Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Ornicar ? N° 59 : Rire
Miller Jacques-Alain ; Gutermann-Jacquet Deborah
NAVARIN
18,00 €
Épuisé
EAN :9782916124926
La vie n'est pas tragique. Elle est comique". Cette proposition de Lacan, destinée à décoller chacun du pathos qu'il associe aux drames de sa vie, a ouvert la voie d'"Ornicar ? " 59 dédié au rire. Telle serait une conclusion que chaque analysant peut tirer de l'expérience analytique, allégé de quelques drames qui ont trouvé à s'exprimer, s'éclairer, se répéter jusqu'à s'user, pour enfin s'effacer. Les larmes ayant valeur d'éternité s'assèchent. Le passé se fait moins douloureux, intégré à l'histoire. Un ciel d'orage laisse place enfin à l'éclair du "Witz" (mot d'esprit) ou à un éclat de rire. Lacan époussette la tradition comme l'allure funèbre. Pourquoi Freud a-t-il eu recours à la tragédie fondatrice d'Œdipe pour donner ses assises à la psychanalyse ? Le fond n'est-il pas plutôt tissé de la comédie des sexes, synthétisable dans la destinée du phallus bouffon, érigé pour toujours retomber ? Qu'est-ce qui fait rire, amuse, provoque ce mouvement irrépressible, contingent, bizarre, qui lui-même procure du plaisir, mais peut aussi signer la gêne ? Du plaisir du jeu de mots à l'effet de poésie, les auteurs de ce numéro ont mis le rire à l'épreuve de l'écriture, à travers le temps, la littérature, l'opéra, la caricature, la philosophie, le cinéma ou encore le théâtre.
Préface de Bernard-Henri Lévy et Jacques-Alain Miller Ce recueil est né d'une émotion. Celle-ci a inspiré à l'un d'entre nous son éditorial paru le 10 janvier dans Le Point. Oui, il est légitime que les autorités religieuses disent leur mot sur l'affaire du mariage gay. Non, la législation n'est pas tenue de se conformer aux dogmes et prescriptions des religions. Exercer une pression excessive en ce sens ne peut que nuire à la paix civile. Le croyant ne saurait prévaloir sur le citoyen, et lui dicter sa conduite.
LE PAON Lacan avait imaginé une Ecole : elle serait vouée au travail, et ce travail s'exécuterait dans de petits groupes de moins de dix personnes, appelés "cartels". Il créa ensuite une revue dont les articles n'étaient pas signés. Sans doute cherchait-il pour la psychanalyse quelque mode transindividuel d'élaboration et de publication, à la Bourbaki. Ce seront ici d'autres essais de la même veine. LE CONCILIABULE DANGERS Par exemple, pourquoi ne pas faire du commentaire que suscitent des textes dans une "communauté de travail", un second texte, joint aux premiers ? C'est la tentative de ce volume. Le Conciliabule réuni à Angers examine, parfois dans le petit détail, des travaux cliniques sur les psychoses, sélectionnés par l'expression "effets de surprise". Un polylogue improvisé s'élève, bientôt symphonique, couacs compris. Il parle, bien entendu, une langue de paroisse, un jargon, mais sous un jour des plus sympathiques : ici, la langue propre à la petite communauté facilite si bien la compréhension "entre soi", qu'elle délie la langue de chacun, d'où assez de fantaisie pour intéresser au dehors - là, on doit dire "peut-être". C'est ce que l'on verra aux chiffres de vente, puisque nous vivons à l'âge du marché.
Qu'est-ce que l'os d'une cure ? Après l'imaginaire, l'identification phallique et le fantasme, la dernière réponse est le symptôme, précisément le partenaire-symptôme. C'est un mode de jouir de l'inconscient, du savoir inconscient, de l'articulation signifiante. C'est aussi un mode de jouir du corps de l'autre, qui est autant le corps propre que celui d'autrui. Tel est le squelette de la relation de couple. Le mode de jouir féminin exige que le partenaire parle et aime ; l'amour est tissé dans la jouissance. Le mode de jouir masculin exige que le partenaire réponde à un modèle et l'exigence peut porter sur un détail. Une psychanalyse procède d'une opération-réduction vers le réel. La parole y tourne autour de cet os, en spirale, le serrant de plus en plus près, jusqu'à le sculpter.
La psychose interroge. Elle inquiète : on préconise des protocoles sans même écouter les patients... L'enseignement de Lacan sur la structure psychotique et la notion de psychose ordinaire donnent une boussole. L'auteur relève les nouages originaux qui caractérisent la psychose ordinaire, un mode qui trouve ainsi à se stabiliser. Quand manque un serre-joint au noeud du réel, du symbolique et de l'imaginaire, des phénomènes élémentaires perturbent le sujet. Il s'agit de repérer des signes discrets révélateurs d'un nouage restauré, bien que non borroméen, permettant un arrimage dans le lien social. Nous découvrons ici nombre d'inventions des sujets pour suppléer à la fonction paternelle : création d'un sinthome, étayage sur une identification, raboutage de l'ego, orientation sur un fantasme, etc. ? suppléances que favorise et soutient l'analyste. La clinique de la psychose ordinaire débouche sur l'égarement de la jouissance contemporaine.
Notre époque remet en question la vérité, se perd dans les affres de la post-vérité. La psychanalyse, elle, continue de faire référence à la vérité-refoulée, inconsciente, d'un désir méconnu. Pourtant la psychanalyse ouvre aussi sur une remise en question de la vérité. L'inconscient avec Lacan n'est pas seulement le lieu d'un message sur une vérité méconnue de l'histoire du sujet, il est aussi celui de la commémoration de la rencontre avec le trauma. Les traces traumatiques relèvent du réel et non plus de la vérité - du réel au sens de la psychanalyse, le réel pulsionnel. Ornicar ? 53 se déploie autour de l'événement traumatique et de ses effets pour le sujet entre vérité et réel. Il explore le "décrochage du vrai et du réel" en psychanalyse (Jacques-Alain Miller). La littérature quand elle est réponse au trauma nous enseigne. Avec Philippe Lançon et Le Lambeau, l'écriture devient réponse à ce réel inassimilable. - Clotilde Leguil, rédactrice en chef. Avec un inédit de Philippe Lançon