Des photographes explorateurs à l'assaut de mondes inconnus : ce livre conjugue deux moments inauguraux au coeur du XIXe siècle, l'essor du reportage photographique et les découvertes de territoires et de peuples quasi ignorés des Occidentaux. À travers quelque 220 photos, et textes à l'appui, est ici restituée l'oeuvre aussi spectaculaire que rocambolesque de 30 explorateurs français. Elles ont été choisies parmi plus de 100 000 photographies de fonds prestigieux, méthodiquement consultés pour la première fois (Société de géographie, Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale, Musée de l'homme, ministère des Affaires étrangères...). L'on retrouvera ici : Victor Segalen, poète photographe dans les steppes de l'Asie centrale ; Alexandra David-Neil au Tibet ; Charles Édouard Hocquard, médecin humaniste en Indochine ; Désiré Charnay, à Madagascar, mais qui fut aussi le premier à photographier les vestiges de la civilisation Maya ; Charcot à la conquête des pôles... Et bien d'autres encore, sans oublier... Arthur Rimbaud, dont on découvrira le parcours photographique absolument méconnu en Abyssinie.
À la fin du XIXe siècle, des dizaines d'expéditions scientifiques européennes se sont lancées à l'assaut de la dernière tache blanche des cartes de géographie: la légendaire forêt amazonienne. Au prix d'exploits insensés, conduits par une foi sans limites clans les bienfaits du progrès, ces explorateurs - comme les Français Coudreau et Crevaux, l'Allemand Steinen ou l'Italien Boggiani - ont relevé les cours des mille affluents de l'Amazone, identifié plantes et animaux inconnus, rencontré des tribus indiennes dont personne ne soupçonnait l'existence. C'est d'abord cette épopée que retrace Antoine Lefébure dans ce livre, illustré de superbes clichés d'époque, exhumés des bibliothèques et musées d'ethnographie. Mais il donne aussi à voir, en textes et en images, dans ses délires et atrocités, la phase de reconquête du "continent vert" au début du XXe siècle: étonnante aventure du colonel brésilien Rondon qui pacifia des dizaines de tribus hostiles pour installer en pleine forêt près de 5 000 km de lignes télégraphiques, fièvre du caoutchouc qui devait enrichir des villes comme Manaus et surtout réduire en esclavage les populations indiennes, construction du chemin de fer au cour de l'"enfer vert" dont on raconte que chaque traverse représente un cadavre d'ouvrier... Grâce à une iconographie originale, grâce aussi aux regards singuliers de l'écrivain Michel Braudeau et de l'ethnologue Patrick Menget, c'est une "autre Amazonie" que ce livre nous invite à découvrir, celle d'Indiens tour à tour idéalisés, diabolisés, considérés comme gênants ou comme une main-d'?uvre à bas prix. Des Indiens qui luttent aujourd'hui pour préserver leurs cultures traditionnelles et qu'il s'agit de protéger contre les modèles destructeurs de la civilisation moderne.
Quand Charles Havas fonda, en 1835, l'agence qui porte son nom, il était loin de se douter qu'il venait de créer une institution promise à jouer un rôle capital dans le système politico-financier de la France moderne. Depuis près de deux siècles, en effet, Havas est au centre de ce système nerveux qu'est le monde de la communication. Un monde où le pouvoir rencontre quotidiennement l'argent afin de gérer cette matière première si volatile, si décisive, qu'est l'information. Ce livre se propose ainsi de décrire à travers l'histoire d'une institution les coulisses de ce monde-là. De la "réclame" du Second Empire à la création de Canal +, de la propagande impériale à celle de l'Etat vichyste, des premiers médias au plan cable, voici l'aventure de la communication en France, et la description quasi romanesque de ses principaux acteurs. On y verra, au passage, comment et pourquoi les mêmes erreurs, les mêmes tentations, les mêmes enjeux gouvernent secrètement ce secteur idéologique et industriel.
Cet ouvrage analyse à la fois les partis dans la démocratie délibérative et la démocratie délibérative dans les partis. L'impératif délibératif, élément d'une rhétorique modernisatrice, produit des effets limités et contrastés. Les contributions ici rassemblées en restituent les usages en les replaçant toujours dans leur contexte. Ces dispositifs sont souvent instrumentalisés par les dirigeants pour contourner des pratiques établies et renforcer leur pouvoir mais ils contribuent dans le même temps à une redéfinition des répertoires militants.
Il aura fallu la révolte du jeune Edward Snowden, informaticien travaillant pour la National Security Agency (NSA) américaine, pour que le monde entier découvre l?étendue de la surveillance menée en secret par les États-Unis. Écoutes téléphoniques, interception d?e-mails, espionnage d?entreprises et de gouvernements alliés: depuis juin 2013, Edward Snowden, puis ses relais Glenn Greenwald, blogueur britannique, et Laura Poitras, documentariste américaine, ont distillé dans la presse internationale les documents les plus secrets de la première puissance mondiale. Créant un mouvement d?indignation parmi les citoyens, ces révélations poussent les gouvernements à s?interroger: la sécurité nationale est-elle la seule finalité des écoutes de la NSA? Comment et pour qui travaille l?agence américaine? Pourquoi la NSA emploie-t-elle les multinationales américaine à faire d?internet un espace de surveillance généralisée? Relatant les dessous méconnus de cette incroyable histoire, ce livre permet de comprendre les motivations de ses acteurs, l?enjeu des secrets révélés et leurs conséquences sur la marche du monde.
Narcisses pathologiques mégalomanes, prêts à tout pour réussir, Narcisses vulnérables, hypersensibles à la critique, dissimulant leur désir de toute-puissance derrière une façade d'humilité, les Narcisses sont de tous les fronts et font recette. Pour s'en prémunir, il faut pouvoir les reconnaître : Marie-France Hirigoyen propose ici une grille de lecture explicite et salutaire. Dans un monde toujours plus compétitif, les Narcisse occupent des positions de pouvoir au sein des affaires ou des médias, voire à la tête des Etats. Certains observateurs, confondant narcissisme et confiance en soi, considèrent que le renforcer permettrait d'affronter les maux de l'époque. Pourtant, les " psys " dénoncent régulièrement le rôle désastreux du narcissisme ambiant sur leurs patients : solitude, souffrance au travail, désordres amoureux... Pour comprendre cette réalité paradoxale, Marie-France Hirigoyen propose une enquête détonante nourrie de sa clinique. Elle pointe la confusion entre le narcissisme sain, qui permet d'avoir suffisamment confiance en soi pour s'affirmer, et le narcissisme pathologique consistant à se mettre en avant aux dépens des autres. Elle reprend la genèse de ce concept dans la psychanalyse freudienne, puis dans la psychanalyse américaine, qui l'a transformé en mettant l'accent sur l'" estime de soi " - participant ainsi d'un glissement de sens emblématique. Emaillé de nombreuses études de cas, histoires et récits de vie, ce livre explique ainsi de manière vivante et originale les dérives du monde moderne, où de plus en plus d'individus sont centrés sur eux-mêmes, " scotchés " à leurs écrans, " accros " aux réseaux sociaux pour se valoriser et exister uniquement dans le regard de l'autre. Mais il invite aussi, grâce à un dialogue renouvelé entre psychanalyse et sociologie, à mieux comprendre les traits narcissiques pour contrer l'ascension des Narcisse tout-puissants. Un projet indispensable pour notre avenir commun.
Pourquoi la question migratoire est-elle aujourd'hui réduite, en Europe, à cette notion de crise ? Dans un contexte de tensions politiques, de débats médiatiques véhiculant souvent des catégories d'analyse impropres ou erronées, l'ouvrage se propose de faire le point sur les enseignements que ladite crise a révélé en termes de nouvelles pratiques, et de logiques latentes. Les événements survenus en Méditerranée au cours de l'année 2015, communément qualifiés de " crise des migrants ", ont bien constitué le révélateur d'une crise profonde en Europe. Mais de quelle " crise " parlons-nous ? Pourquoi le fait migratoire est-il aujourd'hui le plus souvent réduit, en Europe, à cette notion ? Pour les auteur. e. s de cet ouvrage, l'utilisation de ce terme reflète avant tout le refus des Etats européens d'intégrer les dimensions contemporaine et internationale d'un phénomène qu'il est illusoire de prétendre enrayer et qui ne peut au demeurant être qualifié ni de nouveau ni d'imprévisible. Cette attitude de déni se traduit par une gestion meurtrière des frontières et le renoncement au principe de solidarité entre Etats membres qui est supposé fonder l'Union européenne. Elle met en évidence la véritable crise, celle de l'accueil. Grâce à un éclairage pluridisciplinaire, cet ouvrage se propose de faire le point sur ce que la " crise " nous apprend, en termes de nouvelles pratiques et de logiques latentes.
Composée de plus de 1,3 milliard d'habitants, la société chinoise fascine ou effraie. Depuis 1949, elle a connu l'arrivée des communistes au pouvoir, le maoïsme, les réformes à partir de Deng Xiaoping et la reprise en main du pays dès 2013 par Xi Jinping. De manière inédite dans l'histoire du capitalisme, elle concilie un libéralisme économique d'Etat et un régime officiellement de " dictature démocratique du peuple ". Concrètement, comment la Chine en est-elle arrivée à cette modernité contrastée et quels sont les effets d'un régime autoritaire sur les différentes strates de la société chinoise ? La trame chronologique suivie dans ce livre permet d'analyser la société chinoise sous de multiples angles : éducation, travail, santé, appartenance ethnique, migrations, rapports hommes-femmes, jeunesse, religion, inégalités sociales, mouvements de contestation, questions sociales et environnementales. Les nombreux encadrés apportent des éclairages précis et des données récentes sur des aspects souvent méconnus de la société et de ses acteurs, au-delà des clichés sur la modernisation chinoise en ce début de XXIe siècle.
Harper Kyle ; Pignarre Philippe ; Rossignol Benoît
Comment Rome est-elle passée d'un million d'habitants à 20 000 (à peine de quoi remplir un angle du Colisée) ? Que s'est-il passé quand 350 000 habitants sur 500 000 sont morts de la peste bubonique à Constantinople ? On ne peut plus désormais raconter l'histoire de la chute de Rome en faisant comme si l'environnement (climat, bacilles mortels) était resté stable. L'Empire tardif a été le moment d'un changement décisif : la fin de l'Optimum climatique romain qui, plus humide, avait été une bénédiction pour toute la région méditerranéenne. Les changements climatiques ont favorisé l'évolution des germes, comme Yersinia pestis, le bacille de la peste bubonique. Mais "les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d'une écologie des maladies qui ont assuré leur perte". Les bains publics étaient des bouillons de culture ; les égouts stagnaient sous les villes ; les greniers à blé étaient une bénédiction pour les rats ; les routes commerciales qui reliaient tout l'Empire ont permis la propagation des épidémies de la mer Caspienne au mur d'Hadrien avec une efficacité jusque-là inconnue. Le temps des pandémies était arrivé. Face à ces catastrophes, les habitants de l'Empire ont cru la fin du monde arrivée. Les religions eschatologiques, le christianisme, puis l'islam, ont alors triomphé des religions païennes.