Finished, it's finished, nearly finished, it must be nearly finished. " Cette phrase d'ouverture d'Endgame illustre bien tout le paradoxe de la pièce, et du théâtre beckettien en général Simulacre de fin, prétexte à une parole qui s'enchevêtre dans sa propre élaboration, spectacle réglé au millimètre par des didascalies aussi envahissantes qu'improbables, l'univers de l'ensemble de Fin de partie est celui d'un monde où plus aucune illusion n'est possible, plus aucune parole n'est plausible. L'expérience du plateau et les enjeux de mise en scène portés par le texte constituent le premier repère central dans le parcours que la pièce impose ses lecteurs, ses spectateurs et ses critiques. La manière dont Fin de partie devint Endgame, dans une traduction assurée par Beckett lui-même, et les choix imposés à la fois par les spécificités des deux langues et par les visées d'un texte de nature avant tout théâtrale constituent le second versant d'étude et d'analyse privilégié par le présent ouvrage, qui mêle donc les analyses universitaires de spécialistes de Beckett et de sa mise en scène, les témoignages et commentaires des metteurs en scène européens et américains et les études des processus d'auto-traduction dans le passage du français à l'anglais, avec l'émergence de référents spécifiquement anglophones, afin de permettre aux étudiants de l'agrégation d'anglais d'aborder la pièce dans toute sa richesse.
Delphine Lemonnier-Texier est maître de conférences au département d'anglais (études shakespeariennes et théâtre anglophone) de l'université de Rennes 2 - UEB. Geneviève Chevallier est maître de conférences en études anglophones et membre du CRHI, uiversité de Nice-Sophia Antipolis. Brigitte Prost est maître de conférences en études théâtrales à Rennes 2 - Université européenne de Bretagne.
Lucet Sophie ; Proust Sophie ; Lemonnier-Texier De
Comment les traces et les archives sont-elles pensées et manipulées par les artistes dans leurs processus de création et une lois les créations achevées ? Comment les chercheurs s'emparent-t-ils à leur tour de ces traces pour écrire 1 histoire du spectacle vivant ? Cet ouvrage, rassemblant artistes et chercheurs, développe une réflexion sur la nature et les usages des traces de la création (documents ou archives) et sur les héritages et les modalités de transmission contenus au sein même des oeuvres, qu'il s'agisse ou non de s'inscrire dans un principe de filiation ou de rejouer la tradition pour envisager le plus contemporain. En effet, si la mémoire est devenue, depuis la deuxième moitié du XXe siècle, et notamment avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, une perspective incontournable et indissociable de la condition postmoderne, elle semble cependant avoir déjà connu trois âges dans le domaine des arts aussi bien que dans celui des sciences humaines et sociales : le temps de la mémoire des origines, sur les scènes comme au sein des écritures dramatiques (années 1960) ; le temps du partage des mémoires, avec des études sur le phénomène de l'inflation mémorielle et l'intégration des souffrances communautaires au sein des arts alors vécue comme une nouvelle possibilité d'accès au réel (années 1980) ; et le temps de la célébration de la trace, en raison de l'essor des études génétiques du spectacle et de l'archive vécue comme ferment de nouvelles inventions dans le monde artistique (années 2000).
La tragédie de Coriolan est l'une des pièces les moins connues et les plus ardues du canon shakespearien. Pourtant, c'est aussi l'une de celles qui donnent lieu aux débats les plus fertiles parmi spectateurs et critiques, et l'histoire de ses mises en scène est riche et polémique. La dernière adaptation en date au théâtre du Globe (2006) est présente dans cet ouvrage par la voix de son metteur en scène et de son acteur principal, aux côtés d'éclairages critiques apportés par des enseignants chercheurs européens spécialistes de Shakespeare. Pièce parcourue par la figure de l'antithèse, Corolian présente un héros tragique tour à tour haï et adoré par la foule, un héros aux dimensions mythiques mais profondément humain qui de bourreau devient victime. Afin de rendre accessible aux étudiants du CAPES et de l'Agrégation d'anglais, mais aussi à un plus large public, l'extraordinaire richesse de cette pièce protéiforme et de son héros à la fois si proche et si lointain, cet ouvrage en propose onze lectures à la lumière des outils d'analyse les plus récents en matière de critique shakespearienne. Le parcours proposé présente notamment la pièce dans le contexte politique de son créateur et de ses premiers spectateurs, et interroge la théâtralisation du politique qui se fait jour. Les thématiques majeures de Corolian sont ici abordées et déchiffrées dans des contributions à la fois éclairantes et stimulantes.
Spécialement conçu pour la préparation de la nouvelle épreuve de traduction du CAPES externe d'anglais assortie d'une explication de faits de langue, cet ouvrage s'adresse également aux étudiants de Licence, de Master et de l'Agrégation soucieux de travailler la traduction en lien avec la linguistique ou la grammaire. L'ouvrage se présente comme un manuel et adopte une démarche pédagogique : il propose 12 textes de version et 12 textes de thème classés par ordre croissant de difficulté, leur traduction commentée et des explications approfondies sur des faits de langue spécifiques. Il peut être utilisé en complète autonomie, à raison d'un texte à travailler par semaine, ou bien pour des révisions intensives dans la perspective immédiate des écrits du concours. L'activité de traduction et l'approche grammaticale et linguistique ne sont pas juxtaposées, elles dialoguent et s'enrichissent mutuellement, permettant de fournir à l'étudiant une perspective éclairante sur la résolution des difficultés de traduction présentées par les textes. Les auteurs sont tous agrégés d'anglais, et ils enseignent le thème, la version, ou la linguistique en licence et en préparation CAPES ou Agrégation depuis plusieurs années.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?
Pourquoi établir des liens entre des images de films radicalement différents, au-delà des auteurs, des pays et des époques ? Parce que ces images convoquent des motifs visuels qui hantent le cinéma depuis ses origines : la fenêtre, la nuque, l'escalier, le miroir, le labyrinthe, le téléphone, le chat, le cri, et tant d'autres... Ces motifs ont des affinités profondes avec le langage et le récit cinématographiques. Ils sont de ce fait universels, pluriels, ambigus, et chaque cinéaste est incité à les adopter, les transformer et les réinterpréter. Les motifs de cinéma ont une grande agilité à se mouvoir : migrer d'un film à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, d'une époque à une autre. Par le jeu des reprises et des différences, ils imprègnent la mémoire émotionnelle du spectateur et ouvrent une nouvelle perspective à l'histoire du cinéma. Les soixante motifs analysés et le millier de films cités donnent la mesure de l'impact visuel et narratif de ces images séminales, souvent reliées à la tradition picturale. Ce livre établit des liens comparatifs entre des créateurs qui ont confronté leur art à un même motif, permettant ainsi d'identifier leur singularité, leur rapport intime et personnel à ce motif, et leur rapport à l'histoire commune des images cinématographiques. Une des ambitions principales de cette riche collection de textes, adossés à des photogrammes choisis par les auteurs eux-mêmes, est de susciter l'émergence d'une possible théorie du motif en cinéma.
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la liberté de conscience a été conçue, en latin et dans une poignée de langues européennes, comme une possibilité de croire, de changer de croyance ou de ne pas en avoir. Elle a ainsi reçu une acception distincte de celle de la liberté religieuse ou de la liberté de religion. Lors de son inscription dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée sans vote négatif par l'assemblée générale des Nations Unies en décembre 1948, ce droit individuel a néanmoins suscité des réserves ou oppositions qui ont empêché sa déclinaison constitutionnelle par des Etats membres. Une génération plus tard, la contestation de la liberté de conscience s'est trouvée renforcée au nom de la reconnaissance de sensibilités culturelles différenciées, au nom d'une lutte contre l'apostasie - parfois associée au blasphème ou à l'insulte contre des religions - ou au nom de la défense de l'unité d'un corps. Cette enquête historique s'inscrit dans le temps long des sociétés humaines. Etablie sur des sources linguistiques diverses, elle vise à saisir l'émergence d'une notion au sein de communautés spécifiques, du Bassin méditerranéen à la Chine et à l'Amérique, à comprendre les motifs d'adhésion et de rejet formulés par plusieurs centaines d'auteurs, à déterminer les modalités d'expansion de cette liberté, de sa traduction dans des langues qui n'en avaient pas dessiné les contours, ainsi qu'à appréhender les ressorts des remises en question contemporaines. Explorant, entre autres, les registres de la philosophie, de la théologie et du droit, cette recherche met en exergue la force et la fragilité d'une des libertés fondatrices de la modernité, historiquement située, louée ou décriée. Préface de Yadh Ben Achour
Epiphénomènes d'une mutation sociétale, fruit de l'économie numérique, les tiers-lieux interpellent les décideurs publics territoriaux sur l'attitude à adopter, de l'intérêt bienveillant à une tutelle complète. L'ouvrage réunissant une équipe pluridisciplinaire de chercheurs présente un matériau empirique original sur cette réalité émergente, encore mal connue : celle de la multiplication des tiers-lieux dans les villes et hors des centres métropolitains. Il pose de nouvelles questions, encore peu traitées dans la littérature, en s'intéressant à la trajectoire sociale des fondateurs d'espaces de coworking, aux nouvelles manières des jeunes générations de travailleurs du numérique de conjuguer leurs aspirations de liberté et d'épanouissement dans les domaines professionnel et privé, ainsi qu'à leurs nouveaux rapports à la collaboration, au travail, au territoire, à la mobilité et aux questions écologiques.