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Critique N° 841-842, juin-juillet 2017 : Nous
Macé Marielle
MINUIT
13,50 €
Épuisé
EAN :9782707343659
Que dit-on lorsque l'on dit "nous" ? C'est une question qui engage nos identités, nos appartenances, nos désirs, nos combats. Qui nous ? Nous le peuple ? nous les femmes ? nous tous ? nous seuls ? nous deux ? -"nous deux encore", comme disait Henri Michaux ? Historiens, sociologues et philosophes se mobilisent ici pour une enquête sur les "nous" d'aujourd'hui, c'est-à-dire sur ce qui nous rassemble et ce qui nous divise. Ils réfléchissent au devenir du "nous" occidental, du "nous" moderne, du "nous" humain. Ils analysent les mobilisations récentes - ce qui s'est passé à "Nuit debout" notamment, quels "nous" s'y sont institués, éprouvés ou dispersés. Mais il revenait aussi à des écrivains d'entrer dans cette arène. Car à l'écoute de la langue la question s'infléchit ; elle n'invite plus à se demander qui est "nous", mais ce qu'est un "nous" : comment un sujet collectif se construit, se noue et se dénoue, comment on en abuse, comment on lui échappe pour mieux le reconstruire. Les efforts déployés dans ce numéro, coordonné par Marielle Macé, convergent vers une même leçon : "nous" est peut-être moins une affaire d'identité que d'affirmation d'une cause, de quelque chose à quoi tenir. La question n'est alors pas tant de déclarer qui l'on est que de se demander qui l'on sera si l'on s'assemble, d'éprouver ce que l'on pourra si l'on s'y met à plusieurs, et ce dont on ne veut plus.
Résumé : Occupy Wall Street, Indignés, Nuit Debout - plus que jamais la question est posée de définir la vie que nous souhaitons choisir et vivre. Une vie vécue est inséparable de ses formes, de ses modalités, de ses régimes, de ses gestes, de ses façons, de ses allures... qui sont déjà des idées. Le monde, tel que nous le partageons et lui donnons sens, ne se découpe pas seulement en individus, en classes ou en groupes, mais aussi en "styles", qui sont autant de phrasés du vivre, animé de formes attirantes ou repoussantes, habitables ou inhabitables, c'est-à-dire de formes qualifiées : des formes qui comptent, investies de valeurs et de raisons d'y tenir, de s'y tenir, et aussi bien de les combattre. C'est sur ce plan des formes de la vie que se formulent aujourd'hui beaucoup de nos attentes, de nos revendications, et surtout de nos jugements. C'est toujours d'elles que l'on débat, et avec elles ce sont des idées complètes du vivre que l'on défend ou que l'on accuse. Une forme de vie ne s'éprouve que sous l'espèce de l'engagement, là où toute existence, personnelle ou collective, risque son idée. Vouloir défendre sa forme de vie, sans tapage, en la vivant, mais aussi savoir en douter et en exiger de tout autres, voilà à quoi l'histoire la plus contemporaine redonne de la gravité. Bien au-delà du champ de l'art, Marielle Macé propose la construction critique d'une véritable stylistique de l'existence. Cela suppose de s'intéresser sans préjugé à tout ce qu'engagent les variations formelles de la vie sur elle-même - styles, manières, façons - et de ne pas traiter forcément de vies éclatantes, triomphantes, d'apparences prisées ou de corps élégants. Ce n'est pas seulement la littérature mais bien toutes les sciences humaines qui, pour comprendre le monde immédiat, sous nos yeux, doivent s'y rendre vraiment attentives.
Que faire du mélange de colère et de mélancolie que suscite en nous le traitement réservé aux migrants, cette humanité précarisée, avec tout ce qu'il peut avoir de paralysant, de sidérant ? S'appuyant sur diverses expériences et sur une analyse nourrie de ses lectures, Marielle Macé tente d'opérer un retournement. Elle oppose à la sidération la considération, qui n'exclut pas la compassion, ni la lutte. Tout en approfondissant le sens de ce mot, elle nous invite à risquer d'autres formes d'écriture politique de l'hospitalité.
Résumé : L'amitié est l'une des expériences les plus intenses et les plus précieuses de notre existence, un objet d'espoir et de joie, mais aussi, parfois, d'inquiétudes et d'interrogations. Pour la comprendre et la célébrer, Marielle Mace fait appel à des récits d'enfance, a la poésie contemporaine, au théâtre de Nathalie Sarraute, au cinéma d'Abbas Kiarostami, aux animaux, aux "faux-amis" de la langue... En partageant de nombreuses histoires et de profondes réflexions, en s'attachant à l'importance qu'ont, dans l'amitié, les jeux, les lieux, le temps qui passe, l'imperfection, en nous rappelant que le mot anglais pour dire "ami" , "friend" , et le mot allemand "Freund" (qui est presque le même), sont de la même famille que "free" , "frei" , qui signifient "libre" , l'autrice nous invite a comprendre l'amitié comme un lien qui libère, et a en éprouver les multiples facettes.
L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités, - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'Etat. Chaque thème est censé constituer un "plateau", c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.
Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.