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La litterature comme mensonge
Manganelli Giorgio
GALLIMARD
20,90 €
Épuisé
EAN :9782070780358
Giorgio Manganelli (1922-1990) aura été au XX ? siècle l'un des hardis sectateurs de la littérature absolue. Au fil des âges, de manière plus ou moins ostensible, plus ou moins insolente, des narrateurs et des poètes avaient déjà empoigné semblable gonfanon. Le lecteur, ce fin limier, les reconnaît à ce qu'ils semblent partager une intuition commune : tout ce qui relève de la recherche rigoureuse du vrai - théologique, métaphysique, scientifique - n'offre d'intérêt que si le faux peut s'en nourrir. Le faux, c'est-à-dire cette fiction parfaite qui a nom littérature. Littérature : dieu obscur et sévère, qui réclame des libations d'encre, des sacrifices rhétoriques, des mensonges exacts. En des époques lointaines, on présume qu'un Callimaque, un Gongora, peut-être même un Ovide furent des adeptes de cette ambitieuse hérésie. Il n'en demeure pas moins que personne n'avait osé la formuler jusqu'à une période récente, quand les Romantiques allemands commencèrent à désarticuler d'une main délicate les présupposés de l'esthétique. Si le caractère mensonger de la littérature serpente depuis longtemps dans les oeuvres qui emplissent nos bibliothèques et irriguent nos mémoires, c'est à Manganelli que revient le mérite de l'avoir exhibé au grand jour, d'un geste brusque et presque bureaucratique. C'est donc une lourde responsabilité qu'il a prise en intitulant La littérature comme mensonge ce recueil d'essais où l'on croise Lewis Carroll et Stevenson, Hoffmann et Nabokov, Dickens et Dumas, parmi bien d'autres. Chacun pourra le constater, La littérature comme mensonge est de ces livres qui naissent en provoquant scandale et surprise, mais dont le destin est de vivre avec la force silencieuse de l'évidence.
Le lecteur des fictions étranges de Giorgio Manganelli sera déjà familier de la figure du Bouffon, personnage qui serait le lieu naturel de la littérature et de toute invention d?histoires. Mais il lui aura fallu attendre le présent ouvrage pour voir le Bouffon se présenter directement sur la scène et parler de bout en bout dans un roman qui contient en soi maints romans (dont un irrésistible roman d?espionnage). Comme si la voix narratrice, qui se prétend celle d?un «chansonnier des lettres», était aussi celle d?un marchand qui déploie de somptueuses étoffes pour charmer (ou duper ?) le client... Et le Bouffon ne peut avoir qu?un seul client, son éternel adversaire : le Tyran, dont le lecteur - chaque lecteur - n?est qu?une des innombrables doublures. Ainsi s?affirme souverainement, à nouveau, l?idée de la littérature que ne cessa de défendre l?un des écrivains majeurs de notre modernité : «La littérature étant complexe, et donc non simplifiable, est obscure de par sa nature : non pas difficile, non pas énigmatique, mais élusive, hallucinatoire, mystérieuse.»
Celui ou celle qui, séduit par l'oeillade touristique du titre, achèterait goulûment le présent opuscule dans l'espoir d'y trouver de non inutiles indications pour un plausible séjour venant couronner une vie laborieuse ; la famille qui l'acquerrait en croyant passer ainsi une paisible fin de semaine, avec le panier à provisions et la bonne jactance des grands-parents ; ceux-là dépenseraient en vain leurs vertueuses espèces sonnantes et trébuchantes. En effet, du point de vue touristique, qui est après tout celui qui davantage importe, le texte est dispersif et peu digne de foi, un exemple de piètre compétence professionnelle. Ici, point de cartes de l'Hadès, point de parcours panoramiques recommandés, point de restaurants nantis de toques, point d'informations sur les spécialités régionales, sur les horaires des magasins, point d'adresses utiles, point d'indispensables informations sur les coutumes indigènes, les formalités douanières, les fêtes folkloriques, les exécutions publiques, les habitudes du sexe et les horaires des cérémonies religieuses. En lieu et place de ce que tout un chacun, avec une légitime impatience, exigerait d'un guide apparemment destiné à combler une incompréhensible lacune, on trouvera ici des anecdotes moins qu'insignifiantes : d'insipides bavardages avec des amphisbènes, des cours universitaires, des vélléités auto-théologiques de la part de divinités peu dignes de foi ou, à tout le moins, des plus suspectes, l'inadéquate description d'une ville inhospitalière, de lunaires et lunatiques palabres, ainsi qu'un badinage désordonné avec une poupée intérieure. Il y aura également un Divin Foetus, hébergé dans le triste boyau d'une caverneuse crèche, et la peu éducative description de ce qui advient en ces lieux dépourvus de tout intérêt touristique ; enfin, on y jaspine de gros orteils et de suburre. Certes, si parmi les lecteurs il se trouvait des gros orteils - et même des nez -, je veux dire des gros orteils lecteurs, peut-être y découvriraient-ils des allusions à de non désagréables fantaisies, à des souvenirs, des espérances ; puisque les gros orteils sont de tempérament un tant soit peu sentimental et ne dédaignent pas les amitiés complices, délicates. Exception faite de ceux-là, se trouvera-t-il quelqu'un pour entreprendre un coûteux voyage et assister aux "aubes cadavériques" ? Certes, à leur façon, elles font du tourisme, à l'instar des sables dorés, des palmiers alanguis et des fervents volcans. Mais, honnêtement, de quelle sorte de tourisme parlons-nous ?" Giorgio Manganelli.
Résumé : "Durant de nombreuses années, et peut-être de nombreuses incarnations, j'avais toujours rêvé de ces invraisemblables déplacements intercontinentaux, qui ne peuvent arriver, exclusivement, que comme des cadeaux du destin ; quelles conjonctions astrales ont bien pu mettre en mouvement cette avalanche de translations terrestres, je l'ignore ; mais j'espère qu'elles sont du type de celles qu'on met des années à fabriquer, et qui ne se détruisent pas facilement. On peut se demander pourquoi le voyage exerce une fascination aussi grande sur une personne à vocation sédentaire ; un lecteur acharné et solitaire ne commet pas l'erreur de croire qu'il s'expatrie de sa bibliothèque le jour où il s'embarque pour l'Asie ; il sait qu'il est toujours, par essence, un chercheur de signes, de paroles implicites, de "façons de parler", d'in-folio et de brochures. La syntaxe classique, la fragile et éternelle concinnitas de Pékin se mêlent aux anacoluthes de Kuala Lumpur, à l'hyperbole publicitaire de Hong Kong, à l'emphase rococo du palais d'Eté. Et que seront les temples d'Ipoh ? Des énigmes, des emblèmes, des entéro-idéogrammes de la planète ? Le philologue devenu analphabète n'échappera pas pour autant à son éternel destin de lecteur".
«Rondes et insaisissables gouttes de mercure, les récits éludent et déçoivent ; ils sont un soupir, un jeu de mots, un accord maladroit de vielle stridente, une ponctuation proprement sans mots qui précèdent et qui suivent, un point d'exclamation, une interrogation, et surtout ils ne sont pas monothéistes ; ils professent un athéisme minuscule, qui n'est pas inaccessible à des incursions de dieux frêles et effrontés, ou de déesses provocantes et lascives - à la condition qu'ils soient mortels, éphémères, faux, très frêles, désorientés.»Giorgio Manganelli.
Résumé : Cette édition s'efforce de présenter les écrits purement littéraires de Chateaubriand dans un ordre à la fois chronologique et thématique. Ainsi le lecteur pourra relire un écrivain qui ne fut pas seulement chantre de sa propre désespérance et du néant, artiste frileux réfléchissant sur son art, historien consciencieux, mais aussi le plus intraitable génie contestataire. Toute son ouvre en effet s'insurge contre une religion mal comprise qui mutile l'homme, contre une fausse civilisation égoïste et cruelle qui monopolise morale et culture. Reflet de son temps, Chateaubriand l'est également du nôtre. Le texte a été établi d'après celui des Ouvres complètes parues chez Ladvocat. On a consulté les manuscrits accessibles et découvert des sources de l'ouvre qui s'ajoutent, nombreuses, à celles que nous connaissions déjà, surtout à propos des Martyrs et du Voyage en Amérique. Cette édition devient ainsi un instrument de travail enrichissant et suggestif.
Ce volume contient les oeuvres suivantes: Le Traité du Narcisse - Le Voyage d'Urien - La Tentative amoureuse - Paludes - Les Nourritures terrestres - Les Nouvelles nourritures - Le Prométhée mal enchaîné - El Hadj ou Le Traité du faux prophète - L'Immoraliste - Le Retour de l'enfant prodigue - La Porte étroite - Isabelle - Les Caves du Vatican - La Symphonie pastorale - Les Faux-monnayeurs - L'École des femmes - Robert - Geneviève ou La confidence inachevée - Thésée. Introduction de Maurice Nadeau. Notices et bibliographie par Yvonne Davet et Jean-Jacques Thierry.