Né en pleine Révolution, fils de Delphine de Sabran, Astolphe de Custine aura connu la Terreur, l'Europe des Idées, les voyages en Italie et en Russie, la dictature de Napoléon et, au crépuscule de sa vie, l'ombre de la Princesse Mathilde. C'était un voyageur, un excentrique, un homme libre qui eut le courage, assez peu fréquent dans le milieu dont il venait, d'afficher son homosexualité et de vivre en couple pendant trente ans. "Je ne suis pas révolutionnaire mais j'ai été révolutionné", disait-il. Anka Muhlstein nous fait bien comprendre le glissement d'une civilisation à l'autre : d'un côté, ce sont les délices de l'Ancien Régime, un art de vivre, et au bout du compte la guillotine. De l'autre, les voyages en solitaire, des rencontres singulières, le vertige d'une caste qui se sait mourir, la traversée de l'Europe. De quel parti était vraiment Astolphe de Custine ? On le crut dilettante de l'écriture mais son la Russie en 1839 fut un succès. On le crut prisonnier d'une certaine société mais, avant l'heure, dans un siècle devenu bourgeois ; il fut un homme détaché des conventions, un homme libre.
Presque tous les grands écrivains sontde grands lecteurs. Et pourtant, il y a chez Proust quelque chose d'incomparableà cet égard. Baudelaire et Ruskin l'ontinfluencé. Mme de Sévigné, Racine, Saint-Simon ou Balzac lui servent à étoffer ses personnages, voire à les définir. Critique pénétrant, Proust lui-même fut aussi l'un des premiers maîtres du pastiche. Quant à l'écrivain Bergotte, c'est l'une des grandes figures de la Recherche, où chacun sedéfinit presque par ce qu'il lit ou ne lit pas, par sa façon de lire et même de parler des livres.À l'heure où on célèbre le centenaire dela publication de Du côté de chez Swann,Anka Muhlstein ne se contente par d'examiner les livres que Proust a lus dans son enfance et sa première jeunesse. Elle met au jour ce que les mots, l'écriture, la lecture, les livres, les écrivains, bref le rapportà la littérature dans tous ses aspects, ont de central dans l uvre proustienne. Peut-être est-ce même ce qui fait de lui le premier des moderne.
Voici un étonnant essai de "gastronomie littéraire", mariant les plaisirs du texte et ceux de la chère. Relisant Balzac, des restaurants à la mode aux sombres estaminets, des festins mondains aux mesquineries de la petite-bourgeoisie, c'est toute la France à table au XIXe siècle qu'Anka Muhlstein nous fait redécouvrir. Et surtout, à travers toute La Comédie humaine, c'est notre imaginaire gourmand dont elle nous donne à retrouver les sources. Car c'est vraiment Balzac, avant Flaubert, Zola ou Maupassant, qui, en France, a fait entrer la table en littérature.
Résumé : Cécile Muhlstein est née en 1936 à Paris. Elle se dirigea très jeune vers le dessin et la peinture et s'inscrivit en 1956 à l'Ecole des Arts décoratifs. Elle avait vingt-neuf ans lors de sa première exposition. Aquarelles abstraites, collages aux monstres extravagants, dessins envoûtants où se mêlent corps inanimés, cordes et bandages, portraits à la Clouet aux mystérieuses techniques : Cécile Muhlstein évoluait dans son monde propre. Disparue à l'âge de soixante-dix ans, elle nous laisse une oeuvre hors du commun à laquelle sa Famille a voulu rendre hommage."Tous ses tableaux, ses collages, ses pastels évoquent à la fois une sorte de sérénité minérale et un inconsolable désespoir, une statuaire paisible et une révolte destructrice, l'extase et l'agonie" - Jérôme Garcin.
Bogdanov Igor ; Bogdanov Grichka ; Tettiravou Marc
Résumé : Que diriez-vous si l'on vous apprenait un jour que l'un des plus grands mathématiciens de l'histoire, Bernhard Riemann, le père de la fameuse "géométrie riemanienne", avait découvert en 1859 une mystérieuse formule qui, selon ses propres mots, "indiquait le chemin qui mène vers Dieu ? ". Une formule impénétrable, qui donne le vertige. Son nom ? L'hypothèse de Riemann. Or, malgré des efforts acharnés, aucun mathématicien n'a encore été capable d'en percer le mystère. L'Institut de Mathématiques Clay offre aujourd'hui une récompense d'un million de dollars à celui qui trouvera enfin la solution. S'agit-il du graal dans lequel seraient enfouies, sous une forme algébrique, les réponses ultimes aux questions que chacun se pose sur le sens de la vie ? Une clef permettant de comprendre que la naissance de l'Univers n'est pas le fruit du hasard ? Fascinés, à leur tour, par le formidable secret que recèle la fonction Zeta de Riemann, Igor et Grichka Bogdanov nous plongent jusqu'au vertige au coeur de cette éblouissante énigme mathématique. Une énigme qui pourrait bien confirmer que l'Univers a bel et bien un sens. Et que notre propre existence repose sur un ordre profond décrit, de manière inévitable, par l'équation Dieu.
Résumé : Paru en 1845, Paris anecdote est un livre consacré à la vie quotidienne à Paris, au milieu du XIXe siècle. L'auteur revient sur les métiers les plus insolites de la capitale : du pâtissier ambulant à la femme qui a fait fortune en vendant de la mie de pain récupérée pour les oiseaux, en passant par l'éleveuse de fourmis ou l'exterminateur de chats. Il raconte la vie d'une maison du quartier de Saint-Germain-des-Prés, où logent peintres, poètes, chanteurs, tous pauvres et flamboyants, des princes râpés de la bohème. Il raconte ses nuits dans les plus fameuses tavernes et autres cabarets du quartier des Halles, mille rencontres avec des Parisiens et des banlieusards qui commercent, rêvent, boivent, perpétuant un Paris du Moyen Age depuis bien disparu et qui ont fait de Paris, à jamais, la ville qu'elle est. Industrieux du jour et dériveurs de la nuit, comme ce pair d'Angleterre excentrique et tragique, ou cette tenancière de café gouailleuse, c'est le grand et petit peuple de la capitale du XIXe siècle, pour reprendre l'expression de Walter Benjamin. Un Paris disparu, d'avant les travaux du baron Haussmann, d'un temps où, comme l'écrit Privat d'Anglemont dans ce livre culte et inédit depuis des décennies, " on voulait s'amuser, on ne pensait même qu'à cela ".
Résumé : Maurice Sachs brûlait. sa vie comme un acteur brûle les planches. Il avait de la présence, du magnétisme. Luxe plus rare, il avait du regard et de la mémoire. Rescapé chaque soir du jeu d'enfer de sa vie, une vie de jeton de casino, il prenait le temps, avant l'angoisse du matin prochain, de jouer encore à se souvenir... Et il se souvient, ici, du temps du B?uf sur le toit, paradis des Années folles, hanté par Cocteau et tant d'autres qui surent, de la vie, faire un interminable bal tragique...
Résumé : " Une petite fille nous aborde : Qu'est-ce que vous cherchez ? Elle a un regard joueur et curieux, je lui explique. Ici, il y a des années, sous le régime khmer rouge, c'était un hôpital, et j'ai enterré de très nombreux corps dans des fosses. Puis l'eau a englouti ce lieu, et on a bâti des maisons. Elle joue avec un petit bout de bois, un peu gênée : Je sais. On dort sur les morts. La nuit, parfois, on les entend parler. J'insiste un peu : Mais tu as peur ? Elle sourit : Non, on n'a pas peur, on les connaît. " C'est à un voyage hors du commun que nous convient Rithy Panh et Christophe Bataille, huit ans après leur livre L'élimination - un voyage vers l'enfance et vers les rizières où furent tués, par l'idéologie, la faim et la violence, 1, 8 millions de Cambodgiens. Le grand cinéaste cherche les lieux où furent enterrés les siens : le tombeau de son père, dans la glaise ; la fosse où furent englouties sa mère et ses soeurs. Mais aussi le grand banyan où il s'abrita, désespéré, à treize ans, avec ses boeufs - sur cette colline, les khmers rouges n'osaient pas s'aventurer. Rithy Panh et Christophe Bataille roulent à travers le pays, s'arrêtent, parlent avec les bonzes, questionnent les villageoises âgées, grattent la terre et trouvent des ossement, des tissus ensanglantés. L'oubli guette, et la négation. Et Rithy Panh poursuit son chemin, cherchant la paix avec les morts et tissant un rapport unique avec les vivants, qu'il côtoie, victimes, bourreaux, complices, anciens cadres khmers rouges : le travail de connaissance ne cesse pas, à hauteur d'hommes. D'une conversation écrite avec Noam Chomsky à des échanges avec le père Ponchaud, d'un entretien avec Robert Badinter aux lettres enfantines rangées dans une sacoche de cuir, d'une méditation sur l'idéologie aux visites aux femmes-devins, les auteurs nous offrent un grand livre.