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Dall'inferno (Depuis l'enfer)
Manganelli Giorgio
DENOEL
15,75 €
Épuisé
EAN :9782207234150
Celui ou celle qui, séduit par l'oeillade touristique du titre, achèterait goulûment le présent opuscule dans l'espoir d'y trouver de non inutiles indications pour un plausible séjour venant couronner une vie laborieuse ; la famille qui l'acquerrait en croyant passer ainsi une paisible fin de semaine, avec le panier à provisions et la bonne jactance des grands-parents ; ceux-là dépenseraient en vain leurs vertueuses espèces sonnantes et trébuchantes. En effet, du point de vue touristique, qui est après tout celui qui davantage importe, le texte est dispersif et peu digne de foi, un exemple de piètre compétence professionnelle. Ici, point de cartes de l'Hadès, point de parcours panoramiques recommandés, point de restaurants nantis de toques, point d'informations sur les spécialités régionales, sur les horaires des magasins, point d'adresses utiles, point d'indispensables informations sur les coutumes indigènes, les formalités douanières, les fêtes folkloriques, les exécutions publiques, les habitudes du sexe et les horaires des cérémonies religieuses. En lieu et place de ce que tout un chacun, avec une légitime impatience, exigerait d'un guide apparemment destiné à combler une incompréhensible lacune, on trouvera ici des anecdotes moins qu'insignifiantes : d'insipides bavardages avec des amphisbènes, des cours universitaires, des vélléités auto-théologiques de la part de divinités peu dignes de foi ou, à tout le moins, des plus suspectes, l'inadéquate description d'une ville inhospitalière, de lunaires et lunatiques palabres, ainsi qu'un badinage désordonné avec une poupée intérieure. Il y aura également un Divin Foetus, hébergé dans le triste boyau d'une caverneuse crèche, et la peu éducative description de ce qui advient en ces lieux dépourvus de tout intérêt touristique ; enfin, on y jaspine de gros orteils et de suburre. Certes, si parmi les lecteurs il se trouvait des gros orteils - et même des nez -, je veux dire des gros orteils lecteurs, peut-être y découvriraient-ils des allusions à de non désagréables fantaisies, à des souvenirs, des espérances ; puisque les gros orteils sont de tempérament un tant soit peu sentimental et ne dédaignent pas les amitiés complices, délicates. Exception faite de ceux-là, se trouvera-t-il quelqu'un pour entreprendre un coûteux voyage et assister aux "aubes cadavériques" ? Certes, à leur façon, elles font du tourisme, à l'instar des sables dorés, des palmiers alanguis et des fervents volcans. Mais, honnêtement, de quelle sorte de tourisme parlons-nous ?" Giorgio Manganelli.
Résumé : Giorgio Manganelli (1922-1990) aura été au XX ? siècle l'un des hardis sectateurs de la littérature absolue. Au fil des âges, de manière plus ou moins ostensible, plus ou moins insolente, des narrateurs et des poètes avaient déjà empoigné semblable gonfanon. Le lecteur, ce fin limier, les reconnaît à ce qu'ils semblent partager une intuition commune : tout ce qui relève de la recherche rigoureuse du vrai - théologique, métaphysique, scientifique - n'offre d'intérêt que si le faux peut s'en nourrir. Le faux, c'est-à-dire cette fiction parfaite qui a nom littérature. Littérature : dieu obscur et sévère, qui réclame des libations d'encre, des sacrifices rhétoriques, des mensonges exacts. En des époques lointaines, on présume qu'un Callimaque, un Gongora, peut-être même un Ovide furent des adeptes de cette ambitieuse hérésie. Il n'en demeure pas moins que personne n'avait osé la formuler jusqu'à une période récente, quand les Romantiques allemands commencèrent à désarticuler d'une main délicate les présupposés de l'esthétique. Si le caractère mensonger de la littérature serpente depuis longtemps dans les oeuvres qui emplissent nos bibliothèques et irriguent nos mémoires, c'est à Manganelli que revient le mérite de l'avoir exhibé au grand jour, d'un geste brusque et presque bureaucratique. C'est donc une lourde responsabilité qu'il a prise en intitulant La littérature comme mensonge ce recueil d'essais où l'on croise Lewis Carroll et Stevenson, Hoffmann et Nabokov, Dickens et Dumas, parmi bien d'autres. Chacun pourra le constater, La littérature comme mensonge est de ces livres qui naissent en provoquant scandale et surprise, mais dont le destin est de vivre avec la force silencieuse de l'évidence.
Résumé : "Durant de nombreuses années, et peut-être de nombreuses incarnations, j'avais toujours rêvé de ces invraisemblables déplacements intercontinentaux, qui ne peuvent arriver, exclusivement, que comme des cadeaux du destin ; quelles conjonctions astrales ont bien pu mettre en mouvement cette avalanche de translations terrestres, je l'ignore ; mais j'espère qu'elles sont du type de celles qu'on met des années à fabriquer, et qui ne se détruisent pas facilement. On peut se demander pourquoi le voyage exerce une fascination aussi grande sur une personne à vocation sédentaire ; un lecteur acharné et solitaire ne commet pas l'erreur de croire qu'il s'expatrie de sa bibliothèque le jour où il s'embarque pour l'Asie ; il sait qu'il est toujours, par essence, un chercheur de signes, de paroles implicites, de "façons de parler", d'in-folio et de brochures. La syntaxe classique, la fragile et éternelle concinnitas de Pékin se mêlent aux anacoluthes de Kuala Lumpur, à l'hyperbole publicitaire de Hong Kong, à l'emphase rococo du palais d'Eté. Et que seront les temples d'Ipoh ? Des énigmes, des emblèmes, des entéro-idéogrammes de la planète ? Le philologue devenu analphabète n'échappera pas pour autant à son éternel destin de lecteur".
Le lecteur des fictions étranges de Giorgio Manganelli sera déjà familier de la figure du Bouffon, personnage qui serait le lieu naturel de la littérature et de toute invention d?histoires. Mais il lui aura fallu attendre le présent ouvrage pour voir le Bouffon se présenter directement sur la scène et parler de bout en bout dans un roman qui contient en soi maints romans (dont un irrésistible roman d?espionnage). Comme si la voix narratrice, qui se prétend celle d?un «chansonnier des lettres», était aussi celle d?un marchand qui déploie de somptueuses étoffes pour charmer (ou duper ?) le client... Et le Bouffon ne peut avoir qu?un seul client, son éternel adversaire : le Tyran, dont le lecteur - chaque lecteur - n?est qu?une des innombrables doublures. Ainsi s?affirme souverainement, à nouveau, l?idée de la littérature que ne cessa de défendre l?un des écrivains majeurs de notre modernité : «La littérature étant complexe, et donc non simplifiable, est obscure de par sa nature : non pas difficile, non pas énigmatique, mais élusive, hallucinatoire, mystérieuse.»
Ce roman, le dernier écrit par Giorgio Manganelli avant sa mort, en 1900, offre comme une vision étincelante, l'hallucination d'un théologien, l'exploration et la reconnaissance d'un lieu "où il est difficile de pénétrer et d'où il est impossible de sortir". Ce lieu, s'appelle, en une sorte de flou résolu, "le marécage définitif". Y pénètre celui qui a commis une faute, sans savoir laquelle. A mesure que nous suivons le narrateur et son cheval - protagoniste non dénué d'importance dans ce récit - et avançons dans cette terre "animée d'une vie trouble", nous nous rendons compte que nous sommes entraînés, en un tourbillon métaphysique, dans la création d'un démiurge malin. Et nous vient la pensée que Manganelli a voulu raconter ici le lieu même de son imagination, lieu "suprêmement dangereux", énigmatique, "répugnant et attirant", où se déroule une aventure solitaire et extrême, ce lieu frontière entre de nombreux mondes qui fut la "mystérieuse et taciturene patrie" de ce grand visionnaire.
Johnny a trouvé un mystérieux manuscrit à la mort d'un vieil homme aveugle. Il décide de le mettre en forme et de l'annoter de façon très personnelle. Le texte se présente comme un essai sur un film, le Navidson Record, réalisé par Will Navidson, un photoreporter, lauréat du prix Pulitzer. Will, qui vient d'emménager avec sa famille dans une maison en Virginie, filme son installation, réalisant une sorte de «home movie». Tout s'annonce bien jusqu'à ce qu'il découvre une pièce qui n'existait pas. Passé l'étonnement, il se rend à une évidence troublante: la maison est plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur. Navidson tente d'explorer les lieux mais, après avoir manqué se perdre, il engage des explorateurs professionnels. L'horreur commence alors. Aussi bien pour les membres de l'expédition que pour le lecteur - lui-même égaré dans le dédale des notes qui envahissent les pages comme un lierre maléfique.Que cache la maison? Quel est ce grondement qu'elle émet de temps en temps? Pourquoi Johnny a-t-il ces cicatrices? Pourquoi le manuscrit de Zampanó semble-t-il le rendre fou?À la fois jeu de piste, récit fantastique, dérive personnelle, essai faussement académique, La Maison des feuilles a pour effet de changer progressivement le lecteur en apprenti sorcier, monteur de salle obscure, détective amateur, spectateur. Une lecture littéralement habitée.
Résumé : On a sacrifié les femmes au nom d'à peu près tout : morale, religion, politique, amour, maternité... Aujourd'hui encore, malgré les discours d'émancipation, persistent viols, harcèlements, sévices conjugaux, interdits et humiliations. Le destin de la féminité en Occident serait-il sacrificiel ? En témoignent ces grandes héroïnes qui foisonnent dans nos mythes, nos légendes d'amour, nos religions, les textes fondateurs de notre culture, toutes plus fascinantes les unes que les autres. Elles ont pour nom Iphigénie, Hélène, Penthésilée, Médé, Iseut ou Jeanne d'Arc mais elles sont aussi des soeurs, des voisines, des exilées, des femmes croisées tous les jours dans la rue, prises à leur insu dans des vies manquées, blanches... De quel sacrifice ignoré la vie de ces femmes se soutient-elle ? De quelle façon ces figures mythiques circulent-elles dans notre inconscient ? Dans un essai de mythologie quotidienne, Anne Dufourmantelle interroge et retourne les destins spectaculaires de ces héroïnes en les confrontant à ceux, anonymes, parfois tragiques, de ces proches inconnues. D'une écriture subtile, elle approche la secrète texture de nos névroses et déploie la dramaturgie, aussi énigmatique que salvatrice, d'une véritable érotique du sacrifice au féminin.
Résumé : Jim Byrd a une vie normale, jusqu'au jour où il fait un arrêt cardiaque. Revenu à lui, il apprend qu'il est resté mort cinq minutes entières. Pourtant, il n'a vu ni lumière blanche accueillante ni choeur de séraphins, juste le vide, l'absence. Grâce à un réseau électrique installé autour de son coeur, il ne risque plus rien et peut même suivre les battements et les crises de son coeur sur une appli smartphone. Cette impression de tenir son propre coeur dans sa main le fait réfléchir, d'autant plus que, alors qu'il se trouve dans un restaurant, il découvre les preuves d'une existence surnaturelle, une voix qui appelle dans un escalier et plonge les vivants dans une tristesse profonde. Jim décide alors d'enquêter sur l'origine de cette voix : peut-être existe-t-il d'autres formes de vie après la mort que la lumière blanche au bout du tunnel ? Peut-être sa propre expérience lui donne-t-elle accès à quelque chose au-delà du monde des vivants ?