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A comme Babel. Traduction, poétique
Métayer Guillaume
RUMEUR LIBRE
16,00 €
Épuisé
EAN :9782355771941
C'est dans son atelier que Guillaume Métayer nous invite, en nous proposant de partager avec lui des expériences singulières de traduction. La formule « traduction, poétique », sous-titre du présent essai, doit s'entendre : une première fois, au titre de la riche tradition de réflexion théorique dans laquelle il s'inscrit, et une deuxième fois, au sens où l'effort de la traduction apparaît ici sous sa forme la plus vivante et la plus incarnée. Les douze chapitres de cet essai, forment autant de rebondissements réflexifs et poétiques, qui se lisent comme le récit d'une traversée : traversée des langues, des espaces ? notamment des champs centre-européen, allemand, slovène et hongrois dont l'auteur est un des meilleurs connaisseurs actuels. À l'horizon de ce parcours parfois périlleux, la catastrophe heureuse par quoi la poétique de la traduction se fait, purement et simplement, poésie.
Le travail de la miniature m'a longtemps arrêté. C'est moi qui ai fabriqué les mouches, le saviez-vous ? C'est pour cela que la boîte d'aéronautique m'a renvoyé. Hélicoptère, coléoptère : ma défense en rimes a laissé mon patron de marbre. Alors, j'ai commencé à mettre des micros dans toutes les fleurs. Le soir, à l'autre bout du fil, je me laissais bercer par leur murmure, de mon atelier à mon lit. Quand le jour du Jugement arriva et que l'on s'enquit de mes oeuvres, je sortis une boite d'allumettes. Pierre frissonna, craignant l'incendie du Paradis que certaines prophéties annoncent. Mais un scarabée en bondit, et il alla se poser à ma place sur la balance. J'avais passé toute ma vie à lui confectionner une âme tout ce qu'il y a de plus âme, aussi la substitution fut-elle acceptée. Je vis heureux depuis, oublié de la mort, plus tranquille que jamais Jonas sous les glandes du cétacé.
Résumé : Les essais rassemblés dans ce volume (La théorie des besoins revisité, représentations de soi et représentations de l'autre ; L'éthique de la personnalité, l'autre et la question de la responsabilité ; La beauté de la moralité) illustrent l'ouverture progressive à l'altérité dans la pensée d'Agnes Heller. Ce qui se dessine ainsi dans l'éthique de la personnalité proposée ici, c'est une forme d'individualisme qui, loin de se replier sur soi, trouve un moment essentiel dans la rencontre de l'autre.
Ma mère aussi connaissait l'art des vignettes, l'art de voir les têtes plus petites. Non quand elle le voulait mais quand cela venait. C'est elle qui avait dû me transmettre ce tour de magie qui me tombait dessus comme une figure de karaté. La vieille Paimpolaise aux cheveux ras et à toque bulgare qui creusa dans mon palais une ornière de tribunal, avide toujours de nouveaux labours, prenait dans ma télévision un petit air de crapaud gris. Avant elle déjà, la dame à tête de bouton de chemise s'éloignait longtemps et je la contemplais, menton dans les paumes, heureux et inquiet du soudain privilège et mal divin, peut-être commun aux chiens, par lequel, autant que leur taille, j'avais la crédibilité des adultes à ma main. Or le pouvoir de les récupérer du fond de la lorgnette et de les rétablir dans leur réalité m'étant aussi donné, je le faisais souvent, de peur d'avoir trop joué.
Résumé : De cet avertissement, de cette confession, l'histoire de la philosophie ne fera rien. Si les rapports du penseur à la musique sont l'objet de riches réflexions, ses épigrammes, ses aphorismes, ses sentences gnomiques, ses dialogues, ses poèmes en prose, ses paraboles, ses pastiches, bref son art poétique de philosopher n'ont pas retenu l'attention. Et pour cause. Sans équivalent dans d'autres langues, la présente édition bilingue réunit, pour la première fois dans sa totalité, une production dont on découvre qu'elle fut ininterrompue depuis les poèmes de jeunesse, inconnus en français Elle donne ainsi l'accès à un continent à explorer. En ce sens, elle est appelée à faire date.
En 1954, frappé du verdict sans appel d'inaptitude à la vie religieuse par la Société de Marie qui lui interdit de renouveler ses voeux, Marius Alliod perd sa raison d'être en ce monde. À l'âge de 24 ans, il se voit exilé dans une forteresse de silence, bien loin de l'espace enchanté où son coeur s'était enflammé. C'est près de cinquante ans plus tard qu'il entreprend cette correspondance fictive avec son directeur spirituel d'autrefois, ce "Père" auprès de qui il dépose sa plainte tragique et son indignation. Trente lettres demandant raison de cette exclusion sans parole, sans confrontation avec ses juges ; éprouvés posthumes devenus pures réminiscences d'un chagrin si puissant qu'il le laissa dans la stupeur du deuil de son désir et la honte angoissée d'avoir failli à son devoir d'amour. Chaque lettre verse le flot furieux de prières et de plaidoyers malheureux destinés à briser cette chape de silence et affronter une hiérarchie coupable d'avoir usurpé le pouvoir de valider l'appel de Dieu ! C'est une âme qui se sonde jusqu'à l'épuisement de toute raison, qui entend la détresse d'une enfance captive de la souffrance d'une mère abîmée en un puits sans fond de mélancolie. Au lendemain de son renvoi, elle lui adressera les dernières lignes écrites de sa main : lamentation sans espoir devant la perte de sa vocation, mais aussi cri ultime d'amour auquel répondent peut-être toutes ces lettres, insistantes et belles dans la pureté d'une langue tendue jusqu'à se rompre, modulant tour à tour au sein de l'ample bercement de la rhétorique ce tremblement intérieur d'une poésie du coeur et la violence éruptive d'une voix qui cherche encore ce lieu où s'éprouve la présence du maître de la Parole.