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Esquisse(s) N° 17, automne 2020 : Traduire
Nastasi Antoine
KIME
14,00 €
Épuisé
EAN :9782841749874
Entretien avec Aharon Appelfeld (interview d'Antoine Nastasi). Dans cette entrevue, Aharon Appelfeld nous guide à travers le monde des visions de l'écrivain. Visions qu'il cherche à traduire avec une grande économie de mots, cherchant la justesse dépouillée et non la profusion de métaphores. Son renoncement volontaire à la langue maternelle allemande, le fondement que représente pour lui le yiddish, l'adoption de l'hébreu comme retour aux racines aussi bien que langue séculaire détachée de la langue sacrée qu'est l'hébreu biblique, autant de directions linguistiques qui portent les images internes. Ecrivain Serge Ambert, Jean-Paul Sètre, Du texte au corps. C'est à partir des cahiers de Nijinski que Serge Ambert a choisi de monter la chorégraphie Comme un bond en plein ciel. Cette création interroge la traduction non plus d'une langue à une autre langue mais d'un langage textuel à un autre langage, corporel cette fois. Outre le fait que ces deux langages se construisent ici selon la narrativité de l'auteur-danseur et du chorégraphe-danseur, il n'en demeure pas moins que l'une est écrite et donc pérenne tandis que l'autre est gestuelle et éphémère. Danseur-chorégraphe, écrivain Anna Angelopoulos, Traduire des contes judéo-espagnols des Balkans. Comment traduire une collecte de contes transmis en ladino, une langue orale employée par les communautés judéo-espagnoles. Il s'agit ici d'opérer une double traduction : d'une part, celle d'une langue dans une autre langue, d'autre part, celle d'une langue orale dans une langue écrite. Psychanalyste, anthropologue Batia Baum, Langue caché, perdue, retrouvée. L'auteure retrouve la langue yiddish à l'âge adulte, langue née entre les langues, du traduire d'une langue à l'autre, du texte hébraïque à la langue germanique judaïsée et nourrie d'autres sources : romanes ou slaves. En français, le yiddish, c'est du genre masculin. Et Batia Baum différencie cette langue du yiddishkeit, du genre féminin, dont elle a la nostalgie parce qu'il n'y a pas de lieu pour ça, c'est un lieu de mémoire, c'est tout ce dont la langue est nourrie, ce qu'elle porte en elle de racines, de sensations, d'odeurs, du lait de la mère, de pensée, de culture. Elle montre que ce qu'elle cherchait, c'était le yiddishkeit et a fini par comprendre que ce yiddishkeit se transmettait par la langue. Ecrivain, traductrice et enseignante du yiddish Marilia Aisenstein, Traduire, transcrire, trahir. "Quand tu rencontreras en grec l'expression à l'ombre des platanes tu la traduiras par le soir au coin du feu" . Impossible fidélité de la traduction. De quelle traduction-transcription-trahison s'agit-il lorsqu'on écrit la clinique, lorsqu'on la pratique au quotidien ? Si il est impossible d'échapper à la création de fictions, le narratif est indissociable d'un travail de transformation et ce travail de transformation sert le travail de la séance. Peut-on penser que grâce à ses fictions qui traduisent et transcrivent quelque chose d'intime que le patient ne sait pas mettre en mots, l'analyste l'aide à créer son propre roman, un roman affecté ? Car il est aussi toujours question d'une autre traduction, celle qui se fait au coeur même de la pulsion, ce travail imposé de transcription du somatique dans du psychique par une série d'opérations mutatives, de décodage ou de traduction allant du plus organique au plus psychique (la représentation de mot mais aussi l'affect et sa qualification). S'agirait-il alors dans le travail psychanalytique de tendre vers l'impossible "traduction fidèle" de Diderot en ayant "l'âme bien pénétrée des impressions qu'on a reçues et de n'être satisfait de la traduction que quand elle réveillera les mêmes impressions dans l'âme du lecteur. ". . Psychanalyste Betsy Jolas, Transcription ? Pour tout musicien, la transcription se réalise au minimum par la seule modification de l'habillage instrumental d'une oeuvre, sans aucune autre transformation de note, de registre de rythme. Mais le simple passage d'un instrument à un autre nécessite d'opérer sur l'oeuvre de départ des changements techniques. Ces modifications sont d'autant plus ressenties que la transposition à un autre moyen d'expression est importante et pourrait aboutir à un arrangement ou même une adaptation de l'oeuvre originale. La question que pose Betsy Jolas est celle des limites à ne pas franchir pour rester dans l'ordre de la transcription. Compositrice Martine Dethorre, Interpréter les surdités. Traduire suppose un champ commun à deux locuteurs. Quand l'un des deux est sourd, comment construire une langue commune ? Comment libérer de l'isolement, rendre sens au monde et restaurer la transmission ? L'auteur invite pas à pas à s'interroger sur les modalités de rencontre thérapeutique entre un enfant sourd et une psychanalyste. Psychanalyste Aurélia Ferrari, A propos d'une chanson swahili. Etre linguiste c'est décrire, décomposer, analyser, appréhender une langue de l'intérieur. Etre linguiste c'est travailler parfois avec des langues en pleine création, c'est souvent alors, être confronté à l'intraduisible. Cette complexité de l'intraduisible de la création linguistique qui suffixe, préfixe, mixe les langues et les cultures est illustrée par l'auteur qui analyse ici le texte d'une chanson en swahili de Lubumbashi. Nous suivrons au fil de ses vers le suffixe ko, suffixe de relativisation s'appliquant aussi bien à des noms, qu'à des verbes, soulignant tour à tour relativisation sociale, humaine, temporelle ou géographique mais aussi passeur de matière et d'émotions. Linguiste. Georges-Arthur Goldschmidt, Pile et face. Une longue confrontation de l'allemand et du français chez l'auteur, rend ce que ces deux langues disent l'une et l'autre à la fois de plus en plus semblable et de moins en moins ressemblant. L'allemand n'est en rien une langue abstraite, tout en allemand est immédiatement spatialisé, situé de manière précise dans une étendue concrète. A cause d'une approche plus directe de la réalité, il semble que la part métaphorique y est plus réduite qu'en français. Comme si les choses, en allemand, se passent dehors, en plein air, là où en français elles se passent plutôt dedans. L'auteur donne plusieurs exemples tirer de son long côtoiement des deux langues. Traducteur. Patrick Miller, Un déraillement. Ecrire une expérience de séance, une expérience de transformation. Ecrire et non traduire, le vu dans l'entendu. Chercher volumes et plans, stéréophonie et géométrie dans l'espace pour écrire une partition d'orchestre en volume. Conserver la trace en acceptant d'être fragmentaire et incomplet en s'éloignant le moins possible de l'expérience. Existe t-il une modalité d'écriture de la séance d'analyse qui ne soit ni nécessaire ni impossible ? Psychanalyste. Marie Rose Moro, Adelia et la voix nue de l'enfance. Entre les langues il y a "un imaginaire polyglotte" . Il est au-delà des circulations interlinguistiques, au-delà des mouvements de traduction. C'est un courant qui va jusqu'à l'invention de mots quand ces derniers font défaut dans la langue adoptée alors qu'ils existent dans la langue d'origine. Quand la nouvelle langue barre le chemin, quand elle "manque de lumière" , on la tord, on l'hybride. Psychanalyste, Psychiatre. Marie-Ange Schiltz, Chiffrement du social. Les sciences sociales peuvent tout aussi bien se revendiquer d'une approche quantitative que d'une approche qualitative. Reste alors à penser la traduction entre les deux approches ? Mais comment traduit-on des pourcentages en langue narrative en vue de transmettre des travaux scientifiques à des autorités administratives. Statisticienne Jacques Vauclair, L'identification au primate et ses illusions. L'intérêt de l'homme pour les primates va jusqu'à imaginer une communauté langagière. Qu'en est-il exactement ? Psychologue génétique et expérimentale. Daniel Wildlöcher, La chose et le nom. Nommer un objet ne sert pas qu'à le définir ou dire sa fonction. Le psychanalyste y entend le fantasme, l'imaginaire qu'il révèle. Forte de cet écart, l'interprétation ne traduit pas, elle rend présente la réalité psychique et permet la remise en jeu des associations. L'auteur déploie sa réflexion à travers références théâtrales et psychanalytiques. Psychanalyste Texte de fin : Jean-Paul Valabrega, "Sur le concept de traduction et sa nébuleuse" (extraits).
Livre de vie. A même l'épaisseur ventée des arborescences, les entrelacs où se dessinent filiations et chemins, les flottements et les murmures, les résonances des langues, les douceurs et les douleurs vives, les frémissements et les ondes de présences et d'absences, les émois et les appels de l'enfant encore. Traverses, biais, diagonales et la déclivité comme seul signe qui vaille. A même la chair du monde.
Résumé : Au milieu de la nuit, à l'heure où les monstres se réveillent, Lima découvre sa grande soeur dans la chambre. Pourtant, hier encore, Velvet dormait à l'hôpital. "Dépêche-toi, on va être en retard", lui dit-elle en lui tendant ses chaussures. Lima accompagnerait sa grande soeur jusqu'au bout du danger. Dehors, il y a plein de bruits inconnus. On dirait que la nuit parle une langue étrangère. Et une ombre étrange semble les suivre.
Résumé : Cryptomonnaies, blockchain et NFT s'imposent dans le monde des affaires comme dans le débat public où ces technologies sont présentées comme l'avenir d'Internet. Pourtant, l'histoire récente de la crypto-industrie est pavée par les scandales, des échecs économiques aux débats sur son impact écologique désastreux. Lorsqu'elle s'appuie sur une colère légitime contre les institutions, c'est semble-t-il pour la récupérer et la financiariser, faisant le jeu du populisme. Car sous leur apparente radicalité, les crypto-actifs sont en réalité un cheval de Troie pour des valeurs réactionnaires sur le plan économique et politique. Ce livre critique dévoile les origines e-déologiques de cette nouvelle industrie née d'Internet.
Depuis que je suis entrée dans votre bureau étriqué, Monsieur l'officier, vous attendez une jupe en lambeaux, du sang sous les ongles et des témoins. Je crois que vous auriez préféré une foule rugissante devant mon corps dévoré par des chiens haineux ; leurs babines rosies de moi ; mes os à vos pieds. Des preuvesà récolter. Un viol à voir. Moi, j'aurais préféré ne jamais me rendre sous le cerisier, il y a trois mois, en avril dernier".
Dans le sillage de Flaubert sont nées, dans tous les domaines artistiques, des adaptations et des créations multiples, reflétant la réception contrastée de son oeuvre de par le monde : le cinéma, le théâtre, la musique, l'opéra, la bande dessinée, nous offrent aujourd'hui une très large palette d'intertextes attestant la vitalité d'une oeuvre constamment lue, relue, réécrite, traduite, retraduite, bref, constamment (ré)interprétée, en vertu d'intentions parfois contrastées, méritant une étude attentive, en vertu peut-être aussi de l'inquiétude fondamentale qui traverse l'oeuvre de Flaubert et dont ces postérités sont, chacune à leur manière, les échos entêtants. L'étude de ces "dérivés" flaubertiens révèle aussi bien les procédés d'actualisation de la filiation ainsi revendiquée, que les singulières métamorphoses induites par les lectures de Flaubert en d'autres langues et au sein d'autres cultures. Ce volume rassemble les travaux de chercheurs internationaux, qui, à l'étranger et en France, nous offrent un vaste panorama de ces créations.
Violence, domination, inégalité, tyrannie et insurrections : la réflexion de Spinoza sur le droit et la politique ne se limite pas au pacte social, ni à la liberté de philosopher. Il ne s'agit pas seulement de dresser la liste des droits respectifs du souverain et des sujets, dans le sillage des théories du droit naturel. Déjà Althusser avait rapproché Spinoza de Marx et Alexandre Matheron avait montré le rôle essentiel des passions dans la Cité et ses transformations. Toute une génération de chercheurs s'est interrogée ensuite sur les notions par lesquelles se pense ce devenir : foule, peuple, nation, mais aussi multitude. C'est ce dernier terme surtout qui concentre le mieux une pensée de l'initiative historique des citoyens et de leur puissance collective. Il restait à en tirer les conséquences sur les rapports entre individu et multitude, sur les relations de la pensée spinoziste avec Machiavel, Grotius et Hobbes, sur l'attitude de Spinoza envers révolution et conservation, résistance, assimilation et intégration, citoyenneté, désobéissance et révolte. Autant de thèmes qui sont développés ici, à travers la lecture renouvelée de L'Ethique, du Traité théologico-politique, et du Traité politique. Le volume s'achève par un entretien avec Toni Negri, qui fut le premier, dans son livre L'Anomalie sauvage, à mettre en lumière l'importance et le rôle de ce concept. Il y fait le bilan de son propre itinéraire et des discussions qu'il a suscitées.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.