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Le journal d'Ithaque
Leclair Yves
PART COMMUNE
13,00 €
Épuisé
EAN :9782844182425
Très tôt, dans ma vie d?enfant qui vécut à la campagne et au bord de la mer, j?ai ressenti cette contradiction d?un ici ailleurs et d?un ailleurs ici. Au vrai, j?ai une affection particulière pour tous les poètes de l?exil dont mon plus proche voisin Joachim du Bellay qui vécut à une quarantaine de kilomètres d?où je vous écris, en Anjou, fut l?un des plus émouvants témoins, pris entre l?amour d?une terre en même temps que par le sentiment d?y être finalement toujours plus ou moins exilé. Comme si au bout du compte, à l?aune universelle de la mort, nous étions tous des voyageurs sans titre, naufragés involontaires entre les deux rives de l?ici et l?ailleurs, ignorant l?origine et la fin, même si, parfois, lors de nos pérégrinations sur cette terre, des lieux, des moments ou des visages peuvent nous faire croire à une Ithaque, à quelque îlot paradisiaque, à l?utopie d?un royaume, quand tout ne serait, comme disait l?antique poète chan, qu?ombre et fumée. Journal d?Ithaque relate en dizains au jour le jour, quatre-vingt-dix-neuf minuscules odyssées depuis les bords de la Loire jusqu?à la mer Egée vers autant de belles vues, sachant que, pour le passant ordinaire en ce bas monde, chaque chose, chaque être peut devenir une Ithaque où accoster.
Résumé : Ce recueil de poèmes en prose est fait de petits riens de la vie : fragments de lettres, souvenirs, moments de grâce, bribes de conversation, impressions de voyages, cartes postales, prières, pensées ; ils composent une manière de journal poétique de haute tenue, où l'on "surprend" de-ci, de-là, entre "apparitions" et "disparitions" , des appels, des images et des échos, non seulement du septième ciel, mais de cette "autre vie" que le paradis promis ou l'au-delà spirituel figurent. Cest simplement beau, délicat, coloré comme un vitrail.
Ces carnets d'une "Chine pyrénéenne", nourris de lectures et de silence méditatif, évoquent les paysages de Wang Wei ou Hiroshige, les grands tableaux de Soulages, le Petit traité de la marche en plaine de Gustave Roud, la "leçon de maintien" du héron, ou l'emploi du temps des hirondelles. A la question: que fais-tu ? L'auteur répond : "je contemple. Quelque chose d'autre se fait en moi. Je disparais dans le décor." En compagnie des poètes orientaux, d'André Dhôtel ou de Yeats, Yves Leclair nous rappelle que nous dormons "dans la paume d'un Dieu qui rêve". Entre les bords de Loire et ses retraites pyrénéennes, Yves Leclair compose, loin des foules, une ?uvre fertile et mesurée, alternant les exercices d'admiration et la poésie familière. Il est aussi l'éditeur, au Mercure de France, des ?uvres complètes de Pierre-Albert Jourdan.
Résumé : Pierre-Albert Jourdan (1924-1981) fut sans doute l'un des érivains les plus effacés de ce siècle paradeur. Ami des poètes prestigieux de notre temps comme des oeuvres essentielles, fussent-elles les plus secrètes, cet homme ordinaire peu ordinaire pratiqua durant toute sa vie la lecture, la peinture et l'écriture. Esprit radicalement libre, il créa sa revue (Port-des-Singes), publia peu, écrivit beaucoup, laissant une oeuvre riche et lumineuse, mesurée, intime. Deux volumes rassemblant ses écrits ont paru au Mercure de France : Les sandales de paille (préf. Yves Bonnefoy, 1987) et Le Bonjour et l'Adieu (préf. Philippe Jaccottet, 1991).
Maître du théâtre symboliste, Maurice Maeterlinck (1862-1949), prix Nobel de littérature en 1911, fut aussi un passionnant auteur naturaliste. Célèbre pour ses ouvrages sur les abeilles, les fourmis ou les termites, son Intelligence des fleurs (1907) est inexplicablement moins connu. Passionné de botanique et grand amateur de jardinage réalisant ses propres boutures, Maeterlinck entraîne le lecteur à la découverte de la vie secrète des plantes et des fleurs, dont il révèle les trésors d'intelligence et d'ingéniosité faisant appel aux lois de la mécanique, de la balistique et de l'aérodynamique. Pour lui, la fleur est non seulement l'organe de la reproduction, mais aussi celui de la vie et de la beauté. En refermant ce livre, on ne peut plus porter le même regard sur la nature qui nous entoure, qu'elle soit sauvage ou cultivée. Traité de sagesse, de simplicité, de bonheur, rehaussé d'encres et d'aquarelles inédites de Cécile A. Holdban, L'intelligence des fleurs est un hymne à la beauté du monde et de la nature, dont il est peut-être temps de refaire l'apprentissage, en acceptant d'y retrouver l'humble place qui est la nôtre. Candide disait qu'il fallait cultiver son jardin. Maeterlinck nous invite à l'observer avec une patience émerveillée.
De leur rencontre en 1846 dans l'atelier du sculpteur James Pradier, jusqu'à leur rupture violente en 1854, Gustave Flaubert et Louise Colet échangèrent d'innombrables lettres. Quoi que l'une des plus belles correspondances amoureuses de la littérature, cet ensemble n'a inexplicablement jamais fait l'objet d'une publication isolée. Ces lettres accompagnent par ailleurs la germination de Madame Bovary. Flaubert, qui est encore un tout jeune homme de 25 ans quand il rencontre la belle et brillante Louise Colet, d'une dizaine d'années son aînée, y apparaît tour à tour tendre, malicieux, tourmenté par les " affres de la création " ou savoureusement paillard. Lire ces lettres, c'est découvrir la vraie nature humaine et littéraire de Flaubert, l'extraordinaire liberté de son génie et son tempérament passionné. C'est surtout s'initier à ce qui constitue sans doute l'un de ses chefs-d'?uvre : sa correspondance !
J'aurais pu t'aimer d'une façon plus agréable pour toi. - Me prendre à ta surface et y rester. - C'est longtemps [ce] que tu as voulu. Eh bien non. J'ai été au fond. - Je n'ai pas admiré ce que tu montrais, ce que tout le monde pouvait voir, ce qui ébahissait le public. J'ai été au-delà et j'y ai découvert des trésors. Un homme que tu aurais séduit et dominé ne savourerait pas comme moi ton c?ur aimant jusqu'en ses plus petits angles. " À Louise Colet, 6 juillet 1852.
Publiés respectivement en 1917 et 1919, ces deux articles, qui sont à l'origine des commandes, célèbrent deux auteurs américains dont on commémore les centenaires respectifs. S'ils font aujourd'hui figures de classiques, il n'en était pas de même un siècle plus tôt. Et c'est là que la sagacité de Virginia Woolf montre toute son ampleur et sa justesse. Critique subtile, pénétrante, percutante, elle sait saisir le sens d'une oeuvre, ses fondations comme ses ramifications. Sa grande finesse psychologique, son érudition et sa recherche formelle, qui font d'elle l'une des plus grands écrivains de langue anglaise, sont ici au service de deux auteurs, deux oeuvres, dont les préoccupations peuvent, au prime abord, paraître éloignées des siennes, mais qui la rejoignent dans la revendication d'une liberté, d'une libération conquise de haute main.