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Acteur de l'écriture
Niangouna Dieudonné
SOLITAIRES INT
10,00 €
Épuisé
EAN :9782846813853
DANS MON ACTE D'ÉCRIREÉcrire pour les autres c'est toujours quelque chose d'assez louche. Pourquoi se donner la peine de croire qu'on va faire plaisir à quelqu'un? Et surtout se dire qu'on va inventer quelque chose? Alors que tant que ça ne raconte pas les miasmes de là-haut, on peut toujours circuler et revenir sur ses pas comme un enfant de la rue qui a égaré sa sébile. On peut tourner autour de soi, mais dommage qu'on ne puisse pas attraper son ombre. Chez moi le théâtre est venu en bateau avec les colons portugais et français, et l'art contemporain en avion, en même temps que la démocratie et les guerres civiles. Donc faire ce que je fais, si ce n'est pas de l'importation c'est une imposition. Partant de là je peux écrire pour tout et rien.Je préfère écrire pour moi, de toute façon je n'écris que pour moi, de telle sorte que les autres, lecteurs ou spectateurs, ne soient que des produits dérivés de mon imaginaire. C'est rigolo parce que l'art on le fait «par soi» mais «pour les autres». Je me trouve dans une zone de contradiction. Et heureusement, parce que sinon ça serait à sens unique.Au commencement, une excitation, tu te sens en danger tant que t'as pas trouvé de quoi t'es coupable. Dans tous les cas l'important c'est d'être mangé. La peur t'assaille de partout; l'envie d'exister arrive ensuite. Méthodiquement le processus de devenir se met en place avec un nerf conducteur qui te tambourine le crâne comme un devoir, et ça fait une musique.Ma grand-mère racontait des histoires à vous tenir un éléphant éveillé pendant huit jours. Sa seule performance restée dans les annales de Massembo-Loubaki, son village natal, c'est d'avoir fait dévier de sa parcelle le chemin de la mission en promettant au curé de le bouffer si jamais la croix repassait devant sa case. Quand elle faisait de sa main rabougrie un tison enflammé pour raviver le foyer, je me disais que son art de nous raconter des histoires inépuisables, sans têtes ni queues, n'était que le prétexte de sa magie, le mystère qui impliquait son corps pour atteindre les sphères de l'inattendu. C'était bien avant que je puisse me convaincre que c'est le corps qui parle: la bouche n'est qu'un tuyau, c'est le corps qui écrit. L'esprit tient, mais le corps est futile; alors elle pouvait bien le brûler: il se ne consumerait plus, puisqu'il était déjà habité. Les nuits étaient frappées et les bêtes de la savane s'égosillaient pour entraver la voix de la grand-mère. Dans ce mélange, le challenge était autant dans la peur de se faire dévorer par les bêtes que dans celle de la ritournelle de ces épopées interminables. Impossible de dissocier la voix de la grand-mère des indiscrétions de la brousse, elle faisait partie d'un ensemble; c'est comme ça qu'elle arrivait à nous faire flipper, sinon on l'aurait défoncée. Elle jouait avec toute la savane, avec l'âge qu'elle avait donné à la savane, avec le vent qu'elle employait pour réveiller les morts, et la foudre pour repousser le Christ. Elle repartait avec ses aïeuls qui lui devaient tous une vie commune traversée par les mythes et les sacrifices humains. La nature et elle, une musique ponctuant le passage du blues des cannibales qui terminait avec l'arrivée du matin. Voilà comment j'ai su que ça ne me servirait absolument à rien de raconter des histoires. Ce que j'ai à faire c'est partager des expressions, les refléter, les faire bouillir le plus ogrement possible et vous enfoncer l'arôme: celui qui a faim ira chercher à la cuisine. Toutefois, il ne faut pas oublier que c'est toi qu'on bouffe à table.- Qu'est-ce qu'il y a aujourd'hui au menu?- Ben, toi!
Mesdames et messieurs, je vous arrache la garantie de votre innocence. Devenez coupables à moindres frais. Voilà ce que vous dit ce théâtre. On enterre la complaisance, cette nuit. On embrasse les lions. On va faire l'amour avec des hiboux. Tout ne sera pas permis mais votre contraire est invité. Et c'est lui qui ouvrira le bal. Puis vous irez danser avec votre contraire.
... Sortie du Marché Total, avenue de l'OUA, au coin l'école Saint-Exupéry sur l'avenue Tchicaya-U-Tam'si, je longe le goudron du poète qui finit par tomber sur le bras de la télévision, une fois viré à droite et qu'on se trouve au pied de la télé une ruelle en diagonale se précipite dans la vallée, passe une rigole, je grimpe la pente légère et me retrouve dans les bois, mais déjà il fait moins froid que l'atmosphère sinistre de ce février 1994, le moindre battement d'ailes s'entend à des échos-lumière, rare est le gazouillement d'un insecte récalcitrant, la peur fait craqueler les écorces des arbres qui s'immobilisent dans leur fin de parcours aussi muets que le temps moisi du suspens, mes pas éjectent le qui-vive, vagabond je dépose ma conscience sur une pierre et fais rebondir une massue par-dessus la pacotille, le coeur net comme s'il sortait d'une carrosserie de bagnole, l'attitude tellement peu importe interpelle quelques maîtres du lieu qui se voient obligés de me ramener à la ligne, n'eût été leurs sifflets ponctués de quelques chargements rapides de kalachnikov je n'aurais pas fait la connaissance de ma première barricade, le coeur sait se soulever haut les vents et le cerveau retomber plus à plat qu'une diarrhée rouge sur la latérite, la peur hormis les yeux qui vacillent c'est le trac du gardien de but, être la cible et les pieds qui demandent pardon, d'où sortez-vous, j'entendais des mots mais aucune phrase, ramassés une fois impossible de louer un sens à accorder aux joutes verbales que l'homme noir de charbon, barricadé de grenades, la tête enfouie sous un chapeau de rameaux - et moi, Sembène Ousmane et Aimé Césaire sous la poigne mouillée, la bouche balbutiant des onomatopées livrées au profit du doute, nous donnions à l'instar d'un dialogue de Ionesco mal ronronné par un chien et une musaraigne, l'incommunicabilité en marche, c'est une zone de front ici, je me saigne à vouloir reconstituer la scène, mais impossible, suis trop adepte de la fiction pour que le documentaire s'imprègne vigoureusement dans ma mémoire comme l'écrivain de L'Équipe du dimanche, c'est au eut que j'eus droit à un soupçon de souvenance, je devrais être un homme venu d'ailleurs, il m'avait déclaré pas espion, ni éclaireur, encore moins un con de journaliste en quête de sujet à pondre au milieu des têtes enfourchées sur des pics, j'avais rien vu et le décor était loin d'être classique, sans torture ni interrogatoire au café fort, même pas une fouille ni contrôle d'identité il me graciait, le gars avait du chien, il te scannait les intentions et le petit diable coincé derrière tes semblants lui parvenait en moins de deux comme une fiche de renseignements, son écurie, cinq louveteaux dont aucun ne me revint, apprécia comme un seul homme le discours du maestro, l'homme venu d'ailleurs devait continuer son chemin en le rebroussant, marcher sur ses propres pas c'est vachement important comme motif de rétrospection, mêmement qu'inspecter ses vomis pour prendre note sur l'ail farci dans le poulet qui reste à sa juste teneur après le va-et-vient du gosier tandis que le gombo se dilue dans la salive et la bile en passant, sur le chemin du retour je croisais mes pas, impossible de les empêcher à ne pas finir comme ces têtes sur des buttes à ras du sol et qui plus saluaient le sanctuaire du non-retour car même moi suis pas sûr d'en être sorti, mais tonitruant dans leur Cahier d'un retour au pays natal qu'ils balançaient par-dessus les vents mes pas avides et aveugles montèrent pour leur destin, je m'en allais larmes avec, croisant des vivants qui sortaient des buissons le regard saignant et tout le matos à fleur du kaki vert, l'homme au charbon avec une forêt sur la tête attendait mes pas, je ne puis savoir s'ils eurent le même sort que moi ou s'assoupirent tout simplement sur des pics, depuis aucune nouvelle d'eux...
Les vagues balaient la barque, un pauvre radeau de fortune. Je vois la fragilité de la vie, de toutes ces vies accroupies et mal en point, entassées comme des bêtes sur la barque. Mais où vont-ils ? Personne ne saura hormis le hasard. C'est quoi cette obsession qui leur fait braver les mers, les vagues, les tempêtes et la mort ?
Fiston perd son père, noyé dans le fleuve Congo. Quelques jours plus tard, le corps réapparaît, sans tête. Lors de l'enterrement, Fiston ne supporte pas de voir les siens vénérer un cadavre décapité : il déshonore la dépouille, insulte sa famille, humilie ses belles-soeurs, urine sur les masques. Indignés, les notables le condamnent à prendre pour compagnie une tête de mort, qu'il prendra pour celle de son père, qu'il va perdre et devra retrouver. A la recherche de la tête paternelle, il errera au milieu des bars qui jamais ne ferment, se perdra dans les histoires de la grand-mère que personne ne comprend, causera avec son oncle communiste-proxénète, croisera des sirènes... La Mise en Papa est un roman fou sur l'enfer congolais des années quatre-vingts et quatre-vingt-dix, sur la dictature et les guerres civiles. C'est aussi une déclaration d'amour au fleuve Congo et aux mille peuples de Brazzaville. C'est enfin un roman-monde qui passe par la folie pour soigner la folie.
Grande salle. Ils entrent. Il dit:STAN. - je voulais te voir pour te dire que ça s'arrêteça va pas continueron va pas continuerça va s'arrêter làon peut pas continuer à toujours tu comprendstoi évidemment toi c'est quelque chose pour toi bienévidemmentde pasde ne pascomment direquelque chose quinon très clairement si tu ne vois pas tu vas le voir onva le voir très viteon le voit déjàtout cela saute aux yeuxça saute aux yeuxévidemment toi c'est quelque chose que tumais ontu ne vas pas pouvoir repousser éternellementc'est le genre de truc qui ne se repousse pason ne repousse pasbien sûr tu as beau diretu peux te camper
Résumé : Cet amour est comme un poème ou une chanson c'est impossible de le résumer il faut le citer que peut-on dire pour résumer un poème ? c'est celui sur l'amour celui qui dit l'amour résiste à tout qu'il faut aimer à tout prix ? ça c'est le résumé de milliers de poèmes. En juxtaposant des versions légèrement différentes des mêmes événements, Tiago Rodrigues explore un moment de crise, comme une course contre la montre, où tout est menacé et où l'on retrouve la force vitale de l'amour.