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Le mythe bédouin chez les voyageurs aux XVIIIe et XIXe siècles
Moussa Sarga
SUP
22,00 €
Épuisé
EAN :9791023105469
Perçus depuis les pèlerins médiévaux comme de dangereux pillards, les Arabes nomades font peu à peu l'objet, au cours du XVIIIe siècle, d'un regard idéalisant qui, à la suite des écrits de Rousseau, va se transformer en mythe primitiviste. Un voyageur comme Volney, peu avant la Révolution française, peint les Bédouins de Syrie comme un peuple hospitalier, qui vivrait en conformité avec les moeurs des anciens patriarches, librement et simplement, tout en pratiquant naturellement la justice. Les voyageurs du XIXe siècle jouent un rôle central dans la construction et la diffusion de ce mythe bédouin, dont on peut suivre les variations, aussi bien chez des écrivains reconnus comme Lamartine, qui se projette dans la figure du poète arabe, que chez des auteurs méconnus comme l'historien Joseph Poujoulat, qui met en scène un couple mixte au désert. Ce livre retrace aussi les critiques (Voltaire, Chateaubriand) que suscita l'idéalisation des Bédouins. Il n'empêche qu'un discours "bédouinophile" s'affirme, au début du XIXe siècle. Le Voyage en Orient de Flaubert en constitue le point d'aboutissement. L'imaginaire du Bédouin idéal comporte une dimension politique, religieuse et culturelle qui prend le contre-pied du mythe dépréciatif du "despotisme oriental". Du même coup, il permet de revenir sur la question du "discours orientaliste" (Edward Said). Le mythe bédouin ne repose pas sur l'idée d'une domination de l'"autre", tout au contraire : il montre la tentation, pour nombre de voyageurs, d'une sorte de dépossession de soi et permet de faire retour, de manière critique, sur l'Europe elle-même, à l'époque des Lumières et du Romantisme.
Résumé : L'esclavage fit l'objet, des Lumières au Romantisme, de vifs débats idéologiques. Les écrivains, pour leur part, anticipèrent parfois le débat d'idées, notamment par la progressive héroïsation de la figure de l'esclave dans de nombreux textes de fiction, donnant ainsi droit de cité à cette figure jusque-là marginale dans la littérature. Les esclaves, quant à eux, sont devenus des acteurs à part entière de leur histoire, de l'Histoire. Leurs actes, mais aussi leurs écrits, certains récits autobiographiques, plus tardivement, y ont contribué, permettant aux " sans-voix " de se faire entendre. Sans doute ces voix ont-t-elles été " médiatisées ", le plus souvent relayées par des institutions, des textes européens. La mémoire, que nous avons de cette histoire déjà mondialisée (mémoire sélective, recomposée), en fait une question parfaitement actuelle, qui resurgit dans les littératures d'expression française et anglaise dès la seconde moitié du XXe siècle, à travers ce que l'on a pu appeler des néo-récits d'esclaves. Ajoutons que l'émergence de l'esclavage comme thème littéraire, aux XVIIle et XIX` siècles, rejaillit sur des questions sociales et philosophiques qui n'ont rien perdu de leur intérêt. Ce volume souhaite donc s'intéresser également à un champ encore largement inexploré, celui de l'esclavage comme métaphore.
Cet ouvrage analyse le devenir d'un "imaginaire raciologique", c'est-à-dire des représentations fondées sur l'idée de l'existence de "races" humaines - ces représentations qui se sont développées, dans le cadre d'une anthropologie classificatoire, au cours du XIXe siècle, selon une pensée de type polygéniste, avec les implications racistes qu'elle a pu véhiculer ou légitimer. Cet imaginaire raciologique n'est pas sans contradiction : il postule parfois aussi bien une fixité des "races" qu'une peur qu'elles ne se mélangent. Mais dans un cas comme dans l'autre s'établissent des hiérarchies, mises au service de différents discours de domination et d'exclusion. La spécificité de l'approche comparatiste développée ici consiste à s'interroger sur la diffusion, en France, de ces discours raciologiques, mais aussi sur leurs réinterprétations (souvent mises au service d'un discours nationaliste), au XXe siècle, dans l'espace soviétique et russe, que ce soit dans la littérature ou dans des corpus de type anthropologique, sociologique, politique ou philosophique.
Les Balkans ont souvent fait l'objet d'un imaginaire négatif, lié à leur fragmentation et aux conflits identitaires. Pourtant, cette région a également constitué un espace à la fois physique et mental d'une possible hybridité culturelle, un espace-frontière, où de nouvelles identités ont pu être imaginées par les voyageurs, rompant ainsi avec la logique habituelle d'essentialisation, que celle-ci serve à stigmatiser une supposée infériorité "orientale" ou à faire l'éloge d'un exotisme folklorisant non moins suspect. A partir d'un corpus viatique cohérent, cet ouvrage part à la recherche de ce qui se joue, entre les xixe et xxie siècles, dans le regard que portent les voyageurs européens sur ces régions où Orient et Occident se côtoient et, parfois, se mélangent, en constituant un "tiers espace", c'est-à-dire un "lieu" privilégié où se recréent de nouvelles identités culturelles.
Résumé : " C'est grâce à l'expédition de Bonaparte que l'Egypte est devenue cette destination à la mode qui n'a cessé de faire rêver les voyageurs. Français, Anglais, Allemands se sont précipités en grand nombre au pied des pyramides, aux chutes du Nil, dans le désert du Sinaï. Tous ont été fascinés par les mystères d'une civilisation disparue qui, au gré des fouilles, émergeait peu à peu d'épaisses couches de sable. Le déchiffrement des hiéroglyphes a permis de donner des noms aux personnages étranges - dieux, pharaons, hauts fonctionnaires - dont la ronde bariolée orne les parois des tombeaux. Beaucoup de ces découvertes ont été banalisées par le tourisme de masse. Mais celui qui veut retrouver l'émerveillement suscité par un monde qui est à mille lieux du nôtre se plongera avec délectation dans les textes laissés par les premiers voyageurs. Il accompagnera Xavier Marmier au Caire, Vivant Denon à Aboukir, contemplera avec Gobineau l'architecture mamelouke et se glissera à la suite de Maspero dans le musée de Boulaq, Flaubert et Loti l'entraîneront dans le Sinaï ou dans le désert Arabique. Après avoir emprunté différents itinéraires, d'Alexandrie au Caire, de Karnak à Abou-Simbel, voici que notre voyageur ira à la rencontre de populations d'origines ethnique et religieuse très différentes. Il ne manquera pas de se pencher sur le sort des femmes, d'essayer, grâce à Nerval ou à Harriet Martineau, de forcer la porte d'un harem. La peinture pittoresque du passé égyptien ne doit pas faire oublier la confrontation, souvent douloureuse jusqu'au départ des Anglais, entre ce pays et ses envahisseurs européens. Aussi le livre s'achève-t-il sur l'émergence de l'Égypte moderne et le lent et difficile renouvellement de ses traditions. " Robert Kopp.
Résumé : Cet essai porte sur les romans écrits par Georges Simenon au cours des années trente, aussi bien les " romans durs " que les " Maigret ", et en renouvelle profondément la lecture. Il y décèle un scénario latent. Hanté par le " vertige de la perte " qui le pousse à un retour fusionnel dans le Monde-Mère sous les espèces du rien, voire de la mort, l'écrivain l'exorcise en se réfugiant dans le contre-monde du Livre, par instinct de conservation, en " avare " de son désir. Mais il en conçoit de la mauvaise conscience, car il s'éprouve alors comme un escroc, ou un faussaire : c'est donner en effet pour réels, dans ses livres, des êtres et un monde de papier, sans vraie consistance. Pour se laver de ce péché d'escroquerie, il place dans ses romans des personnages qui sont ses doubles, assignés à des espaces mettant en abyme le Livre. Ce sont des boucs émissaires, car ils endossent la faute et, d'une façon ou d'une autre - en mourant, dans bien des cas -, l'expient, ce qui permet d'en dédouaner l'écrivain. Cependant, il n'y a là qu'un subterfuge puisque, en réalité, ce sacrifice expiatoire du Livre et de son démiurge se produit... dans un livre. C'est pourquoi, un roman terminé, Simenon n'a d'autre choix que d'en entreprendre un autre.
Tabeaud Martine ; Browaeys Xavier ; des Gachons An
Des centaines d'aquarelles. Un seul et même motif : le ciel de la Champagne. André des Gachons (1871-1951), artiste peintre, météorologue bénévole, a saisi presque chaque jour, pendant près de quarante ans, des instantanés du paysage céleste. Il les a associés à des relevés météorologiques. A l'état de l'air, il a ajouté un tableau du ciel, dont les couleurs et les formes changeantes devaient permettre de prévoir le temps du lendemain. Au temps de la Grande Guerre, ces oeuvres sont des documents de premier ordre, lorsqu'on les met en regard des témoignages des soldats et des officiers, qui étaient dans la boue des tranchées, les nacelles des ballons, à bord des avions ou derrière les canons. La "météo" était l'une de leurs préoccupations quotidiennes. Chaque jour, André des Gachons a donné des couleurs au temps. Il nous a laissé des ciels de Champagne qui entrent ainsi dans l'histoire de la guerre 1914-1918.
Le premier 19e siècle, dans l'immédiat héritage, problématique, de la Révolution française, est un moment décisif où se reconfigurent les rapports de la littérature et de la morale. Préparée en cela par le rationalisme des Lumières, la Révolution a mis à bas un système social et moral hiérarchisé ; désormais l'individu, promu sujet raisonnable et responsable, se voit imposer de redéfinir son identité, sa place et sa fonction. L'ouvrage se propose de brosser un panorama de la reconfiguration de la question morale dans cette période charnière, particulièrement riche et complexe.
Tout en montrant la nouveauté radicale du bolchevisme, et les techniques de Staline pour faire régner sa tyrannie, ce livre fait ressortir les continuités de l'histoire russe et ses constantes (idéologie, pratiques du pouvoir, place et influence de l'empire, conceptions et méthodes de politique étrangère, utilisation de la propagande). L'ouverture des archives de l'URSS et leur abondance a enrichi la connaissance de ce monde autrefois fermé et rend indispensables certaines clés de compréhension : elles faciliteront aussi l'abord de la Russie post-communiste et son passé difficile à surmonter.