La polysémie du terme même de professionnalisation ne permet pas de s'accorder sur un angle d'approche à privilégier. Une telle thématique est source de tensions dans la mesure où elle est le point nodal d'un rapport de forces entre deux systèmes dont les objectifs différent : le marché du travail d'un côté, l'offre éducative de l'autre. Positionner le processus de professionnalisation comme objet central d'un ouvrage en sciences de l'éducation rend possible une lecture plurielle d'une problématique qui interroge le système éducatif en tant qu'il se transforme malgré lui pour répondre à des injonctions parfois paradoxales. Les auteurs ont développé des expertises dans les différents champs concernés ici : enseignement, formation, travail social. On trouvera dans cet ouvrage un effort définitionnel qui montre combien la professionnalisation est perçue à la fois comme un processus d'homogénéisation des pratiques à l'intérieur des groupes professionnels, mais également comme une injonction à modifier le contenu des savoirs transmis, pour répondre aux demandes du secteur productif en termes de compétences professionnelles ; ensuite une description des mécanismes de professionnalisation en termes de mise en oeuvre de dispositifs, d'ingénierie de diplôme, de modalités de financement et d'outillage des établissements d'enseignement supérieur et de ses acteurs ; enfin une réflexion sur les cadres théoriques ou idéologiques sous-jacents à ce processus de professionnalisation et les risques que cette évolution engendre sur le marché du travail et les systèmes de formation.
Résumé : L'histoire d'une oeuvre est souvent celle d'une rencontre entre un écrivain et un territoire. Aussi, il peut être naturel de rattacher de grands auteurs à des lieux, comme Rabelais, Ronsard et Balzac à la Touraine ou Georges Sand au Berry, par exemple. L'oeuvre de Proust, notamment, a été profondément marquée par ses vacances d'enfance à Illiers. Ainsi, "Combray", le nom qu'il a donné aux lieux de sa jeunesse, résonne en lui tout au long de son roman. Telle une madeleine, ce beau livre nous emmène donc au fil de son oeuvre, dans la réminiscence de sites emblématiques, à la rencontre des personnages qui ont inspiré Marcel Proust.
Franchir la mer, rejoindre un mari qu'elle ne connaît pas, que l'on a choisi pour elle : cet au-delà mythique deviendra pour Zehra comme pourtant d'autres le lieu de son malheur et une terre d'exil, déliquescence du coeur et de l'esprit. La rencontre de Zehra, paysanne illettrée, et de Nadia l'universitaire, qui partagent la même poésie de la langue et du souvenir, nous donne ce texte d'une grande profondeur humaine. L'exil, celui des femmes en particulier, est au coeur de ce livre, à la fois comme objet de réflexion et condition existentielle de son auteur. Par une écriture vivante, ce livre va au vif du sujet pour restituer, à travers une subjectivité affirmée, la réalité singulière, éminemment humaine, d'un phénomène - migration - que trop d'images déforment. L'écriture se fonde sur l'oralité dans quelques-unes de ses dimensions : comme mode d'expression privilégié d'une société marquée par l'exil - la société kabyle-, comme parole partagée qui dit l'exil des uns et des autres, enfin comme parole intérieure, compagne ineffable de la solitude, Mais au-delà du thème principal, une préoccupation hante l'auteur : celle de mettre en place une approche anthropologique affranchie de l'évolutionnisme social qui continue de marquer en profondeur la discipline.
Résumé : Lorsque les "printemps arabes" éclatent en 2011, le rôle de l'Union européenne est mis en question. Quels rapports entretenait-elle avec les gouvernements autoritaires et les sociétés civiles du pourtour méditerranéen ? A-t-elle, par son silence ou ses relations économiques et politiques, cautionné des régimes contestés ? Quel bilan lui attribuer et quelles sont ses perspectives en matière de soutien à la démocratisation ? Dans cet ouvrage, Leila Mouhib décrypte les politiques européennes de promotion de la démocratie dans le monde arabe, à travers les cas de la Tunisie et du Maroc. Les déterminants de telles politiques sont analysés de manière fine en démontant les rouages de la complexité institutionnelle européenne et en donnant la parole aux acteurs, de la conception à la mise en oeuvre. La conclusion suggère que l'action extérieure de l'UE n'a pas connu de changement radical après les "printemps arabes". La promotion de la démocratie par les institutions européennes est en effet un processus répondant bien moins à des stimuli extérieurs qu'à leurs logiques de fonctionnement internes. Cet ouvrage s'adresse aux praticiens, chercheurs, observateurs et étudiants intéressés par les études européennes et les relations internationales, les relations euro-méditerranéennes, la promotion de la démocratie, la politique en Tunisie et au Maroc.
Selon l'idée courante, l'ethno-anthropologie "moderne" se fonde sur l'expérience de terrain. En fait, c'est surtout l'enquête consacrée à la collecte des données ethnographiques qui occupe cette place déterminante, dans une démarche de connaissance dominée par le travail d'objectivation. Or, si l'on admet qu'il n'existe pas de réel humain en dehors de la relation à l'autre, alors il est temps de reconnaître l'expérience de terrain dans sa pleine réalité relationnelle et, ce faisant, de lui rendre sa juste place dans la démarche ethno-anthropologique. Les expériences considérées dans ce livre ne sont ni abstraites ni anonymes: ce sont celles que rapportent Bronislaw Malinowski dans Journal d'ethnographe, Michel Leiris dans L'Afrique fantôme et Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques. Pour l'essentiel, et dans le style d'un essai plutôt que d'un ouvrage académique, ce livre montre ce que la pensée ethno-anthropologique tend à ignorer: la relation à l'autre, cela même qui constitue fondamentalement toute réalité sociale. Ainsi ce livre s'adresse-t-il aussi aux sociologues qui pourront y trouver de quoi nourrir leurs réflexions méthodologiques et épistémologiques
Van Raemdonck Dan ; Detaille Marie ; Meinertzhagen
Ceci n'est pas une grammaire. Quoique. N'est-il pas présomptueux de vouloir rajouter une grammaire à la grammaire ? Cependant, les enseignants que nous rencontrons depuis plusieurs années maintenant ressentent et pensent la grammaire comme arbitraire et dogmatique, peu systémique. Leur attitude révèle une certaine insécurité face à la matière à enseigner. D'où la démarche entreprise de rédiger un référentiel grammatical à leur usage. Plutôt qu'une parole dogmatique, nous proposons un chemin progressif d'acquisition, comme en spirale. L'appropriabilité du discours grammatical dépend, selon nous, de la réinstauration du sens. En effet, si le savoir a du sens pour l'apprenant, si le système présenté est organisé de manière cohérente et ne se réduit pas à une classification ou à un étiquetage décalés de l'usage et de la construction/interprétation de la signification, la grammaire, qui n'est dès lors plus orthocentrée, apparaitra plus en phase avec la langue telle que l'exploitent les divers usagers. Elle ne sera plus vue comme un discours abstrait et inappropriable car inadapté. Dans cette perspective, nous avons interrogé le savoir à transmettre, révisé le discours sur la langue afin de nous assurer de sa justesse – celui-ci ayant trop souvent été constitué en savoir presque en soi –, de sa cohérence et de son appropriabilité, et proposé une " linguistique applicable ".
Le nationalisme européen a souvent été interprété comme la principale source de l'avènement des dictatures et en particulier des fascismes. Le retour actuel sur la scène politique d'un certain attachement à la nation, allant jusqu'à l'expression même de mouvements radicaux à caractère xénophobe ou raciste, est-il le signe annonciateur du retour des dictatures au coeur de l'Europe ? C'est dans le but de répondre à cette question que les auteurs de cette recherche collective ont entrepris de revisiter le nationalisme européen des années 1900 jusqu'aux lendemains de la Première Guerre mondiale en l'interrogeant non plus par rapport à la naissance des futurs régimes, mais en le considérant dans sa singularité, à un moment critique de l'histoire de l'Europe, le passage à la société de masse. Que signifie concrètement être nationaliste, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, en Suisse ou encore en Pologne durant cette période critique ? Pour tenter de répondre à cette question, un des objectifs majeurs de ce livre est de privilégier l'étude des éléments constitutifs de "l'être nationaliste" : le registre du rapport au monde (sensibilité, culte du moi, dimension occupée par l'esthétique), mais aussi, les échanges entre diverses nations, la diversité des itinéraires, sans omettre la part dévolue à l'action politique au moment même où la guerre apparaît pour tous comme la grande épreuve de vérité.
Directeur de cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, Commissaire au plan, plusieurs fois ministre, mais aussi directeur général du marché intérieur à Bruxelles à trente-trois ans et premier président français de la Commission européenne, François-Xavier Ortoli (1925-2007) représente une personnalité profondément originale au sein des élites politiques françaises de la deuxième moitié du XXe siècle. Après avoir combattu les Japonais en Indochine - son pays de jeunesse - en 1944 et 1945, il promeut l'ouverture internationale et la modernisation de l'économie française comme jeune fonctionnaire au ministère des Finances, puis à la Commission européenne entre 1958 et 1961. La France, l'Europe, le monde sont dès lors au coeur de ses préoccupations et de son action, tant auprès de Georges Pompidou jusqu'en 1972, qu'à la Commission européenne jusqu'en 1984, ou à travers des canaux institutionnels multiples par la suite. C'est Ortoli lui-même qui parle dans le présent ouvrage où transparaît son goût pour l'analyse prospective. Les textes ici réunis rendent compte de la dimension spécifiquement européenne de sa pensée. Prises de position publiques, notes de réflexion ou de travail mais aussi correspondances révèlent le fonctionnement interne de la Commission ou mettent en avant des initiatives longtemps ignorées d'Ortoli comme Commissaire européen.
Une Microéconomie en accord avec les faits ! Cet ouvrage est d'abord un manuel "classique" de microéconomie où sont présentés pédagogiquement tous les thèmes habituels qu'un étudiant en licence est censé devoir maîtriser. A cette fin, des exercices simples avec corrigés, basés le plus souvent sur des cas concrets, sont proposés. C'est aussi un manuel très novateur car il permet - grâce à l'introduction de deux thèses originales - de comprendre, ce dont la microéconomie est actuellement incapable, à savoir : - pourquoi le marché du travail a été si conflictuel historiquement, avec des revendications récurrentes sur les salaires mais aussi la durée du travail, et pourquoi il en a résulté l'édification dans tous les pays d'un Droit du travail caractérisé, en premier lieu, par une limitation de cette durée, abaissée à plusieurs reprises ; - pourquoi l'activité économique a été si irrégulière depuis deux siècles : 1) avec une alternance sur plusieurs décennies de croissance vive, puis de croissance faible (les fluctuations de Kondratieff) ; 2) avec des crises cycliques se répétant tous les 8-9 ans (les cycles de Juglar). In fine, cet ouvrage débouche sur des résultats normatifs qui, pour le marché du travail, se situent à l'opposé des prescriptions habituelles de la microéconomie. Deux enjeux fondamentaux de régulation économique sont pointés : - Le partage de la valeur ajoutée entre rémunération du travail et rémunération du capital au travers de l'indexation du taux de salaire sur les gains de productivité ; Le partage de la demande de travail entre actifs salariés au travers de la fixation et de l'ajustement de sa durée légale. Ce manuel s'adresse à tous les étudiants en LMD, chercheurs et enseignants en économie (universités, écoles d'ingénieurs et de commerce, IEP, lycées).