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Ailleurs et autrement
Margerie Diane de
FLAMMARION
10,50 €
Épuisé
EAN :9782080642677
Tous les personnages de ces nouvelles rêvent de devenir quelqu'un d'autre dans un ailleurs luxuriant, végétal, musical, où ce qui les mutile et les tient prisonniers est enfin totalement écarté. Ce sont ici surtout des femmes qui cherchent à débusquer, derrière les apparences, la richesse de ces domaines inconnus. : il y a celle qui est fascinée par les secrets de la photographie ; celle qui vit en symbiose avec son enfant mort-née ; celle qui voit les horreurs qui se trament sur une plage un jour d'été ; celle pour qui la musique prend le visage de l'amour ; ou bien, il y a ces amants qui s'abusent à travers l'absence et leur correspondance, ou encore cet homme qui cherche la paix dans l'abolition stridente du silence absolu. : tous se nourrissent d'illusions qui chantent les fastes de l'imaginaire. Mais, tout à coup, de façon cruelle, rapide et insidieuse, le chant s'étrangle, le voile se déchire et le rêveur, pris au piège qu'il s'est lui-même tendu se trouve confronté à une vérité bien plus étonnante, tragique et complexe que celle qu'il avait imaginée.
Clara Savelli a perdu ses parents dans la tourmente des années 40 en Chine. Enfant, elle revient en France avec Drusiane, la soeur de sa mère. Les deux femmes demeurent envoûtées par le souvenir cruel de l'Orient. Lorsque Clara comprend le secret lié à sa naissance, l'opacité de l'univers ne fait que s'accroître. Elle se marie avec Ludovic Bersan, pour fuir tout ensemble la violence de son adolescence et un passé dans lequel l'histoire de Tseu-Hi, l'impératrice despote, se mêle à la nostalgie de son père, Jean Savelli, dont la mort n'a jamais été prouvée.
Qu'une petite fille soit fascinée par l'univers pervers d'un vieux maître d'hôtel ; qu'un homme prenne peur d'être envoûté par un appartement où rôde la folie ; qu'une hirondelle incarne une soif d'amour désormais inextinguible ; qu'un ascenseur symbolise le poid des ruptures. Hommes et femmes se débattent, confrontés par l'hypocrisie ou l'inévitable duplicité des situations. L'ambiguïté est logée dans ces petits drames quotidiens comme le ver dans le fruit ; la pureté, refusée même à l'enfant puisqu'il rêve d'être un autre ; refusée aux amants que l'expérience sépare au lieu de rapprocher. Quinze failles, autant de cruelles vignettes qui laissent entrevoir les contractions et les blessures d'une vérité implacable, multiple, parfois meurtrière.
Noémie, très attachée à sa fille Barbara, apprend que celle-ci veut la quitter pour vivre avec Daniel. Bouleversée à l'idée de cette séparation après l'intensité de leur vie commune à la campagne, elle s'interroge sur son propre passé. Noémie revoit ainsi son enfance marquée par l'absence (ses parents sont morts en déportation), par la violence de tante Sabine, remarquable musicienne, par la présence de Joachim, homme mûr, envieux de son corps de jeune fille. Elle revit ses premiers attachements amoureux, la grisaille progressive où s'est enlisé son mariage avec Jacob, la folie de sa belle-soeur Rachel à laquelle Noémie n'a cessé de s'identifier. Tour à tour, elle devient les personnages qu'elle évoque et plus que jamais la frappe de néant de ce qu'on appelle expérience. Méditation sur la souffrance, livre des questions sans réponse qui harcèlent et morcèlent l'identité de chacun, ce roman, comme déjà Le Paravent des enfers, capte et préserve la riche complexité de chaque instant d'une vie vécue, irréversible, inconnue des autres, transfigurée par la poésie, solitairement resongée dans un lieu secret, élu. Ici, la cathédrale de Chartres où la lumière se fait à travers le superbe vitrail de l'arbre de Jessé.
Elle n'est jamais la même. Je l'ai vue transparente, son toit vert suspendu dans le givre ; je l'ai vue luisante et noire et nue comme le dos d'un dauphin bondissant ; je l'ai vue poreuse, ravagée, grise de bruine, comme une série de cavernes grignotées par la mer ; je l'ai vue telle une pieuvre lumineuse, les bras prédateurs, avide et blanche de soleil ; je l'ai vue droite et pure comme une falaise à pic. Peut-être est-ce à cause de ces incessantes métamorphoses que je me suis laissé prendre". Diane de Margerie.