Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Macbeth. D'après Shakespeare
Müller Heiner ; Morel Jean-Pierre
MINUIT
13,00 €
Épuisé
EAN :9782707319517
En septembre 1961, à Berlin-Est, la première de L'Émigrante ou La Vie à la campagne tourne à la catastrophe pour Heiner Müller dont les débuts avaient été plutôt favorablement accueillis, et même salués par le régime, malgré quelques incidents. Accusé d'avoir écrit une pièce contre-révolutionnaire, anti-communiste et anti-humaniste, exclu de l'Union des Écrivains, il se retrouve pour des années au ban de la RDA.Sans emploi régulier, aidé par de rares amis, dont le musicien Paul Dessau, Müller ne peut plus traiter aucun des sujets contemporains qui avaient fait sa réputation avant le scandale de L'Émigrante. Ses textes nouveaux sont parfois édités en revue - on reconnaît ainsi leur valeur -, mais l'accès à la scène leur est barré. On dit souvent que, pendant cette période, Müller a surtout retraduit ou adapté des textes ou des sujets antiques. Des tragédies ou des pièces tirées de la mythologie éveillaient moins la méfiance des autorités et répondaient à une demande des théâtres. En fait, Müller adaptateur n'est pas mieux loti que Müller écrivain de la construction du socialisme. À l'exception d'OEdipe roi, monté par Benno Besson en 1967, ces textes se voient aussi refuser l'accès des scènes en RDA. Toutefois, l'intérêt suscité à l'extérieur, et d'abord en RFA, par ces adaptations aide Müller à rompre l'isolement dans lequel le régime a voulu le confiner.Macbeth a commencé comme une nouvelle traduction, à laquelle Müller a apporté des changements. Apprenant que le théâtre de Brandebourg, une ville de province, voulait monter la pièce de Shakespeare, il s'est hâté de finir son adaptation en 1971 et d'obtenir l'autorisation de la faire jouer. Le texte est publié en février 1972 et la création a lieu, le mois suivant, avec des moyens que les rares critiques informés jugent inégaux, tant du côté de la mise en scène que des comédiens. Ensuite la pièce ne sera plus jouée pendant dix ans ; et à la reprise, c'est Müller lui-même qui la mettra en scène, avec sa femme, Ginka Tscholakowa. Quelques jours après la création à Brandebourg, elle est donnée à Bâle dans une mise en scène qui fait scandale par son usage spectaculaire de la violence. Ni Müller ni ses critiques ne l'ont vue, mais certains de ceux-ci ont tiré parti de la rumeur, pour mettre le texte en accusation. Wolfgang Harich, l'un des philosophes les plus connus en RDA, juge la pièce "négative à l'extrême, une erreur unique, réactionnaire dans le contenu, bâclée dans la forme". En tous cas, s'il y a eu dispute, c'est que partisans et adversaires de Müller ont vu dans Macbeth le retour de l'auteur sur les scènes est-allemandes, sa première pièce véritable depuis L'Émigrante.Cette polémique de 1972-73, quels aspects du texte met-elle en lumière ? Schlösser parle, d'une pièce "pleine de brutalité (et non sans une bonne dose de sexe)", sans donner d'exemple ; Harich, plus franc, cite la scène où Lady Macbeth dénude ses seins face à son mari (geste qu'on retrouve ailleurs chez Müller) ; avec ce "strip-tease", dit-il, l'auteur et ses partisans sont "une source de névroses" pour les lecteurs et spectateurs qui vont découvrir le texte. Müller se fait ainsi le complice de l'Ouest.On débat plus ouvertement de la brutalité, de la cruauté, voire du sadisme, de certaines scènes. Les mêmes passages sont invoqués : deux gifles assénées à des morts, la langue du portier arrachée (et sa chanson qui parle de tétons coupés), le sexe de Banquo tranché et remis à Macbeth, le Lord écorché vif et le paysan qui se pend de désespoir. Mais seul Harich rend le nouveau Müller complice de l'Ouest en le rapprochant de réalisateurs comme Ken Russel, Peckinpah et surtout Kubrick (Orange mécanique), responsables pour lui d'une "vague de cruauté" dans le cinéma des années 70.Les changements par rapport à Shakespeare ont-ils une signification ? Les critiques de 1972 s'accordent pour dire que Müller a rendu visibles les opprimés. À savoir les paysans, révoltés contre le roi d'Écosse dès le lever du rideau, puis vaincus, exploités, plus tard déchirés entre les deux camps. Et aussi les soldats : ils abandonnent par deux fois le parti de Macbeth et tuent celui-ci à la fin, au lieu que ce soit Macduff. Quant aux sorcières, qui naissent de l'écrasement initial de la révolte, leur réapparition au dénouement prouve que l'ordre légitime n'est pas restauré : le trône restera fragile tant que n'aura pas cessé la violence contre les paysans.Müller a travaillé sur Shakespeare plus longtemps que sur les textes antiques. Et son avis a varié : il a comparé l'adaptation à une "transfusion de sang" indispensable pour continuer à écrire, il a craint aussi qu'elle devienne une routine ("nous ne serons pas à bon port tans que Shakespeare écrira nos pièces"). Elle a donc toujours représenté un risque. Risque de se voir renvoyé à sa propre solitude, après avoir cru entrer, grâce à l'auteur élisabéthain, dans une sorte de production collective, de coopérative d'écriture fonctionnant à travers les siècles ; risque de transgresser l'histoire officielle, "nos hiers conduits en laisse par des aveugles", en déchiffrant le passé récent à travers le passé lointain (et si les paysans massacrés de Macbeth allaient faire penser aux victimes de la collectivisation en URSS ou en Chine ?) ; risque de se heurter à l'opacité de l'histoire, à la répétition sans différence, à l'impossibilité d'arraisonner l'avenir. Les questions soulevées dans la polémique de 1973 escorteront son oeuvre jusqu'à la fin.
Trois pièces, trois jalons importants dans l'itinéraire du grand poète dramatique. Dans L'homme qui cassait les salaires, texte d'inspiration brechtienne, il dévoilait les contradictions de la jeune RDA et faisait surgir pour la première fois le couple des "frères ennemis", nazisme et stalinisme. Dans La construction il développe une dramaturgie plus proche de l'univers de Kafka que du "socialisme réellement existant" et dans Tracteur il fait théâtre de son échec littéraire et dramatique comme Kafka, dans ses récits avait fait littérature de l'échec littéraire.
La lecture d'un livret d'opéra, à quelques exceptions près, ne suscite pas toujours l'enthousiasme. Mais Heiner Müller, on s'en doute, nous convie à une tout autre expérience. Très librement inspiré d'une pièce d'Evguéni Schwarz (et d'un conte d'Andersen), cet Opéra du dragon sent le souffre et crache le feu. Texte "percussif", comme martelé sur l'enclume d'un Héphaïstos euphorique (iconoclaste, Müller fait de son Lancelot un nouvel Héraclès), reliques ciselées, griffées ou badigeonnées comme des graffitis sur le mur, l'économie de moyens, la sobriété incisive contrastent avec une inventivité constante. L'ironie est mordante, la liberté totale, la poésie omniprésente. Müller se joue des contraintes du genre, se les approprie pour produire cet opéra presque inmontable : donné en 1969 par le Staatsoper, il ne sera à peu près plus représenté, cette édition faisant suite à sa création à Poitiers, en janvier 2000, par la compagnie Carcara. Il n'en demeure pas moins une éblouissante réussite. --Scarbo
Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? - Je ne sais pas. " Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final. " Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. "
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.
Un des pionniers du Théâtre de l'Absurde, Samuel Becket, offre un spectacle qui fait rire jaune à plus d'une reprise. Deux personnages en attendent un troisième et pendant cette attente, ils refont le monde à leur manière. Jamais ce que l'on nomme l'absurde n'aura été si visionnaire et réellement vrai.
Je suis dans la chambre de ma mère". Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : "Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement" L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur. En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'oeuvre de Samuel Beckett. Jean-Jacques Mayoux, trente et un ans plus tard, nous en offre une lecture encore enrichie par le temps.
L'essor de la tragédie grecque coïncide avec l'apogée de la démocratie athénienne au Vème siècle av. J. -C. Bien qu'historiquement daté, le genre tragique qui s'affirme avec Les Perses d'Eschyle (472 av. J. -C.) et s'étiole ou s'éteint avec Les Bacchantes d'Euripide, représentées après la mort du poète en 406 av. J. -C. et qui est intimement lié à la vie civique et religieuse de la Grèce classique, a traversé les millénaires. Il est sans doute la source majeure du théâtre européen à partir de la Renaissance ; il constitue encore de nos jours un répertoire dramatique vivant ; il est en train de redevenir l'une des bases de l'enseignement. Sur les centaines de tragédies écrites, composées et représentées dans le monde grec mais principalement à Athènes entre la victoire de Salamine et la fin de la Guerre du Péloponnèse, seules 32 pièces (7 d'Eschyle, 7 de Sophocle et 18 d'Euripide) ont été conservées. Nous possédons également les titres ou les arguments de nombreuses tragédies perdues ainsi que de nombreux fragments cités tout au long de l'Antiquité. Le présent volume peut être considéré comme un recueil intégral des textes tragiques que nous connaissons. La tragédie est un genre mixte où alternent les parties dialoguées dans un mètre proche de la prose et les parties chantées, qui mettent en jeu le Choeur. La grande difficulté pour un traducteur réside dans la transposition moderne de parties lyriques souvent obscures, écrites dans une langue savante et composite avec des rythmes très éloignés de la prosodie française. La traduction de V. -H. Debidour est à cet égard un tour de force : proche du texte d'origine, limpide et poétique en même temps.
Résumé : Le livre de chevet de tous les acteurs encore aujourd'hui. Publié en 1936, écrit de manière très vivante et pédagogique sous la forme d'un journal intime tenu par un élève de Stanislavski, il montre comment être un bon acteur. Tous les aspects sont abordés: l'action, la créativité, la concentration, la relaxation des muscles, le travail en groupe, la mémoire, etc. " Il n'est pas de comédien authentique qui n'ait, un jour ou l'autre, emprunté sciemment ou non quelques-uns des sentiers de cette analyse ", écrit Jean Vilar dans sa préface.
Résumé : Briser le langage pour toucher la vie ; faire entrer la métaphysique dans les esprits... Publié en 1938, alors qu'Antonin Artaud, quarante-deux ans, est interné depuis plusieurs mois déjà, Le Théâtre et son double est révolutionnaire. Affirmant la prééminence du corps sur le texte et du metteur en scène sur l'auteur lui-même, il défend le théâtre comme phénomène extrême, cérémonie magique, expérience directe du sacré. On a pu comparer ce livre mondialement célèbre à La Naissance de la tragédie, de Nietzsche, et c'est vrai - une puissance le traverse, un souffle poétique, qui nous ouvre à des forces nouvelles, nous anime et nous transforme.
Le théâtre de Harold Pinter découvre un univers singulier, à la fois comique et terrifiant, fait de sous-entendus, de mal-entendus et de pas-entendus du tout. On y voit, comme à travers un microscope, des personnages qui végètent confusément, dont on ne sait presque rien et qui sont soudain - le temps de la pièce - agressés, violés et réduits à un autre néant. On y parle un dialogue quotidien, savoureusement banal, d'une économie précise et pourtant sibylline, qui débouche sur un impitoyable affrontement dans lequel les mots sont des armes mortelles. On prêche le faux pour savoir un vrai qui est encore plus faussé. Les questions que l'on pose ne sont pas celles qu'on a en tête, et la réponse, ou le refus de répondre, ne fait qu'accroître le gouffre d'incompréhension. La pudeur se fait violence, le sourire menace, le désir impuissance, la victoire défaite. Le choix des oeuvres qui composent ce recueil montre bien le parcours accompli par Pinter. Les premières oeuvres (Une petite douleur, Le monte-plats) appartiennent à ce qu'on a appelé le théâtre de la menace : un micro-univers calfeutré, apparemment serein, qui est ravagé par un envahisseur mal défini, tout ensemble jovial et terrifiant. Les oeuvres plus récentes (Paysage, No man's land) ajoutent un nouvel élément : la mémoire. Les souvenirs avec lesquels on jongle, ceux que l'on retrouve ou que l'on modifie ou que l'on invente, ceux qu'on vole à autrui, ceux qu'on mélange délibérément et qui se télescopent et se contredisent, jusqu'à l'effondrement du ou des jongleurs. Et le rire s'étrangle, ripe comme un saphir sur un disque usé, et se change en cri d'agonie.