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Un son désenchanté. Musique et théorie critique
Olive Jean-Paul
KLINCKSIECK
38,12 €
Épuisé
EAN :9782252036822
Dans les années 1960, Adorno confie, dans une note biographique: "J'ai étudié la philosophie et la musique. Plutôt que choisir entre les deux, j'eus toute ma vie durant le sentiment d'être, dans ces deux domaines divergents, à la recherche d'une chose identique." Quelle est donc cette "chose identique" que dissimuleraient dans une totale complicité philosophie et musique? Adorno ne le précise pas. Seule une immersion en profondeur dans les textes du philosophe peut livrer la réponse. II s'agit d'une gageure et c'est précisément celle que relève ici magistralement Jean Paul Olive, exégète attentif, lecteur subtil et interprète exigeant d'Adorno. Mais l'auteur n'entend pas pour autant céder aux sortilèges de la dialectique adornienne. Soucieux de marquer une juste distance critique vis-à-vis d'une pensée qui pourtant le fascine, Jean Paul Olive n'hésite pas à stigmatiser l'intransigeance de certaines positions du penseur francfortois. Habile démarche qui confère à son propre texte, Un son désenchanté, une totale autonomie et lui permet d'autant plus librement d'insister avec force sur l'actualité de la Théorie critique et sur l'urgence d'une relecture de Theodor Adorno.
Si, comme l'écrivait Elias Canetti, " personne ne connaît le coeur secret de l'horloge ", la musique, parce qu'elle se déploie dans le temps en le sculptant, semble bien pouvoir décliner les manifestations de ce mystère qui paraît être à la fois sa source et son problème. Ce problème, la musique le transporte dans une dimension seconde, fictive, imaginaire. En abordant le thème des " Présents musicaux ", cet ouvrage collectif vise à interroger cette dimension temporelle propre à la musique, non pas selon des définitions univoques ou par une approche abstraite, mais par touches successives ; en proposant des cas concrets à travers l'analyse d'oeuvres ou en exposant des problèmes spécifiques, chaque contribution enrichit d'autant la réflexion générale. Apparaît ainsi toute la complexité d'un certain nombre de problématiques cristallisées dans les oeuvres musicales : le rapport du présent au passé et à l'histoire, la relation des matériaux à leur agencement, les conditions à travers lesquelles les oeuvres deviennent des processus riches et vivants. Ce recueil est le fruit d'un séminaire réunissant enseignants-chercheurs et doctorants, séminaire qui s'est tenu au département Musique de l'Université Paris 8, au sein du Laboratoire d'analyse et d'esthétique musicales.
Ces échanges entre des musicologues français et argentins appréhendent la composition musicale aujourd'hui. Il n'est plus guère possible pour penser les créations musicales contemporaines de se référer à une esthétique générale comme cela pouvait être le cas avant le XXe siècle. La diversité des courants, des oeuvres elles-mêmes conduit aujourd'hui le musicologue à forger des outils spécifiques à chaque écriture, au point de multiplier les approches sans pouvoir réduire le champ de la composition à de quelconques universaux.
La modernité viennoise, avec un raffinement rare et une violence surprenante, a profondément marqué notre siècle. Alban Berg occupe une place singulière qu'il convient d'interroger à nouveau. Par une conception de l'unité qui intègre l'hétérogène, par l'invention constante de processus compositionnels croisés, par une acuité exceptionnelle aux faits de langage et au matériau musical, l'écriture de Berg développe une narrativité spécifique qui, au fil des oeuvres, se réfléchit elle-même jusqu'à devenir problématique du sens. L'essai de Jean-Paul Olive, prenant pour centre la partition de la Suite Lyrique, plonge au sein de cette écriture pour s'efforcer d'en dégager le mouvement et rendre compte de l'immense réflexion sur les signes et le temps que constitue l'oeuvre d'Alban Berg.
Des Six bagatelles pour quatuor à cordes composées par Anton Webern à Vienne dans les années 1910, Arnold Schoenberg disait : "Mais avoir su enfermer tout un roman dans un simple geste, exprimer tout son bonheur dans une seule exhalaison de souffle, voilà qui implique une concentration d'esprit ignorée de ceux qui se complaisent à épancher leurs émotions". C'est en associant rigoureusement les approches analytique et esthétique que cet ouvrage propose un modèle de compréhension d'une musique dont la densité musicale et poétique ainsi que le raffinement extrême défient les interprètes et provoquent les auditeurs. Un DVD - Bagatelles Inventaire, réalisé par Stéphane Gatti - est joint à l'ouvrage. Il contient un documentaire permettant un autre accès aux Six bagatelles opus 9 par la voie de la sensibilité auditive et visuelle. Ce documentaire montre comment le jeune quatuor Van Kuijk s'approprie progressivement la partition en cherchant à en restituer toute la teneur esthétique. Le livre et le film ont ainsi été conçus avec le désir de montrer comment l'interprétation, au coeur du phénomène musical, est une aventure à la fois physique et spirituelle, une exploration émotionnelle autant que réflexive, une démarche technique aussi bien qu'esthétique : un processus qui, dans la profondeur et la complexité du geste incorporant les signes, transmet la vie de l'écriture.