Imaginer, inventer, improviser, écrire, raconter, écouter, échanger, partager. La pratique collective rassemblant un groupe de « joueurs » (et non d acteurs) qui improvisent selon un thème choisi est ancienne. Le rôle de l acteur et du spectateur se confondent. Le but visé n est pas une création collective que l on prévoit montrer ultérieurement au public. L objectif est une certaine libération corporelle et émotive dans le jeu, avec, éventuellement, des conséquences pour la vie privée des participants. Qui mieux qu une enseignante (Isabelle Turlan) et un auteur dramatique et par ailleurs acteur - (Fabrice Melquiot) seraient en mesure de développer un tel jeu pour aujourd hui. De faire revivre cette pratique ancestrale du jeu improvisé. Que l on joue ensemble partout où l on se trouve, seul ou en équipe. Tout le nécessaire de jeu est dans un seul cahier: un canevas de dix cartes tirées au hasard permet d inventer et puis d interpréter ou d écrire sa propre histoire. Des exemples d écriture proposés par trois auteurs connus, Enzo Corman, Fabrice Melquiot ainsi que Pauline Sales complètent le livre, montrent le chemin à suivre. C est pour les jeunes et les moins jeunes, c est pour chez soi ou à l école. C est universellement jouable. Vous en avez rêvé? Le voici.
Mesdames et Messieurs. J'ai du nez. Il n'y a plus de spectacle. Il n'y a plus que la vie. Et vous aimez la vie. Vous aimez vous sentir vivants de n'importe quelle vie, pourvu que vous la touchiez du doigt. Vous allez être servis, vous qui aimez zieuter par-dessus les épaules, lire un journal qui n'est pas le vôtre précisément parce qu'il est à un autre, vous qui saluez votre voisin le matin en espérant rentrer assez tôt pour l'entendre le soir murmurer au téléphone des saloperies à une inconnue... Si vous étiez un animal vous ne seriez ni le tigre ni l'antilope, vous seriez un rat. Moi, j'adorerais être un rat. On se comprend. Entre vous et moi, c'est une histoire d'amour. " Tenir la chandelle, assister en tiers complaisant à une liaison, est une posture douteuse. Mi-dedans, mi-dehors, le spectateur est condamné, sans véritable pouvoir de s'intégrer, à une passivité des plus mortelles. A un chauffeur de salles, à un maître des applaudissements forcés, à quelqu'un qui était le spectacle en personne, on peut difficilement distribuer ce rôle. Mais chez Fabrice Melquiot le monde marche autrement : une configuration classique et même banale - un homme tombe amoureux d'un autre homme qui est déjà lié à une femme - devient le tableau époustouflant d'un monde où l'impact de la télévision est omniprésent. Où le spectateur de la télévision est devenu son ultime objet et où la télé-réalité est devenue la réalité tout court. Mais la pièce est si équivoque et l'image qu'elle donne de notre société si cruelle - tout en gardant sa douceur et avec la poésie qui est propre à l'auteur - qu'elle pourrait servir de miroir magique censé faire apparaître une vie perdue.
Après ses aventures dans Bouli Miro, Bouli redéboule en compagnie de sa cousine Petula. Mais cette fois, ce sont les parents qui débloquent... Daddi Rotondo et Mama Binocla se tapent dessus comme des poissons pourris, et les parents de Petula, Marie Jeanne et Jean-Michel Clark, abandonnent leur fille pour entamer une carrière de rock stars qui les conduit dans toute l'Europe. Heureusement, pour démêler cette débandade parentale, le grand Sigmund Freud lui-même intervient. Les névroses pas plus que les anguilles mâles des rivières n'ont de secret pour lui. Et il en pince pour Mama Binocla.
Casper, 12 ans, et sa copine Tite Pièce, 10 ans, au lieu d'aller à l'école, regardent les voitures au carrefour et les hommes en noir sortir des voitures. Un jour que Casper est seul, le Génie de l'huile de coude apparaît. Il lui annonce que dans trois jours le monde va être détruit et que lui, Casper, a été choisi pour sauver sept personnes qui reconstruiront, après le cataclysme, la vie humaine sur la terre. Il n'a que trois jours. Trois jours qui lui feront croiser sur sa route, toujours en compagnie de Tite Pièce, des personnages hauts en couleur, comiques et poignants : l'homme qui court (et ses amours), l'homme qui n'a plus rien (sauf un pigeon), et aussi la redoutable mère de Tite Pièce. Tout cela au son des grenouilles annonciatrices du déluge. Une fois de plus, Fabrice Melquiot se révèle comme un extraordinaire joueur de flûte, qui ensorcelle son lecteur, adulte compris, par les moyens du suspense, de l'émerveillement poétique - où la tristesse joue le rôle naturel que lui attribue la vie. Albatros sera créée le 16 novembre 2004 par le Théâtre Am Stram Gram de Genève, dans une mise en scène de Dominique Catton et Christiane Suter.
Elle a fait irruption quand il n'attendait plus rien. Il avait ses habitudes au pressing, rue de la Pompe ; avait des aventures, avait aimé, il y a longtemps, Manuela. En avait trop bavé ; et puis, VRP, ce n'est pas un métier, on n'est jamais là, jamais. Tout à coup Lisbeth a fait irruption. Ils se sont décidés à faire un enfant. A La Rochelle, face à l'océan, dans un hôtel, ils vont faire l'amour toute la nuit. Elle est partie avant lui et l'attend sur le quai à la gare. Le TGV de Paris arrive, il descend, il la voit. Silence. Il voit cette femme qui vient vers lui, tout sourire, toute lumière. Ce n'est plus Lisbeth, c'est une autre Lisbeth. Face au cinéma, le théâtre est techniquement un nain : le plateau, les acteurs et quelques accessoires - l'essentiel y est. Mais la langue permet d'être présent en plusieurs lieux à la fois et autorise à construire des paysages non seulement d'une extrême beauté mais également d'une grande variété. Fabrice Melquiot en est maître. Il est un acrobate qui exécute, avec sa langue, des sauts, des chutes, avec une incroyable maestria. Il nous enlève au ciel tout en gardant le contact avec la terre. Il pénètre dans notre for intérieur tout en restant dehors, construisant de la sorte le carrousel où paradent nos âmes.
Ce qu'il faut dire est une invitation à habiter ses spiritualités. Dans un monde où les nominations sont enjeux de domination, Léonora Miano invite à prendre ses responsabilités et ses distances quant aux assignations, véhiculées par la langue et les grands récits nationaux. Sa parole, d'une puissance poétique incisive, exhorte à la reconquête des mémoires pour Etre Tout simplement Soi. Requiem pour une vieille Europe des privilèges, ces trois chants sont à lire à voix haute, comme un hymne à la connaissance de soi.
Malgré l'image d'ermite qu'il s'est forgée ou qu'on lui a faite, Thomas Bernhard a participé activement à la vie sociale de l'Autriche et de l'Allemagne. A partir des années 80, il a adressé à des journaux des textes provocateurs, des "dramuscules" traitant de la xénophobie, du racisme et de la haine de l'autre dans la société d'aujourd'hui.
Fo Dario ; Cecchinato Toni ; Colchat Nicole ; Rame
Le nouveau dirigeant est arrivé et il nous a dit : "Bravo, vous avez bien fait de désobéir la dernière fois à l'autre dirigeant, qui après tout n'était qu'un révisionniste, un contre-révolutionnaire Vous avez bien fait ! Il faut toujours avoir les tigres avec soi quand l'ennemi est là. Mais à partir de maintenant, ce n'est plus nécessaire. L'ennemi est en fuite... Ramenez immédiatement les tigres dans la forêt." "Comment, encore ?" "Obéir au parti !" "Question de dialectique ?" "Evidemment !" "Bon, suffit !"
Olivier Aurélie ; Delaume Chloé ; Chiambretto Soni
21 grands noms de la scène poétique francophone se racontent. Ces lettres racontent leur parcours, leur intimité, leur place dans la société des lettres. Dans ces billets, mots d'humeur, mots d'ordre pour un nouvel ordre du monde, elles prennent le contre-pied d'un lyrisme classique. La femme n'est pas (seulement) Muse, mais Poète, Musicienne, Inspiratrice, Agente de son propre désir. Poésie verticale et adressée, ces lettres racontent les combats, les dialogues et les rencontres qui font de l'écriture une matière politique. Une chair à vif, une matière spirituelle inflammable, une sensualité sans contraintes. Dotées d'une virulence poétique radicale et troublante, ces lettres racontent une soif de partage, un désir de transmission, un rêve de l'autre, l'histoire d'une reconquête de soi. s.