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Critique N° 730, Mars 2008
Nicole Eugène ; Dewitte Jacques ; Lombardo Patrizi
MINUIT
11,00 €
Épuisé
EAN :9782707320346
Qui n'a, au moins une fois, rencontré l'angoisse ? Palpitations, boule au creux de l'estomac, souffle coupé, malaise qui enfle sourdement... L'angoisse est une " ventouse posée sur l'âme ", disait Antonin Artaud. Est-elle la voie obligée d'entrée dans l'écriture : l'impouvoir qu'explorèrent Blanchot et Derrida, le vertige du " comment commencer " qu'évoquent Beckett ou Foucault, " l'expérience abjecte " de la psychanalyse selon Lacan, le grouillement informe de l'être pour Levinas ? La pensée est-elle une figure de l'angoisse ? L'angoisse dont il s'agit ici n'a pas la familiarité de nos peurs intimes, aussi violentes soient-elles. Ce sont pourtant ces mêmes territoires qu'explorèrent nombre d'écrivains et philosophes du XXe siècle. Tous disent la formidable puissance de création gisant au c?ur de la négativité anxieuse : déconstruction (Derrida), dés?uvrement, désastre (Blanchot), dédit (Levinas), décréation (Beckett), litanie des " il n'y a pas de ... " chez Lacan, fin de l'homme pour Foucault. L'angoisse de penser désignerait alors cette expérience d'écriture tantôt jubilatoire, tantôt affolante , dans laquelle Je pense hors de Moi.
Un somptueux geste littéraire et une grave méditation sur le temps"Les premiers brouillons de L?Oeuvre des mers datent du séjour à Princeton. Je sais aujourd?hui qu?ils sont le commencement d?un adieu à l?archipel qui n?a cessé d?avancer masqué sous cette couche d?écriture qui croyait être un moyen de maintenir le lien avec lui et que, pas plus qu?à Saint-Pierre, L?Oeuvre des Mers ne pouvait être écrite en France. Produit d?un double exil, elle grandira dans les navettes transatlantiques."En 2003, les trois premiers livres de L?Oeuvre des mers qui avaient été respectivement publiés en 1988, 1991 et 1996 étaient rassemblés sous une même couverture avec une quatrième partie inédite. Le présent volume en comporte une cinquième, "Un adieu au long cours", qui pourrait servir de métaphore à l?ensemble du roman aussi bien qu?aux nombreuses années de son écriture. En revenant à son Oeuvre des Mers, une grande fresque romanesque dans laquelle il entremêle l'histoire de Saint-Pierre-et-Miquelon (sa terre natale) et ses propres souvenirs, son apprentissage du monde et, à travers l'exploration de la mémoire, un voyage à rebours vers ce qui n'est plus, Eugène Nicole poursuit et conclut sa longue traversée autobiographique. La partie nouvelle, "Un adieu au long cours", est une évocation du père et une façon aussi de se séparer définitivement de son île. Regagnant New York où il réside maintenant depuis plus de vingt ans, le narrateur aperçoit depuis son hublot le navire qui ramène à Saint-Pierre le cercueil de son père décédé en France quinze jours plus tôt. Resurgi à cet instant, le souvenir de Lindbergh survolant l?archipel le 20 mai 1927 nous ramène ainsi à la première phrase du texte: L?Oeuvre des Mers revient à son point de départ. Ce pourrait être son point final. Ce roman, foisonnant de personnages, où la saga familiale se mêle à l?Histoire proprement dite, est la représentation d'un monde vu de loin et même d'un monde perdu que parcourt mentalement le narrateur. Il en résulte un somptueux geste littéraire et une grave méditation sur le temps.
Eugène quitte Saint-Pierre-et-Miquelon pour la métropole. Nostalgique, il ne peut oublier son archipel bien-aimé ni l'époque où il allait voir des films français au petit théâtre appelé L'?uvre des mers. Il fredonne les mélodies jouées à la corne de brume, se souvient des veillées, des femmes de son enfance, souvent belles et attachantes, de la crête des falaises, du ressac et des embruns.Né à Saint-Pierre-et-Miquelon, Eugène Nicole a quitté l'archipel en 1956 pour suivre des études en France. Spécialiste de Proust, il est professeur de littérature française à l'université de New York." Ce grand chant passionnel pour un petit rocher est tour à tour drôle et poignant, généreux et précieux. "Lire
Résumé : Chaque retour à Saint-Pierre est pour l'auteur l'occasion d'enregistrer les transformations de son archipel, de revisiter son enfance, d'en retrouver les émotions. Mais cette année-là il doit affronter la disparition de sa maison natale. Assis sur l'un des bancs du square, là où celle-ci s'élevait, il tient entre ses mains l'Ulysse de Joyce, lié à ses lointaines vacances d'étudiant à Saint-Pierre. Il fait revivre la maison qui fut le cadre de sa première lecture, ajoutant cette strate de souvenirs au roman du complot qui l'aurait fait disparaître... Retour d'Ulysse à Saint-Pierre est le récit intime d'un impossible retour, une méditation sur le temps et le pouvoir de la littérature.
Résumé : Le 7 juin 1948, le premier avion se pose sur la piste d'atterrissage de Saint-Pierre, couronnant de succès l'?uvre de Cachemire, ancien scaphandrier du port et promoteur de la ligne aérienne. Du bimoteur descend Amanda Maple, savoureuse Canadienne. Accueillie comme la Première Touriste, elle s'installe au Café du Nord où, élevés par Jeanne, leur grand-mère, habitent depuis peu le narrateur, sa s?ur et son frère. La Première Touriste est bientôt mêlée aux événements petits et grands qui marquent les débuts de cette ère aérienne : la lutte du Cercle des Terre-Neuvas contre l'avion, l'arrivée du Père Noël, les jeux secrets des enfants dans leur " Théâtre de la Morte ". Fluctuant entre le Canada voisin et l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, Les larmes de pierre poursuit le travail entrepris par Eugène Nicole dans L'?uvre des mers, saga d'un microcosme environné de brouillard, où drôles, grandioses et pathétiques, foisonnent des personnages alternativement quotidiens et légendaires.
Classeurs classés par leurs classements, les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu'ils opèrent - entre le savoureux et l'insipide, le beau et le laid, le chic et le chiqué, le distingué et le vulgaire - et où s'exprime ou se trahit leur position dans les classements objectifs. L'analyse des relations entre les systèmes de classement (le goût) et les conditions d'existence (la classe sociale) qu'ils retraduisent sous une forme transfigurée dans des choix objectivement systématiques ("la classe") conduit ainsi à une critique sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociales et des styles de vie. On pourrait, à titre d'hygiène critique, commencer la lecture par le chapitre final, intitulé Eléments pour une critique "vulgaire" des critiques "pures", qui porte au jour les catégories sociales de perception et d'appréciation que Kant met en oeuvre dans son analyse du jugement de goût. Mais l'essentiel est dans la recherche qui, au prix d'un énorme travail d'enquête empirique et de critique théorique, conduit à une reformulation de toutes les interrogations traditionnelles sur le beau, l'art, le goût, la culture. L'art est un des lieux par excellence de la dénégation du monde social. La rupture, que suppose et accomplit le travail scientifique, avec tout ce que le discours a pour fonction ordinaire de célébrer, supposait que l'on ait recours, dans l'exposition des résultats, à un langage nouveau, juxtaposant la construction théorique et les faits qu'elle porte au jour, mêlant le graphique et la photographie, l'analyse conceptuelle et l'interview, le modèle et le document. Contre le discours ni vrai ni faux, ni véritable ni falsifiable, ni théorique ni empirique qui, comme Racine ne parlait pas de vaches mais de génisses, ne peut parler du Smig ou des maillots de corps de la classe ouvrière mais seulement du "mode de production" et du "prolétariat" ou des "rôles" et des "attitudes" de la "lower middle class", il ne suffit pas de démontrer ; il faut montrer, des objets et même des personnes, faire toucher du doigt - ce qui ne veut pas dire montrer du doigt, mettre à l'index - et tâcher ainsi de forcer le retour du refoulé en niant la dénégation sous toutes ses formes, dont la moindre n'est pas le radicalisme hyperbolique de certain discours révolutionnaire.
Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? - Je ne sais pas. " Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final. " Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. "
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.