Le rapport de Diderot au temps est profondément original : à bien des égards, il déconcerte une approche classique de son oeuvre ; à bien d'autres, il nous fait entrer d'emblée dans la profonde modernité de sa pensée et de ses pratiques d'écriture. C'est d'abord parce que le temps diderotien n'est ni seulement ni même proprement narratologique. Diderot réfléchit au temps long, se confronte à l'atemporalité pure de l'éternité théologique, s'engage dans le débat sur la postérité, médite sur les ruines, imagine la création et l'évolution des espèces. Il aime à s'installer dans la pluralité des temporalités : celle de l'ennui et celle du songe, celle de la conversation et celle de l'expérience, celle de l'imagination et celle de la poésie, celle de la peinture et celle du spectacle. Rarement chez Diderot le temps est donné de l'extérieur. Il est plutôt saisi dans le jeu entre action et réaction, et se mesure, s'appréhende alors, non sans interférences, en termes de passion, de caractère, de physiologie, de chimie, mais aussi de hiéroglyphe poétique. Dans le temps de la réaction, un report se fait : report de pensée, report d'altérité, par quoi l'oeuvre se dialogise et se défait comme oeuvre même pour devenir coopération des temporalités. Ce temps défait et projeté, fragmentaire et multiple, définit et oriente une pratique poétique qui est une herméneutique, une expérience esthétique qui est une expérience de la philosophie. C'est cette pratique et cette expérience que le présent ouvrage entend interroger.
Lojkine Jean ; Cours-Salies Pierre ; Vakaloulis Mi
La montée des mouvements sociaux depuis 1995 a redonné vie aux débats sur les luttes de classes en France. La thèse, qui n'est pas neuve, de la "moyennisation" de la société capitaliste, un grand groupe social regroupant ouvriers à statut et cadres supérieurs, ne rend pas compte de la montée des inégalités sociales. Mais peut-on encore parler du "prolétariat", d'un combat "classe contre classe" ? Le salariat se généralise et se différencie : un clivage réel existe entre professions intellectuelles et professions d'exécution, entre salariés protégés et salariés à statut précaire. Cet ouvrage collectif apporte des éléments de réflexion en reprenant en partie certains débats du Quatrième Congrès international Actuel Marx 2004.
L'écran se manifeste dans l'œuvre d'abord comme un objet concret : main sur un visage, voile devant une gorge, rideau de théâtre ou ciel de lit, paravent, porte entrebâillée, l'objet implique une mise en espace du texte, une formalisation du regard, l'installation d'un dispositif. L'objet concret révèle alors un jeu théorique fondamental : ce qui est caché, ce n'est pas ce qui se trouve immédiatement là derrière, c'est le processus même et les enjeux de la représentation. Si l'historien des brouillons et des archives achoppe face à l'énigme de la représentation, c'est que l'œuvre occulte nécessairement, ou déplace, les enjeux profonds qui l'ont motivée : quelque chose, au cœur de l'œuvre, fait écran. L'écran qui est représenté concrètement dans l'œuvre renvoie au processus abstrait de ce qui fait écran dans la représentation. Ce livre cherche à articuler ces deux niveaux, matériel et spatial d'une part, théorique et symbolique d'autre part. Selon les œuvres et les époques, les mêmes objets ne font pas écran de la même façon : coupure, enveloppe, projection, superposition, les déclinaisons de l'écran dessinent une histoire de la représentation.
Cet ouvrage explore comment l'art actuel, plus spécifiquement vidéo, permet d'interroger le rapport entre corps et images. La partie I décline les modalités d'influence de l'image et permet de remarquer que l'humain actuel est peuplé d'images. La partie II met en regard corps sensible et corps représenté à travers les traces fluctuantes du référent dans la représentation vidéo afin d'explorer le corps rêvé. La partie III montre le jeu entre la liaison et la déliaison du corps représenté avec le décor.