Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Mallarmé au tombeau
Milner Jean-Claude
VERDIER
9,13 €
Épuisé
EAN :9782864323068
Le mouvement part du sonnet de Mallarmé, " le vierge, le vivace". Le sonnet est commenté vers par vers, mot à mot. Une interprétation se dispose : le sonnet résume ce que Mallarmé pense de l'histoire du XIXe siècle tout entier, en tant que cette histoire se déploie dans la poésie. S'opposant point par point au Cygne de Baudelaire, dédié à Victor Hugo, il traite de ce dont Hugo et Baudelaire sont les emblèmes : le premier, héros de la journée révolutionnaire, assez puissante pour délivrer de la pesanteur glaciale et de l'ennui indistinct des temps modernes; le second, portant le deuil de cette journée, toujours marquée par la défaite. A Hugo, il est opposé que l'espoir est vain, parce qu'il n'y aura jamais de journée, jamais d'aujourd'hui (vierge, vivace et beau); à Baudelaire, il est opposé que le deuil même est inutile, parce qu'il n'y a jamais eu de journée. L'interprétation du sonnet trouve ses répondants dans les proses, sans oublier la note assassine sur Rimbaud, et dans le Coup de dés. Elle se résume ainsi : " rien n'a eu lieu ", ou " le XIXe siècle n'a pas eu lieu ". La thèse est inévitable si l'on croit ce que dit Mallarmé de la poésie. Et donc aussi de la prose. Que devons-nous dire, nous, à la fin du XXe siècle? Devons-nous être mallarméens? Que devons-nous penser de la poésie et de la prose? Que devons-nous penser de ce qui a eu lieu ou pas?
Ce recueil ne rassemble pas ces trois écrits - Constat; Le triple du plaisir et Mallarmé au tombeau - au seul prétexte qu'ils sont du même auteur. Chacun, à sa manière, traite d'une même question: la révolution a-t-elle eu lieu? Avec la chute des monuments de 1917, le nom même de révolution s'est-il pour nous à jamais abîmé (Constat)? Faudrait-il alors donner raison à Mallarmé qui prétendait que "rien n'a eu lieu" après un siècle de journées révolutionnaires, tenant contre Hugo que l'espoir est vain, parce qu'il n'y aura pas, dans l'avenir, de journée pour le peuple, et contre Baudelaire, que le deuil est vain, parce qu'il n'y en a pas même eu dans le passé (Mallarmé au tombeau)? Faut-il désormais conclure que l'issue ne saurait venir que de sujets isolés, tels Sade, Baudelaire, Pasolini ou Foucault, qui, après que la sexualité occidentale eut été mise en ordre, appelaient à quelque désordre, à quelque intensité (Le triple du plaisir)? Le lecteur découvrira un style, une voix singulière.
Biographie de l'auteur Jean-Claude Milner est né à Paris en 1941. Il a été professeur de linguistique à l'université Paris-7 Diderot et il a présidé le Collège international de philosophie. Ses intérêts s'étendent de la linguistique à la philosophie politique et à l'analyse sociale. Il a publié plusieurs ouvrages dans ces diverses disciplines.
On a longtemps cru qu'entre la peinture et les tableaux, l'harmonie devait régner. La modernité a conclu le contraire. Le tableau y dément la peinture ; la peinture détermine, pour chaque tableau, un lieu d'impossible. Mais le trouble venait de plus loin. Dès la fin du Quattrocento, la discorde s'installait entre les tableaux eux-mêmes. Ainsi le tableau d'histoire et le portrait s'obligeaient à des devoirs de plus en plus nettement opposés. David en porte témoignage. Puis arriva la Révolution française. Par La Mort de Marat, mais aussi par le croquis hâtif qu'il traça de Marie-Antoinette, il voulut maintenir ensemble la peinture et le tableau ; parmi les tableaux, il voulut maintenir ensemble le tableau d'histoire et le portrait. II était sûr d'y parvenir parce que, sous ses yeux, la politique était revenue parmi les hommes. A ceux-ci, la Révolution annonçait : " La politique vous regarde ". Du même coup, la peinture et les tableaux trouvaient un nouveau principe de légitimité. En tant qu'arts du regard, ils étaient les arts de la politique. En tant que la politique regarde, elle requérait la peinture et les tableaux. Mais que reste-t-il aujourd'hui de la victoire de David ? Rien. Que la politique ne les regarde plus, la plupart y ont consenti. Que le regard se soit retiré des tableaux, la peinture moderne en a fait un programme. La Mort de Marat, en tant que moment de la peinture et en tant que tableau, ne cesse d'être révolue. Et pourtant, elle ne cesse de se rappeler à l'attention. Comme la politique.
LE TRIPLE DU PLAISIR. La pensée antique s'était formé du plaisir une représentation construite. Un paradigme : étancher sa soif, assouvir sa faim. Un axiome : le plaisir est incorporation. On ne peut saisir ce que cela entraîne qu'en posant et distinguant, de part et d'autre du plaisir, deux autres termes : l'acte sexuel et l'amour. Plaisir, coït, amour constituent ainsi le triple du plasir. Si le plaisir est incorporation, les termes peuvent-ils se combiner harmonieusement ? Telle est la question des sages. Elle recèle un piège dont nul sage n'ignore l'évidence : au régime de l'incorporation, plaisir et coït jamais ne se noueront. Ou il n'y a pas de plaisir sexuel.Le philosophe propose ses solutions. Platon d'un côté : chasteté, prédilection, amours masculines ; Lucrère de l'autre : multiplication des contacts, indifférence, amours féminines tout autant que masculines. Si opposées qu'elles soient, les deux solutions s'inscrivent dans un même paradigme, fondé sur la même évidence.Voilà précisément ce que les modernes refusent. Nous sommes tous bien convaincus que le plaisir sexuel est possible en droit - ce qui bien entendu ne décide pas s'il est facile ou même simplement possible en fait.C'est là le symptôme d'un bouleversement. Il a des conséquences et il a des conditions. Qu'il s'agisse du coït, de l'amour, de l'amitié, de la sexualité, nous ne pensons plus comme les Anciens.Quant au plaisir, nous ne le pensons plus au registre de l'incorporation, mais au registre de l'usage.Témoignent du changement, la théorie marxiste de la valeur et la théorie freudienne du fétichisme. Ainsi le plaisir devient-il de part en part marchand et la marchandise devient l'alphabet du plaisir. Mais la philosophie se résigne mal à l'universalisation du marché. Par elle, Platon revient. Emmailloté le plus souvent dans les langues académiques, réduit à des bêlements plaintifs. C'est le moment de Sade, de Baudelaire et de Pasolini. De Foucault aussi, qui tenta d'unir quelques parties du discours antique à l'univers moderne.C'est qu'à cet univers, le charme fait grandement défaut. Ne trouvera-t-on, pour nous délivrer, que les cygnes d'autrefois, pris dans les glaces de notre temps et condamnés au sol dur ? Je ne le crois pas.
Vite, des cabanes. Pas pour s'isoler, vivre de peu, ou tourner le dos à notre monde abîmé ; mais pour braver ce monde, l'habiter autrement : l'élargir. Marielle Macé les explore, les traverse, en invente à son tour. Cabanes élevées sur les ZAD, les places, les rives, cabanes de pratiques, de pensées, de poèmes. Cabanes bâties dans l'écoute renouvelée de la nature - des oiseaux qui tombent ou des eaux qui débordent -, dans l'élargissement résolu du " parlement des vivants ", dans l'imagination d'autres façons de dire nous.
Bashõ est l'une des figures majeures de la poésie classique japonaise. Par la force de son oeuvre, il a imposé dans sa forme l'art du haiku, mais il en a surtout défini la manière, l'esprit : légèreté, recherche de la simplicité et du détachement vont de pair avec une extrême attention à la nature. Le haiku naît donc au bord du vide, de cette intuition soudaine, qui illumine le poème, c'est l'instant révélé dans sa pureté.La vie de ce fils de samourai, né près de Kyoto en 1644, fut exclusivement vouée à la poésie. Agé de treize ans, il apprend auprès d'un maître du haikai les premiers rudiments de ce genre. Plus tard, après avoir lui-même fondé une école et connu le succès à Edo (l'actuelle Tokyo), il renonce à la vie mondaine, prend l'habit de moine, et s'installe dans son premier ermitage. Devant sa retraite, il plante un bananier, un bashõ, offert par l'un de ses disciples - ce qui lui vaudra son pseudonyme. Sa vie est dès lors faite de pauvreté, d'amitiés littéraires et de voyages. Osaka sera le dernier. Après avoir dicté un ultime haiku à ses disciples éplorés, il cesse de s'alimenter, brûle de l'encens, dicte son testament, demande à ses élèves d'écrire des vers pour lui et de le laisser seul. Il meurt le 28 novembre 1694. Sur sa tombe, on plante un bashõ.
Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard est une oeuvre monumentale, sans équivalent au cinéma, dans l'histoire de l'art et même dans les manières d'écrire l'Histoire. Le cinéma y apparaît enfin tel qu'il est : la forme d'art majeure du XXe siècle et son centre, au-delà du spectacle divertissant pour lequel on le tient généralement et même de l'objet d'amour particulier des cinéphiles. "Le cinéma a fait exister le XXe siècle", il en a été la fabrique. A l'écoute de ce qui est à l'oeuvre dans Histoire(s) du cinéma, ce dialogue, entre le créateur et le critique, est une approche esthétique, philosophique et historique de ses conditions de possibilités : le cinéma dans le siècle et le siècle dans le cinéma, impliquant le tout de l'homme du XXe — de l'imaginaire des salles obscures, de l'horreur réelle des désastres, aux tentatives de rédemption par l'art.
Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu'ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs. Car ce monde en lambeaux, il s'agit malgré tout de l'habiter, de s'y vêtir et d'y trouver des raisons d'espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi réjouir la vie quand tout a sombré? Ce sont les questions que se posent, avec humour et cruauté, les protagonistes de cette aventure.