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Rencontres avec Pierre Bourdieu
Mauger Gérard
CROQUANT
34,00 €
Épuisé
EAN :9782914968133
Aux lendemains de la disparition de Pierre Bourdieu, une soixantaine de chercheurs en sciences sociales, d'artistes, d'écrivains, hommes et femmes de différentes générations, en France, en Europe et dans le monde entier, ont accepté d'évoquer leur " rencontre avec Pierre Bourdieu " : l'homme et/ou l'œuvre. Pour les uns, le souvenir de cette rencontre a donné lieu à un portrait : du " prof de philo " à Moulins au professeur au Collège de France, de l'ethnologue au statisticien, de l'homme de terrain au théoricien, du savant au politique. Pour d'autres, de différentes générations, le récit de la rencontre - à la fois portrait et autoportrait - est d'abord celui d'un apprentissage du métier de sociologue. Les témoignages des quatre coins du monde permettent de rendre compte des " effets " extrêmement divers d'un pays à l'autre, d'une discipline à l'autre, d'une œuvre internationalement consacrée dans le champ des sciences sociales. Une dernière série de témoignages met en évidence l'impact d'une œuvre protéiforme, dans diverses disciplines - de la philosophie à l'ethnologie, de l'économie à la littérature - et dans différents domaines de la vie sociale - de la vie politique à la vie artistique.
Novembre 2005 : parallèlement à l'émeute où s'affrontent " jeunes des cités " et policiers, se déroute une " émeute de papier " où se confrontent représentations hostiles ou favorables aux émeutiers : reportages et éditoriaux des journalistes, déclarations des hommes politiques, interprétations contradictoires des intellectuels. Cette émeute de papier fait évidemment partie de l'émeute. Pour rendre compte de l'événement, il s'agit donc d'établir à la fois une version contrôlée des faits - ce qui s'est passé dans tes banlieues - un répertoire raisonné des prises de position - ce qui s'est passé sur la scène médiatique, politique, intellectuelle - et de confronter les interprétations proposées aux faits établis. Si l'on renonce à des énoncés plus proches de l'exhortation ou de la dénonciation que de la description, force est de constater qu'au regard du répertoire d'action politique institutionnalisé, l'émeute de novembre 2oo5 s'apparente évidemment plus à une révolte " protopolitique " qu'à un mouvement social organisé.
La sociologie des classes sociales se réduit le plus souvent à des controverses théorico-politiques. Un des attraits de La Distinction de Pierre Bourdieu résidait dans la description et l'analyse qu'il proposait des classes sociales en France à la fin des années 1970. L'ambition de ce livre est d'établir une carte actualisée de la société française contemporaine et d'analyser les principaux mécanismes de son fonctionnement. Dans cette perspective, il mobilise la boîte à outils conceptuels disponibles de Marx à Bourdieu en les confrontant aux enquêtes statistiques et ethnographiques les plus récentes (mais parfois lacunaires). Il se propose ainsi d'aider chacun et chacune à se repérer dans l'espace social et à mieux comprendre les rapports qui s'y nouent. Il invite également les sociologues à situer tel ou tel problème qui retient aujourd'hui leur attention dans le contexte où il s'inscrit : la clé de sa compréhension se situe souvent, en effet, dans le contexte des classes sociales et de leurs luttes. Virtuellement, il pourrait évidemment rencontrer l'intérêt des politiques et les inciter à la réflexion.
Résumé : La compréhension du mouvement des Gilets jaunes passe par celle des transformations des classes populaires. Il est vrai qu'elles ne sont pas ce que "la classe ouvrière" n'a jamais été ailleurs que dans l'imagination des intellectuels, mais ouvriers et employées représentent encore plus de la moitié de la population active. Par ailleurs, l'effritement de la condition salariale au cours des quatre dernières décennies, l'extension du chômage de masse, la précarisation et l'insécurité sociale qui en résultent ont réactivé la menace de "déstabilisation des stables", creusant le clivage entre "établis" et "marginaux". Le déclin post-soixante-huitard de la croyance au messianisme ouvrier, l'essor de la "petite bourgeoisie nouvelle" et la promotion de nouvelles causes dont elle se définit comme l'avant-garde permettent de rendre compte de l'invention d'une représentation disqualifiée des classes populaires dont la figure du "beauf" rassemble les stigmates. Ce genre de manifestations de la domination et du mépris de classe engendre à la fois l'humiliation et la colère, souvent tacites, des dominés et un ensemble de pratiques qu'inspire le souci de "respectabilité". Résurgence inattendue des classes populaires supposées disparues, le mouvement des Gilets jaunes semblait d'autant plus insolite qu'il s'était mobilisé en dehors des organisations syndicales et politiques et qu'il semblait, de ce fait, incontrôlable. La peur des "classes dangereuses" ressurgissait dans les beaux quartiers. La mobilisation des Gilets jaunes était d'emblée confrontée à un déploiement de violence physique et symbolique spectaculaire. L'éventuelle convergence entre les Gilets jaunes et le mouvement de grève contre la réforme des retraites remettait à l'ordre du jour la question de la représentation. Les "black blocs" et la mouvance anarchiste l'élargissait aux thématiques de "l'horizontalité", de "la violence émeutière" et de "l'insurrection".
C?es repères pour résister à l'idéologie dominante transgressent les interdits récemment réactivés par divers rappels à l'ordre politiques et académiques. Ils s'ingénient, en effet, à découvrir des "excuses sociologiques" aux "inexcusables" : qu'il s'agisse de s'interroger sur la sociogenèse des trajectoires djihadistes ou de tenter de rendre compte du vote FN d'une fraction des classes populaires. Ils s'efforcent de mettre en évidence divers procédés de légitimation d'inégalités "obscènes" : comme la célébration des "talents". Ils mettent en évidence la division du travail discursif sur l'Union Européenne entre philosophes "à façon" et économistes "à gages". Ils s'emploient à clarifier l'usage de catégories routinières (comme l'opposition "droite/gauche" ou la notion galvaudée de "populisme"), à dissiper le brouillage d'un champ politique devenu illisible et à rappeler les leçons de l'expérience grecque à ceux qui rêvent d'une "autre Europe". Bien qu'ils s'imposent un double devoir de "réflexivité" et de "scientificité", ces repères qui mettent les ressources de la sociologie au service de ce genre de transgressions, s'exposent sans doute ainsi à réveiller toutes les formes d'anti-intellectualisme que suscite "l'engagement sociologique". Pourtant, comme disait Durkheim, "la sociologie ne vaudrait pas une heure de peine si elle ne devait avoir qu'un intérêt spéculatif .
Dans l'espace politique français, l'Union européenne est partout. Elle planifie la libéralisation des services publics. Elle organise le libre-échange qui pousse aux délocalisations et interdit de taxer significativement les détenteurs de capitaux. Elle impose l'austérité budgétaire et monétaire tout en laissant libre cours à la concurrence fiscale. Incapable de répondre aux enjeux du siècle, et notamment de conduire la transition écologique, elle obéit aux lobbies et dépossède les peuples de leur souveraineté démocratique. Pourtant, dans le débat politique, elle est reléguée au second plan, quand son rôle n'est pas tout simplement effacé. La question européenne est pourtant essentielle. Elle hante la gauche partout en Europe. Certains défendent la réécriture à plusieurs du droit communautaire, le changement de l'intérieur. D'autres, à l'inverse, défendent la sortie de l'Union européenne, tout au moins de l'euro, et la présentent parfois comme la solution à elle seule à tous nos maux. Ce livre, dont l'orientation eurocritique est pleinement assumée, entend parler sérieusement de l'Union européenne. Il montre que le statu quo est impossible. Il examine, dans une perspective de gauche, les différentes stratégies envisageables (sortie, réforme, rupture partielle, crise permanente) sans en défendre une en particulier, mais en décrivant pour chacune d'elles les conditions nécessaires à sa réalisation, les difficultés - le cas échéant les impossibilités - et les perspectives qu'elle ouvre. A l'heure du Brexit, d'une crise politique européenne qui n'en finit pas, et à l'approche des élections européennes de 2019, ce livre constitue un outil indispensable.
Non l'hôpital public n'est pas mort! Car il soigne toujours, et plutôt bien. L'immense majorité d'entre nous lui voue un attachement fidèle, tous les sondages en témoignent! Un chantier de mise en pièces de l'hôpital, dont les meilleurs morceaux sont promis au privé, est aujourd'hui interdit au public: interdit au secteur public d'y prospérer pour le bien de tous, interdit au citoyen d'y inscrire ses désirs en vertu de la loi d'airain de concepts idéologiques surannés qui ont fait ailleurs la preuve de leur inanité. Dans ce livre, des sociologues, des politistes, des médecins, des économistes, des psychologues sont à son chevet, non pour adoucir sa fin en d'improbables soins palliatifs, mais bien pour réanimer l'énergie nécessaire à tous les acteurs de la santé dans ce pays. Ils vous livrent les clés pour reconstituer le puzzle de la politique aujourd'hui en oeuvre, qui plutôt que guérir l'hôpital d'une maladie dont il souffrirait, hâte sa disparition en lui inoculant le virus sournois et malfaisant du néolibéralisme qui infecte les services publics. Cet ouvrage est dédié à chacun d'entre nous, décidé à sauver ce qui a été, est, ou sera une étape de notre destin.
Face à l'urgence actuelle de changer ce monde. comment lutter et avec qui ? Peut-on se battre comme femme sans trahir sa culture ? Comment s'organiser simultanément en tant que Noir e et prolétaire ? Doit-on vraiment dénoncer à la fois le racisme, le capitalisme et le patriarcat ? Et surtout, quelles solidarités, quelles alliances construire. autour de quels projets ? Imbrication décortique la complexité des identités, des loyautés et des intéréts de chacun-e dans les mouvements sociaux. L'ouvrage présente l'histoire de luttes guerrillères (Salvador), Indiennes-paysannes (mouvement zapatiste au Mexique) ou Noires (Brésil, République Dominicaine, USA). ainsi que les mouvements de femmes, féministes et lesbiennes du continent. Les femmes des Amériques et des Carabes nous tendent un miroir exceptionnel pour mieux comprendre "l'intersectionnalité" à un moment de foisonnement des luttes, parfois déroutant. Partant du quotidien des mouvements pour parvenir à une véritable "science des opprimées", ce livre s'adresse aussi bien au public curieux qu'aux activistes et au monde de la recherche. l
Les mouvements sociaux portés par la jeunesse qui ont émergé ces dix dernières années ont remis au goût du Jour une notion considérée comme dépassée : l'honneur. L'honneur évoque, selon les époques, un principe chevaleresque, une passion patriotique ou un terme propre aux populations du bassin méditerranéen. Il tend à s'imposer aujourd'hui comme un concept "brandi" par les individus pour dénoncer les conditions sociales qui les asservissent. Le sentiment d'indignation est d'autant plus fort qu'il répond au désenchantement des individus face au monde qui les entoure : marasme politique, mondialisation, monde de plus en plus rationalisé et tourné vers le profit, absence de perspectives d'avenir... Pour résister à la déchéance sociale et morale qui les guette, les individus vont alors mobiliser "la seule chose qui leur reste", à savoir leur honneur, pour dire "non" aux injonctions de la société marchande et mu corruptions afin de reprendre le contrôle de leur existence. L'honneur semble ainsi acquérir une nouvelle dimension : il cristallise les indignations et insuffle un élan libérateur. Ce sentiment de révolte face à un monde d'injustices gagne de nombreux pays. Dans cet ouvrage issu de sa thèse de sociologie, c'est à la lumière d'interviews avec des jeunes français et turcs que l'auteure s'efforce de cerner l'évolution sociale de la référence à l'honneur, face à des situations qui portent atteinte à la dignité humaine et dont ils souhaitent s'émanciper. Si l'honneur était jusqu'ici empreint de la culture dans laquelle il était invoqué, il semble s'universaliser pour devenir une notion qui fait écho aux souffrances des populations du monde entier.