Tandis que les médias se focalisent sur les licenciements économiques et sur les plans sociaux devenus "plans de sauvegarde de l'emploi ", les licenciements pour motif personnel (LMP) représentent désormais 70% des licenciements prononcés en France. Les cadres sont les premiers visés, le plus souvent dans les grandes entreprises et dans le secteur des nouvelles technologies. Les auteurs s'appuient sur soixante entretiens avec des DRH, des cadres touchés par le LMP, des représentants syndicaux et des experts - juristes, avocats, inspecteurs du travail, consultants -, pour montrer comment les puissantes logiques de globalisation et de financiarisation ont profondément transformé la relation d'emploi. L'adoption d'un management par le marché, d'origine anglo-saxonne, a donné au LMP une place de premier plan. Moins contraignant juridiquement pour l'entreprise, moins "délicat" en termes d'image, ce dernier se substitue alors à d'autres modalités de départ. En donnant la parole aux cadres, les auteurs mettent au jour des situations très contrastées. Rupture identitaire et risque de précarité pour les uns, séparation négociée et opportunité pour d'autres, les "sorties de cadres" ne se valent pas toutes. Selon qu'ils sont "juniors" ou "seniors", qu'ils appartiennent à l'élite transnationale ou opèrent au niveau local, les cadres sont très inégalement armés pour y faire face. Un livre édifiant sur une pratique de gestion de plus en plus répandue, qui s'inscrit, plus largement, dans les débats contemporains sur les mutations du capitalisme français.
Palpacuer Florence ; Taskin Laurent ; Gomez Pierre
Qu'est-ce que l'entreprise, sinon une communauté ? Au moment où on constate un individualisme exacerbé, une financiarisation du management et une mise à distance croissante du travail, cet ouvrage fait le choix de considérer l'entreprise comme une communauté humaine. Une communauté revendiquée par des travailleurs menacés d'être toujours plus isolés des autres (collègues, clients, managers...), parce qu'elle donne du sens au travail collectif. Une communauté mise en cause par certaines formes d'organisation du travail et de management qui délitent les collectifs mais qui reste désirable parce qu'on y trouve les ressorts pour une résistance et pour l'affirmation d'une humanité indispensable à la conduite durable des entreprises. Ouvrant un programme de recherche et alimenté d'études de cas menées au sein d'organisations de secteurs et de tailles différents, cet ouvrage collectif montre qu'il existe des aspirations communautaires dans toute organisation, que celles-ci sont vulnérables à certains modes de gestion et d'organisation, et qu'il est de la responsabilité des directions d'entreprises et au-delà, de l'ensemble des décideurs politiques et institutionnels qui influent sur leur gouvernance, de promouvoir la dynamique commnautaire des organisations. Il démontre aussi l'utilité d'étudier la communauté en sciences de gestion et invite praticiens et chercheurs à réinvestir cette dimension. Un appel argumenté, sans concession, profondément humaniste. Avec les contributions de Vincent Berthelot, Bruno Cazenave, Dominique Coatanea, Sébastien Dérieux, François Gallon, Johan Glaisner, Pierre-Yves Gomez, Olivier Masclef, Florence Palapcuer, Laurent Taskin.
Pourquoi la question migratoire est-elle aujourd'hui réduite, en Europe, à cette notion de crise ? Dans un contexte de tensions politiques, de débats médiatiques véhiculant souvent des catégories d'analyse impropres ou erronées, l'ouvrage se propose de faire le point sur les enseignements que ladite crise a révélé en termes de nouvelles pratiques, et de logiques latentes. Les événements survenus en Méditerranée au cours de l'année 2015, communément qualifiés de " crise des migrants ", ont bien constitué le révélateur d'une crise profonde en Europe. Mais de quelle " crise " parlons-nous ? Pourquoi le fait migratoire est-il aujourd'hui le plus souvent réduit, en Europe, à cette notion ? Pour les auteur. e. s de cet ouvrage, l'utilisation de ce terme reflète avant tout le refus des Etats européens d'intégrer les dimensions contemporaine et internationale d'un phénomène qu'il est illusoire de prétendre enrayer et qui ne peut au demeurant être qualifié ni de nouveau ni d'imprévisible. Cette attitude de déni se traduit par une gestion meurtrière des frontières et le renoncement au principe de solidarité entre Etats membres qui est supposé fonder l'Union européenne. Elle met en évidence la véritable crise, celle de l'accueil. Grâce à un éclairage pluridisciplinaire, cet ouvrage se propose de faire le point sur ce que la " crise " nous apprend, en termes de nouvelles pratiques et de logiques latentes.
Crawley Quinn Josephine ; Pignarre Philippe ; Bonn
Qui sont les Phéniciens ? Un peuple de l'Antiquité auquel les Grecs auraient emprunté l'alphabet ? Des commerçants et des navigateurs exceptionnels partis du Levant (Tyr, Sidon, le Liban actuel) pour fonder Carthage, dont l'empire concurrencera les cités grecques en Sicile ou en Sardaigne, jusqu'à sa destruction par Rome ? Un peuple pratiquant une religion cruelle avec un dieu exigeant l'immolation d'enfants, source d'inspiration du Salammbô de Flaubert ? Pourquoi, comparés aux Grecs et aux Romains, sont-ils finalement presque insignifiants dans nos histoires et nos récits de l'Antiquité ? Comme dans une enquête policière, l'auteure retrace tout ce que l'on sait sur eux et qui renverrait à une " identité " phénicienne, à un peuple original. Elle explore successivement la langue, la religion, les colonies, l'influence régionale de Carthage. Elle s'appuie sur l'épigraphie, la numismatique, l'architecture, les dernières découvertes archéologiques. A chaque fois que l'on croit saisir cette identité, elle s'échappe... On n'est désormais même plus du tout certain que Carthage ait été une colonie de Tyr ou de Sidon... Les Phéniciens constituaient-ils un véritable peuple ? Etaient-ils reconnus comme tel par leurs contemporains ? Ce qui est certain, c'est qu'ils ont fait l'objet d'une multitude d'opérations d'instrumentalisation (et de fantasmes ! ) : par les Grecs, les Romains et, quelques siècles plus tard, par les Irlandais puis les Anglais et, enfin, les Français !
En tant que femmes, nous sommes tous les jours les cibles d'interpellations, de harcèlement, d'agressions verbales, physiques ou sexuelles plus ou moins graves, plus ou moins violentes, au travail, dans l'espace public et privé. Souvent nous ne savons pas comment réagir, comment dire non, et comment faire comprendre que, lorsque nous disons non, c'est non. L'autodéfense pour femmes - qui n'a rien à voir avec du kung-fu -, ce sont tous les petits et grands moyens de se sentir plus fortes, plus sûres de soi et plus aptes à se protéger et à se défendre dans toutes les situations de la vie quotidienne, que ce soit au niveau mental, émotionnel, verbal ou, en dernier recours, physique. Comment reconnaître et prévenir une situation d'agression ? Comment réagir efficacement, savoir se protéger et éviter la violence ? Ce guide pratique propose une série d'astuces simples et faciles pour poser ses limites et se sortir de situations difficiles : identifier le type d'agression et la psychologie de l'agresseur, utiliser et gérer ses émotions, prévenir la violence par la défense verbale et la désescalade du conflit, mobiliser des tactiques de diversion et de fuite, faire jouer la solidarité, savoir où frapper pour faire mal... Contre tous les stéréotypes qui interdisent habituellement aux femmes de prendre leur sécurité en main, il faut apprendre à dire non et oser se défendre.
Narcisses pathologiques mégalomanes, prêts à tout pour réussir, Narcisses vulnérables, hypersensibles à la critique, dissimulant leur désir de toute-puissance derrière une façade d'humilité, les Narcisses sont de tous les fronts et font recette. Pour s'en prémunir, il faut pouvoir les reconnaître : Marie-France Hirigoyen propose ici une grille de lecture explicite et salutaire. Dans un monde toujours plus compétitif, les Narcisse occupent des positions de pouvoir au sein des affaires ou des médias, voire à la tête des Etats. Certains observateurs, confondant narcissisme et confiance en soi, considèrent que le renforcer permettrait d'affronter les maux de l'époque. Pourtant, les " psys " dénoncent régulièrement le rôle désastreux du narcissisme ambiant sur leurs patients : solitude, souffrance au travail, désordres amoureux... Pour comprendre cette réalité paradoxale, Marie-France Hirigoyen propose une enquête détonante nourrie de sa clinique. Elle pointe la confusion entre le narcissisme sain, qui permet d'avoir suffisamment confiance en soi pour s'affirmer, et le narcissisme pathologique consistant à se mettre en avant aux dépens des autres. Elle reprend la genèse de ce concept dans la psychanalyse freudienne, puis dans la psychanalyse américaine, qui l'a transformé en mettant l'accent sur l'" estime de soi " - participant ainsi d'un glissement de sens emblématique. Emaillé de nombreuses études de cas, histoires et récits de vie, ce livre explique ainsi de manière vivante et originale les dérives du monde moderne, où de plus en plus d'individus sont centrés sur eux-mêmes, " scotchés " à leurs écrans, " accros " aux réseaux sociaux pour se valoriser et exister uniquement dans le regard de l'autre. Mais il invite aussi, grâce à un dialogue renouvelé entre psychanalyse et sociologie, à mieux comprendre les traits narcissiques pour contrer l'ascension des Narcisse tout-puissants. Un projet indispensable pour notre avenir commun.