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La Lettre clandestine N° 20/2012 : L'érudition et la littérature philosophique clandestine
McKenna Antony
SUP
29,00 €
Épuisé
EAN :9782840508403
Une des distinctions importantes dans la littérature hétérodoxe de l'Age classique semblait se fonder sur l'érudition : les libertins dits " érudits ", La Mothe Le Vayer et Naudé en particulier, rendent leur propos obscur à force de citations et de références bibliographiques, et cette obscurité était sans doute nécessaire à la publication de leurs oeuvres. Mais les philosophes clandestins, pouvait-on penser, étant protégé par l'anonymat, peuvent s'exprimer plus simplement et plus directement, sans détour et sans se justifier par la multiplication des références érudites. Cependant, on constatera dans le dossier thématique de ce numéro 20 de La Lettre clandestine que les philosophes clandestins ont eux aussi recours à l'érudition, afin de donner poids à leur parole et afin de démontrer que leurs arguments jugés scandaleux se trouvent chez les auteurs les plus respectables. Histoire de montrer du doigt les conflits internes du camp dévot. Bayle leur avait montré le chemin et il leur fournit souvent les références dont ils ont besoin. Ce dossier thématique s'accompagne des actes de la Table ronde de Graz (juillet 2011) sur la philosophie antique dans la littérature clandestine, de plusieurs articles consacrés à des particuliers, auteurs ou collectionneurs d'écrits clandestins, ainsi que de variétés hétérodoxes " en hommage à Charles Porset. Notre dossier de comptes rendus s'épaissit, comme il se doit, et notre rubrique bibliographique signale les dernières publications dans notre domaine d'étude.
Interroger les relations que les libertins entretiennent avec la science de leur temps ne peut se faire qu'à travers des approches croisées : selon les sensibilités et les méthodes, l'accent est ici mis tantôt sur les contenus de pensée, tantôt sur les stratégies discursives qui les prennent en charge. Le rapport des libertins à la science se caractérise le plus souvent par une série de déplacements orientés et pleinement maîtrisés : un tel traitement permet de révéler le potentiel de subversion d'une théorie scientifique, d'en tirer les conséquences philosophiques les plus radicales, de replier aussi le discours scientifique sur lui-même en le soumettant à un questionnement épistémologique. Même s'il se déploie généralement en marge de l'activité scientifique proprement dite, le discours libertin rejaillit en quelque sorte sur la science : il contribue à la constituer en champ autonome et y exporte parfois ses stratégies de dissimulation. Entre la révolution scientifique et la mouvance libertine, l'interaction a sans doute été plus profonde et plus complexe qu'on a coutume de le croire. Les articles réunis dans la deuxième partie de ce volume reflètent la diversité des modes de diffusion et de réception des discours scientifiques à l'Âge classique. Leurs auteurs s'interrogent sur les enjeux épistémologiques, polémiques ou stratégiques de l'inscription du savoir dans des lieux de passage tels que les dialogues, les pièces poétiques, les romans ou les histoires comiques, que la taxinomie actuelle exclut du corpus scientifique. L'Arétin, Bruno et Galilée, Louis Le Laboureur, Madame Deshoulières et La Fontaine, Sorel, Tristan et Cyrano, étudiés ici dans cette perspective, permettent de nuancer les classifications trop rigides, faites a posteriori. Car la représentation littéraire d'univers qui se sont construits en marge de la physique aristotélicienne et du mécanisme cartésien ne manque pas de favoriser et de concrétiser des hypothèses fécondes.
Libertin" est d'abord une injure pire: un chef d'accusation. Mais l'histoire des idées nous a enseigné que souvent les noms des mouvements, comme ceux des partis en politique, naissent à l'occasion des polémiques, et que ce sont parfois les adversaires qui aperçoivent le mieux l'unité de ceux qu'ils dénoncent. En somme, la haine est parfois bonne conseillère: elle fait apercevoir l'unité d'un programme, ses alliances et ses enjeux. Elle le fait à travers une certaine déformation, qui a l'avantage de grossir les traits, mais l'inconvénient de saisir parfois plus les conséquences, ou les effets d'actualité, que les matériaux fondamentaux. La question qui se pose ensuite à l'historien est donc la suivante: l'injure initiale peut-elle se transformer en instrument d'analyse, et à quel prix? La question n'est pas négligeable car l'histoire intellectuelle européenne ne s'est pas constituée de façon continue et homogène; ce sont souvent des courants minoritaires (hétérodoxes religieux; libertins et clandestins; utopistes) qui ont forgé les thèmes destinés à acquérir une force d'évidence. Ce qu'on a appelé, dans des débats récents, le problème des "racines de l'Europe" gagne sans doute à être aussi posé en ces ternes: l'héritage le plus important n'est pas nécessairement l'héritage d'idées qui furent en leur temps majoritaires.
Diderot est à la fois auteur, lecteur et éditeur de manuscrits philosophiques clandestins. Sa philosophie radicale et non systématique, son recours à la clandestinité et l'évolution de sa pratique vers une diffusion sous forme d'imprimés destinés à un très large public, son travail en équipe aussi (Encyclopédie, Histoire des deux Indes), sont certainement emblématiques de l'évolution du mouvement des Lumières. Il s'agit de passer d'un espace public restreint et clandestin à un espace public généralisé. Ce passage a un prix philosophique qu'il est intéressant de mesurer, d'autant que ce dossier s'accompagne de la réponse de Jonathan Israel au compte rendu de ses travaux publié par Antoine Lilti dans les Annales : il y oppose de façon très claire ses principes méthodologiques aux reproches qui lui ont été adressés. On trouvera aussi dans ce numéro, outre un dossier substantiel de comptes rendus, une étude approfondie des papiers concernant Diderot dans les archives de la Bastille, des notes de lecture sur le libertinage philosophique au XVIIe siècle, une analyse du grand projet philosophique de Boullanger, ainsi qu'un rubrique bibliographique très fournie, qui témoigne de la vitalité et de la dynamique des recherches sur la philosophie clandestine.
Tout en montrant la nouveauté radicale du bolchevisme, et les techniques de Staline pour faire régner sa tyrannie, ce livre fait ressortir les continuités de l'histoire russe et ses constantes (idéologie, pratiques du pouvoir, place et influence de l'empire, conceptions et méthodes de politique étrangère, utilisation de la propagande). L'ouverture des archives de l'URSS et leur abondance a enrichi la connaissance de ce monde autrefois fermé et rend indispensables certaines clés de compréhension : elles faciliteront aussi l'abord de la Russie post-communiste et son passé difficile à surmonter.
Résumé : Cet essai porte sur les romans écrits par Georges Simenon au cours des années trente, aussi bien les " romans durs " que les " Maigret ", et en renouvelle profondément la lecture. Il y décèle un scénario latent. Hanté par le " vertige de la perte " qui le pousse à un retour fusionnel dans le Monde-Mère sous les espèces du rien, voire de la mort, l'écrivain l'exorcise en se réfugiant dans le contre-monde du Livre, par instinct de conservation, en " avare " de son désir. Mais il en conçoit de la mauvaise conscience, car il s'éprouve alors comme un escroc, ou un faussaire : c'est donner en effet pour réels, dans ses livres, des êtres et un monde de papier, sans vraie consistance. Pour se laver de ce péché d'escroquerie, il place dans ses romans des personnages qui sont ses doubles, assignés à des espaces mettant en abyme le Livre. Ce sont des boucs émissaires, car ils endossent la faute et, d'une façon ou d'une autre - en mourant, dans bien des cas -, l'expient, ce qui permet d'en dédouaner l'écrivain. Cependant, il n'y a là qu'un subterfuge puisque, en réalité, ce sacrifice expiatoire du Livre et de son démiurge se produit... dans un livre. C'est pourquoi, un roman terminé, Simenon n'a d'autre choix que d'en entreprendre un autre.
Le premier 19e siècle, dans l'immédiat héritage, problématique, de la Révolution française, est un moment décisif où se reconfigurent les rapports de la littérature et de la morale. Préparée en cela par le rationalisme des Lumières, la Révolution a mis à bas un système social et moral hiérarchisé ; désormais l'individu, promu sujet raisonnable et responsable, se voit imposer de redéfinir son identité, sa place et sa fonction. L'ouvrage se propose de brosser un panorama de la reconfiguration de la question morale dans cette période charnière, particulièrement riche et complexe.