Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Molière, dramaturge libertin
McKenna Antony ; Vial-Bonacci Fabienne
CHAMPION
8,00 €
Épuisé
EAN :9782745313157
Molière pratique la dis/simulation pour masquer une pensée antichrétienne et épicurienne conforme à la leçon de Lucrèce. Il s'attaque dans le Tartuffe et Le Misanthrope aux deux erreurs extrêmes du camp dévot (celles des jésuites et des jansénistes). Loin d'être l'expression de son propre libertinage " flamboyant ", Dom Juan met en scène une nouvelle imposture, car il est un " faux libertin ", comme Tartuffe est un " faux dévot " et Alceste un " faux Solitaire ". Dans L'Amour médecin, il exploite le mot-clef fourni par Sganarelle : " impie en médecine ". En effet, sous le masque de l'imposture médicale, il dénonce l'imposture des théologiens, et cette allégorie parcourt toutes les pièces ultérieures. L'imposture divine, qui mine la certitude de l'évidence cartésienne et celle de la doctrine chrétienne qu'elle prétendait démontrer, est mise en scène et ridiculisée dans Amphitryon. Enfin, Argan, le malade imaginaire, convaincu que son sang est " corrompu ", que sa nature est " tombée " en corruption, incarne le chrétien superstitieux, dupé par l'imposture religieuse, alors que " les principes de notre vie sont en nous-mêmes ". Le théâtre de Molière a été censuré pour de mauvaises raisons, mais une philosophie libertine y figure bel et bien, fortement appuyée sur la lecture de Pierre Charron, de La Mothe Le Vayer et de la synthèse épicurienne de Gassendi. La série Essais des Champion Classiques réunit des études fondamentales qui ont fait ou font date dans le domaine considéré. Elles sont issues du fonds des Éditions Honoré Champion, revues, corrigées, augmentées si nécessaires, ou publiées pour la première fois dans une collection de référence.
Du début à la fin du XVIIe siècle, aux yeux des apologistes, le libertin n'a pas de philosophie digne de ce nom: il se sert de prétextes divers et superficiels pour se donner un alibi et pour faire bonne figure; il cherche le " bon air" selon une formule de Pascal. Le libertin s'adonne à la licence des moeurs dans l'élégance mondaine. Il est de " mauvaise foi "; son incroyance affichée n'est qu'une posture sociale. C'est une tautologie chez les apologistes. Dans une lettre de 1671 à propos du Traité théologico-politique, Lambert van Velthuysen accuse Spinoza d'athéisme. Il est tout à fait remarquable que, dans sa réponse, Spinoza commence par répondre à l'accusation d'athéisme non en termes de théologie mais en termes de comportement - comme s'il s'agissait d'abord d'une question éthique, et non pas d'une question de croyance ou de démonstration théorique. Avant d'être une conception théorique, l'athéisme, comme le libertinisme ou toute forme de regard critique sur les croyances, est un choix éthique. C'est de cela d'abord qu'athées, incroyants et libertins doivent se justifier. Et ce fut ainsi dès le début : les attaques contre les " libertins " ont tout de suite porté sur leur conduite au moins autant que sur leurs thèses. D'où leur attitude ou plutôt leur éventail d'attitudes: assumer les comportements qu'on leur attribue et les justifier, refuser au contraire ces accusations comme infamantes, montrer enfin la diversité des moeurs au cours de l'histoire, qui empêcherait la constitution d'une éthique universelle.
Résumé : Cet ouvrage fait suite à sept autres numéros de ce périodique consacré au libertinage philosophique, c'est-à-dire aux formes de l'incroyance, de la philosophie anti-chrétienne à l'Age classique. Dans ce numéro, nous nous intéressons en particulier à la filiation protestante et à la conception protestante de l'hérésie, de l'hétérodoxie et de la libre pensée. Il est souvent affirmé que la fragmentation des Eglises protestantes a joué un rôle important dans la génération d'un rationalisme indépendant de la foi - et finalement hostile à la foi. C'est cette affirmation que nous avons voulu explorer sous l'angle de quelque cas particuliers et significatifs.
Résumé : Notre premier dossier porte sur les "équivoques blasphématoires", souvent érotiques, profanant à divers degrés les objets " sacrés" : les auteurs cherchent à en apprécier d'abord la diversité, pour tenter ensuite d'en apporter la contextualisation interne et externe et d'en évaluer les enjeux : simple jeu littéraire ? Plaisanterie anodine ? Objection larvée d'inspiration "hérétique" ? Indice d'un plus grave recul à l'égard du credo chrétien, voire de toute religion ? C'est à Bayle, à ses amis et au contexte intellectuel de la composition de ses écrits que sont consacrées les études suivantes : sur la bataille entre calvinistes orthodoxes, arminiens, déistes, athées et anticléricaux autour de la notion de "libre examen" dans le contexte de la revendication du droit de la "libre pensée" publiée par Anthony Collins en 1713 ; sur la défiance des intellectuels réformés à l'égard de l'interprétation figurative de l'Ancien Testament ; sur le "patriotisme" de Bayle et sa conception de la souveraineté politique, qui doit résister à toutes les ingérences cléricales ; sur l'importance du contexte politique de la Glorieuse Révolution pour l'interprétation des intentions de Bayle ; sur la pensée politique de Frédéric Ancillon ; et sur la réception de la pensée de Bayle en Hongrie. Notre dossier Varia, très riche, comporte des articles sur la catégorie historiographique du "libertinisme", d'abord, sur deux "jeunes éventés", Geoffroy Vallée et Noël Journet, qui sont présentés par Garasse comme des exemples typiques du cheminement de l'hérésie à l'athéisme, ensuite, et enfin sur la bibliothèque de Philibert de La Mare, érudit dijonnais qui a fortement contribué à faire de Dijon un "lieu intellectuel" au carrefour des réseaux de la République des Lettres. Trois dossiers distincts qui témoignent de la diversité et de la richesse de la pensée libre à l'époque classique.
Interroger les relations que les libertins entretiennent avec la science de leur temps ne peut se faire qu'à travers des approches croisées : selon les sensibilités et les méthodes, l'accent est ici mis tantôt sur les contenus de pensée, tantôt sur les stratégies discursives qui les prennent en charge. Le rapport des libertins à la science se caractérise le plus souvent par une série de déplacements orientés et pleinement maîtrisés : un tel traitement permet de révéler le potentiel de subversion d'une théorie scientifique, d'en tirer les conséquences philosophiques les plus radicales, de replier aussi le discours scientifique sur lui-même en le soumettant à un questionnement épistémologique. Même s'il se déploie généralement en marge de l'activité scientifique proprement dite, le discours libertin rejaillit en quelque sorte sur la science : il contribue à la constituer en champ autonome et y exporte parfois ses stratégies de dissimulation. Entre la révolution scientifique et la mouvance libertine, l'interaction a sans doute été plus profonde et plus complexe qu'on a coutume de le croire. Les articles réunis dans la deuxième partie de ce volume reflètent la diversité des modes de diffusion et de réception des discours scientifiques à l'Âge classique. Leurs auteurs s'interrogent sur les enjeux épistémologiques, polémiques ou stratégiques de l'inscription du savoir dans des lieux de passage tels que les dialogues, les pièces poétiques, les romans ou les histoires comiques, que la taxinomie actuelle exclut du corpus scientifique. L'Arétin, Bruno et Galilée, Louis Le Laboureur, Madame Deshoulières et La Fontaine, Sorel, Tristan et Cyrano, étudiés ici dans cette perspective, permettent de nuancer les classifications trop rigides, faites a posteriori. Car la représentation littéraire d'univers qui se sont construits en marge de la physique aristotélicienne et du mécanisme cartésien ne manque pas de favoriser et de concrétiser des hypothèses fécondes.