la valeur d'une œuvre est-elle réductible à son impact événementiel ? Celui-ci constitue-t-il une instance de légitimation ? Un événement littéraire est-il encore possible dans le système éditorial moderne qui s'esquisse alors ? Le débat est aussi complexe que décisif : il questionne les effets sociaux de la littérature, et, au-delà, son possible impact sur l'histoire. L'événement littéraire oblige à se demander ce qu'est, ce que vaut, ce que fait la littérature.
Jules Vallès (1832-1885) a, toute sa vie, défendu la «liberté sans rivages». Cette passion libertaire en fait l?un des premiers avocats des droits de l?enfant et lui inspire une inépuisable indignation contre les enfers sociaux où croupissent les victimes d?un «monde mal fait».
La trilogie de Vallès - L'Enfant, Le Bachelier, L'Insurgé - apparaît, à maints égards, comme l'oeuvre d'une vie. Ces trois romans imposent leur auteur comme un écrivain de premier plan ; ils marquent le bilan (et le couronnement) d'un itinéraire révolutionnaire. Le jeu des titres et des dédicaces souligne le double objectif du romancier : la "fiction autobiographique" construit un moi en prise directe sur le présent, l'histoire, la révolution ; le destin individuel du protagoniste dessine d'autre part, en creux, le parcours de toute une génération en butte à un "monde mal fait", dans lequel l'affirmation heureuse de l'individu ne peut passer que par l'insurrection. Autobiographie romanesque et contre-roman d'apprentissage, la trilogie n'a cependant rien d'une oeuvre à thèse, monolithique et dogmatique : elle se caractérise avant tout par la polyphonie, le croisement des discours, le perpétuel vacillement des registres et des tonalités narratives. Ecrire la révolution passe nécessairement, pour Vallès, par une révolution de l'écriture : c'est ce que donne à lire, exemplairement, le récit fondateur qu'est L'Enfant". Corinne Saminadayar.
Dans ces dernières années, l'Art s'est empreint d'histoire plus fortement que jamais". Cette réflexion célèbre de Vigny, placée en tête du roman Cinq-Mars (1827), prend des allures de paradoxe lorsqu'on la confronte à l'oeuvre de Théophile Gautier. Car cet infatigable militant du romantisme, cet admirateur enthousiaste de Victor Hugo semble s'être délibérément tenu à l'écart de l'engouement historiciste de sa génération. Dès les années 1830, il épingle avec jubilation les ridicules de l'homme Moyen Age, avec ses cottes armoriées. ses ogives, ses souliers à la poulaine. La préface des Jeunes-France (1833) était plus provocatrice encore : "Après de profondes réflexions sur le renversement des trônes, les changements de dynastie, je suis arrivé à ceci - 0. Le vent emporte la fumée ; ceux qui restent dessus mettent les autres dessous ; l'herbe vient là plus belle le printemps qui suit : héros fait pousser d'excellents petits pois". Pourtant Arria Marcella, Le Roman de la momie, Une nuit de Cléopâtre, Le Capitaine Fracasse, révèlent une fascination pour le passé que ce volume, qui rassemble quatorze contributions de spécialistes de Gautier, du roman historique et de l'histoire de l'art, tâche de décrypter.
Le XIXe s. a donné à l'archéologie ses lettres de noblesse : apparue alors sous la forme d'une discipline scientifique, avec ses écoles et sa méthode, elle fait également irruption dans la littérature du siècle. La représentation et l'enseignement de l'Antiquité s'en sont trouvés profondément modifiés : l'Antiquité qui se présentait jusque-là comme une réalité verbale et toujours médiatisée par la littérature - avec au premier chef le rôle des Humanités et des langues anciennes - devient un objet d'étude relevant de la science et du concret. D'où une confrontation et une crise des imaginaires dont on peut trouver une preuve dans l'extraordinaire résistance de l'Université à intégrer les découvertes nouvelles de l'archéologie. Le XIXe s. représente donc le moment d'une véritable conversion sémiotique : on passe d'une représentation filtrée par la lecture à une reconstitution dans laquelle le vestige est à lire autant comme signe que comme preuve. L'archéologie vient ainsi concurrencer l'histoire ; d'où les débats qui agitent la fin du XIXe et du début du XXe s. : histoire et archéologie, histoire ou archéologie, histoire contre archéologie ? La science nouvelle suscite de nouveaux imaginaires qui lui sont propres. L'ouvrage regroupe des contributions d'historiens, d'archéologues, d'historiens de l'art, ainsi que de spécialistes de littérature du XIXe s. qui confrontent leur approche de ce tournant essentiel pour notre compréhension de l'Antiquité, mais aussi de la représentation que les Modernes en ont donnée. En laissant une place aux synthèses et aux études de cas, il rappelle les résistances rencontrées par l'archéologie au XIXe siècle pour être reconnue, montre les représentations de la science dans la littérature du XIXe s., et s'interroge sur les reconstructions et les imaginaires qu'elle a suscités.