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L'inactuel N° 10 : Le singulier
Malamoud Charles ; Lacoste Patrick ; Davoine Franç
CIRCE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782842421632
L'enquête et les théories sociologiques classiques, les approches et les constructions historiques, les interprétations globalisantes et totalisatrices de l'humain ont jusqu'à une période relativement récente tenu le haut du pavé, privilégiant, dans l'ensemble, le pluriel, la généralisation, les macro-phénomènes. Rien, là, que l'on puisse renier ou abandonner : c'est la pente de " la science ", sa visée même et sa prétention. L'histoire des sociétés et des cultures, celle du monde désormais, celle des idées, sont venues infléchir ce mouvement : modifiant du même coup les représentations que l'on faisait des " progrès " possibles, voire nécessaires, de la connaissance, ses méthodes, ses points de départ. Les approches habituelles ont eu à morceler, à disperser, à spécifier en unités plus petites, le cours de leurs démarches jusque là, en un sens, tranquilles - du moins pouvait-on le croire -, globalement linéaires et cumulatives pendant de longues périodes. La question de la singularité des situations, voire de leur unicité, qui a certes toujours existé à l'intérieur de chaque domaine de connaissance, est progressivement venue an premier plan, modifiant subtilement l'épistémologie des savoirs , la définition même des phénomènes à considérer. Beaucoup de chercheurs et d'auteurs mettent désormais en évidence leur souci de s'attacher aux voix et aux voies singulières, à la place et à la vie des individus, aux événements, paroles et situations particulières et des particuliers.
Polanyi Karl ; Malamoud Catherine ; Angeno Maurice
La "Grande Transformation", Polanyi le montre, c'est ce qui est arrivé au monde à travers la grande crise économique et politique des années 1930-1945: la mort du libéralisme économique. Apparu un siècle plus tôt avec la révolution industrielle, ce libéralisme était une puissante innovation du monde occidental, un cas unique dans l'histoire de l'humanité: jusque-là élément secondaire de la vie économique, le marché s'était rendu indépendant des autres fonctions et posé en élément autorégulateur. L'innovation consistait essentiellement en un mode de pensée. Pour la première fois, on se représentait une sorte particulière de phénomènes sociaux, les phénomènes économiques, comme séparés et constituant à eux seuls un système distinct auquel tout le reste du social - à commencer par la terre, le travail et l'argent - devait être soumis. On avait désocialisé l'économie; la grande crise des années trente imposa au monde une resocialisation de l'économie. Cette analyse du marché comme institution non naturelle suscite désormais un véritable regain d'intérêt dans un monde globalisé où le néolibéralisme est à son tour entré dans une crise dont on attend qu'il en résulte une nouvelle "grande transformation".
De tous les animaux susceptibles d'être des victimes sacrificielles, l'homme est le seul qui puisse faire des sacrifices". Dans cette phrase est condensée une anthropologie : ce livre tente de l'expliciter. Les essais réunis dans ce volume portent sur la culture et les formes de pensée que nous font connaître les textes sanscrits, notamment les plus anciens d'entre-eux : les Hymnes védiques et les Traités du sacrifice qui leur sont associés. Le titre, Cuire le monde, traduit l'expression sanscrite lokapakti : l'homme "cuit" le monde et se "cuit" lui-même en exécutant les rites. On choisit en effet, pour aborder l'Inde, de suivre les chemins que tracent les prescriptions et spéculations indiennes sur le rituel. Poètes et doctrinaires védiques nous y invitent : c'est en réfléchissant à ce qui a lieu sur la scène sacrificielle qu'ils élaborent les catégories du continu et du discontinu de la répétition et de la différence, du "principal" et du "reste", de l'immédiat et du différé, du plein et du vide, de l'implicite et du déployé. Catégories universelles, sans doute, mais qui, dans l'Inde, ont cette spécificité d'avoir été "pensées" à partir du rite par excellence, l'acte sacrificiel, conçu comme modèle de l'acte. C'est pour rendre compte du sacrifice que le Veda s'interroge sur les dieux, leur corps, leur langage, et c'est dans le groupement des hommes unis dans un même projet sacrificiel que l'on décèle le prototype du lien politique. Enfin le lexique et les notions propres au rituel sont présents dans cette définition que les auteurs védiques donnent de l'homme : "De tous les animaux susceptibles d'être des victimes sacrificielles, l'homme est le seul qui puisse faire des sacrifices". Dans cette phrase est condensée une anthropologie : ce livre tente de l'expliciter.
Résumé : "La civilisation moderne, européenne autant qu'anglaise, n'a de civilisation que le nom. C'est une civilisation qui décivilise, une réforme qui déforme". Tel est le jugement que porte Gandhi sur la société du progrès technologique, une société qui a fait le choix du machinisme, de la passion de l'argent et du pouvoir, et qui méprise l'artisanat, la spiritualité et tout ce qui n'est pas "scientifique". Une civilisation qui détruit toutes les autres civilisations, à commencer par l'indienne, millénaire, qui conçoit autrement la relation de l'homme à l'univers naturel et spirituel. En 1909, alors âgé de quarante ans, Gandhi formule la première critique de la modernité qui émane du monde non occidental. Elle fonde sa philosophie de la vérité, de l'humilité et de la non-violence. Elle met en garde la classe d'Indiens éduqués à l'anglaise qui imaginent sortir de la colonisation britannique et regagner l'indépendance de l'Inde par des voies politique ou violente empruntées au colonisateur. Est-ce ainsi que l'Inde peut se libérer ? C'est la question que pose son premier livre Hind Swaraj, matrice de sa pensée, auquel Gandhi ne cessera de revenir tout au long de sa vie. Sa réfutation de la modernité fut jugée subversive par les autorités britanniques, qui interdirent le manuscrit à Bombay en 1910, et incomprise de son temps par les nationalistes indiens. Toujours dérangeant, son livre reste un brûlot en ce début de XXIe siècle, dans le contexte de la mondialisation. Un siècle après sa parution, il est donné pour la première fois à lire en français. Traduction du goujarati, de l'anglais et du hindi (Inde) par Annie Montaut. Edition établie par Suresh Sharma et Tridip Suhrud. Préface de Charles Malamoud. Introduction par Suresh Sharma.
Dans la mythologie de l'Inde, Yama, le jumeau solaire, est le dieu de la mort. Immortel lui-même, il est cependant l'ancêtre problématique et le patron des mortels. Produire les lignées humaines, tel est le but que propose sa jumelle Yami à son frère Yama, quand elle le presse de surmonter sa peur de l'inceste en l'invitant à s'unirà elle pour un accouchement fécond. Charles Malamoud consacre son livre aux figures du dieu de la mort, explorant le labyrinthe des mythes, des légendes, des rituels, des sagesses et des folies de l'Inde.
Résumé : " Aimer quelqu'un ou quelque chose signifie ou consiste dans le fait, entre autres choses, de prendre ses intérêts comme des raisons d'agir pour servir ces intérêts. L'amour est lui-même, pour celui qui aime, une source de raisons. Il crée les raisons par lesquelles ses actes d'intérêt et d'attachement amoureux sont inspirés... "
Simmel entreprend à la fin de sa vie quatre méditations. Il y présente sa propre philosophie. Il s'engage dans une réflexion sur la vie humaine dans son élan incessamment renouvelé, mais aussi sur les formes où cet élan se dépose, qui constituent les oeuvres de la culture : les institutions, les réalisations de la technique ou l'art. En considérant ce qui excède la vie, Simmel fait place à la négativité. Penser la mort à même la vie, c'est considérer la finitude, mais aussi la condition de la culture. La mort est ce qui sépare l'individu, qui rend les mondes partagés nécessaires. Et si, étant mortels, les êtres sont individuels, quelle serait la morale pour un individu séparé, sinon de tâcher de suivre sa propre loi ? Comment penser jusqu'au bout l'individualisme de notre modernité ?
C'est à peine si nous sommes les collaborateurs de notre amour , et c'est par cela même qu'il restera au-dessus des dangers banaux. Tâchons de connaître ses lois, ses saisons, son rythme et la marche des constellations à travers son vaste ciel étoilé". (Rilke à Merline, le 28 septembre 1920). Rainer Maria Rilke dessine à travers sa poésie amoureuse une géographie universelle de l'amour, des premiers regards échangés à la douleur de l'absence. Au-delà de l'expérience intime, à côté des grands poèmes métaphysiques où s'inscrit une métaphysique de l'amour, le poète s'adresse dans les poèmes réunis dans ce volume à la Bien-Aimée : femme multiple et unique, pensée (mais non rêvée), extrêmement proche et extrêmement lointaine en même temps, dans la figure de laquelle s'opère la transmutation du discours amoureux en discours poétique.
Anna Akhmatova (1889-1966) eut très tôt conscience d'avoir donné la voix aux femmes dans la poésie russe en leur " apprenant à parler de l'amour ". Dès ses deux premiers recueils Le Soir et Le Rosaire, parus en 1912 et 1914, elle devient une star avant la lettre, étant imitée par les jeunes femmes dans sa façon de s'habiller et de se coiffer, suscitant surtout une multitude de vocations poétiques et d'épigones durant des décennies, en dépit même de l'ostracisme officiel, de l'interdiction de publier qui la frappera en 1926-1939, puis de 1946 à 1958. Aujourd'hui encore, les jeunes mariées se voient offrir un livre de celle qui pour les russophones restera à jamais le chant même de l'amour. La nouveauté radicale d'Akhmatova, qui représentait aux côtés de Goumiliov et Mandelstam le mouvement acméiste appelé à rompre avec le flou métaphysique et formel du symbolisme, résidait moins dans la " déferlante amoureuse " de sa poésie que dans une poétique inédite. Ayant " puisé dans la prose russe du dix-neuvième siècle sa sensibilité morale, la vérité des motivations psychologiques ", elle fait de chaque poème un fragment de nouvelle ou de roman, une page arrachée à un journal intime, retraçant toutes les phases et situations de l'aventure amoureuse. " L'héroine lyrique, comme le notait dès 1923 le grand critique russe Boris Eichenbaum, est un oxymore incarné, tressant l'émouvant et le sublime au terrestre et à l'effrayant, la simplicité à la complexité, la sincérité à la malice et la coquetterie, la bonté à la colère, l'humilité monastique à la passion et la jalousie ".