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Les révolutions du capitalisme
Lazzarato Maurizio
EMPECHEURS
21,00 €
Épuisé
EAN :9782846711043
Le capitalisme pourrait bien se transformer plus vite que ses adversaires, les laissant toujours en retard d'une époque. C'est le sentiment que l'on peut avoir à observer la manière dont certains répètent les analyses marxistes ou celles, symétriques, des économistes classiques. En se différenciant en un capitalisme de l'invention, préoccupé par la captation de la " coopération entre cerveaux ", d'une part, et un capitalisme de la reproduction, souvent réimplanté dans les pays pauvres, d'autre part, le capitalisme a changé. Cela ne peut pas être sans conséquences sur la manière de s'opposer à lui. Comment rendre compte des concepts de travail, de production, de consommation, de communication, d'information et de coopération en assumant que le capitalisme n'est pas un " mode de production " (Marx), mais une production de mo(n)des ? Comment sortir de la double impasse de l'individuel et du collectif avec laquelle les théories libérales comme les théories socialistes ont pensé la " production de subjectivité " ? Comment traduire le concept de multiplicité en politique ? Comment penser le conflit non plus à partir de la contradiction dialectique, d'un dualisme de classes ou d'une division ami/ennemi, mais de la logique de l'incompossible (Leibniz) qui régit un monde où les possibles bifurquent et coexistent à la fois (Borges) ? En utilisant la boîte à outils de la sociologie de " la différence et la répétition " (Gabriel Tarde), de la philosophie de l'événement (Deleuze et Bakhtine) et une théorie du pouvoir comme action sur des actions possibles (Foucault).
La dette, tant privée que publique, semble aujourd'hui une préoccupation majeure des "responsables" économiques et politiques. Dans La Fabrique de l'homme endetté, Maurizio Lazzarato montre cependant que, loin d'être une menace pour l'économie capitaliste, elle se situe au coeur même du projet néolibéral. A travers la lecture d'un texte méconnu de Marx, mais aussi à travers la relecture d'écrits de Nietzsche, Deleuze, Guattari ou encore Foucault, l'auteur démontre que la dette est avant tout une construction politique, et que la relation créancier/débiteur est le rapport social fondamental de nos sociétés. La dette ne saurait se réduire à un dispositif économique; c'est également une technique sécuritaire de gouvernement et de contrôle des subjectivités individuelles et collectives, visant à réduire l'incertitude du temps et des comportements des gouvernés. Nous devenons toujours davantage les débiteurs de l'Etat, des assurances privées et, plus généralement, des entreprises, et nous sommes incités et contraints, pour honorer nos engagements, à devenir les "entrepreneurs" de nos vies, de notre "capital humain"; c'est ainsi tout notre horizon matériel, mental et affectif qui se trouve reconfiguré et bouleversé. Comment sortir de cette situation impossible? Comment échapper à la condition néolibérale de l'homme endetté? Si l'on suit Maurizio Lazzarato dans ses analyses, force est de reconnaître qu'il n'y pas d'issue simplement technique, économique ou financière. Il nous faut remettre radicalement en question le rapport social fondamental qui structure le capitalisme: le système de la dette.
Résumé : La pensée de Gabriel Tarde (1843-1904) a connu, en France, un long cheminement, le plus souvent minoritaire, dont l'aboutissement le plus récent est l'?uvre de Deleuze et Guattari. Ce livre montre l'actualité de la psychologie économique tardienne qui pourrait bien constituer la meilleure boîte à outils pour interroger les transformations du capitalisme contemporain. La renaissance de la philosophie de la différence, dont Tarde est l'un des principaux précurseurs, s'est affirmée autour de 1968. Mais elle s'est alors confrontée à l'économie politique avec beaucoup de prudence : le terrain était occupé par le marxisme dont le dépassement posait de redoutables problèmes politiques et théoriques. Maintenant que la question du socialisme a traversé une crise aiguë, l'heure de Tarde pourrait bien enfin sonner. Au moment où tout le monde parle de l'importance de la psychologie en économie, encore faut-il disposer d'outils théoriques qui permettent de sortir de la banalité.
Dans ses précédents livres, Maurizio Lazzarato s'était attaché à proposer une analyse socio-économique du conflit des intermittents, afin de mettre au jour son potentiel de subversion et de critique radicales du paradigme néolibéral du capitalisme contemporain. Afin de saisir ce que la grille socio-économique laisse inévitablement échapper, il met ici en ?uvre pour analyser ce conflit d'autres approches - dont la critique sociale en France n'a pas encore bien mesuré la pertinence politique et la fécondité heuristique: celles qu'ont élaborées, au cours des années 1960 et 1970, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Félix Guattari ou encore Michel de Certeau, mais aussi les intuitions et les anticipations de Marcel Duchamp et de Franz Kafka sur ce qu'on pourrait appeler un "nouveau partage du sensible". Dans la "grande transformation" que nous sommes en train de vivre, il s'agit d'appréhender la difficulté qu'il y a à articuler l'analyse et les modes d'organisation fondés sur les grands dualismes du capital et du travail, de l'économie et du politique, avec l'analyse et les modes d'organisation expérimentés à partir des années 1968, selon une logique de la multiplicité, qui agit souterrainement, transversalement et à côté desdits dualismes. Ce livre voudrait ainsi contribuer à tracer et à travailler quelques pistes pour remédier à l'impuissance qui découle de cette difficulté - qui est aussi une impasse politique.
Experts, hommes politiques et éditorialistes sont unanimes : la dette qui grève les finances publiques entrave la croissance, fait exploser le chômage. Les États doivent à tout prix se désendetter s'ils veulent rassurer les marchés et retrouver le chemin de la prospérité. Le diagnostic de Maurizio Lazzarato est tout autre : la dette, dans le système capitaliste, n'est pas d'abord une affaire comptable, une relation économique, mais un rapport politique d'assujettissement et d'asservissement. Elle devient infinie, inexpiable, impayable, et sert à discipliner les populations, à imposer des réformes structurelles, à justifier des tours de vis autoritaires, voire à suspendre la démocratie au profit de "gouvernements techniques" subordonnés aux intérêts du capital. La crise économique de 2008 n'a fait qu'accélérer le rythme de formation d'un "nouveau capitalisme d'Etat", qui organise une gigantesque confiscation de la richesse sociale par le biais de l'impôt. Dans un inquiétant retour à la situation qui a précédé les deux guerres mondiales, l'ensemble du procès d'accumulation est tout entier gouverné par le capital financier, qui absorbe des secteurs qu'il avait jusqu'alors épargnés, comme l'éducation, et qui tend à s'identifier avec la vie même. Face à la catastrophe en cours et au désastre qui s'annonce, il est urgent de sortir de la valorisation capitaliste, de nous réapproprier nos existences, savoir-faire, technologies et de renouer avec le possible en composant, collectivement, un front du refus.
Lowenhaupt Tsing Anna ; Pignarre Philippe ; Stenge
Anna Tsing parcourt les forêts tropicales indonésiennes ravagées par le capitalisme. L'affrontement suppose des alliances étonnantes entre indigènes habitant les forêts, ONG internationales et étudiants défenseurs de l'environnement. Ne nous laissons pas intimider par l'idée d'une globalisation invincible. C'est la friction avec une surface qui fait qu'une roue tourne ; envoyée en l'air, elle ne va nulle part. La friction de deux morceaux de bois produit de la chaleur et de la lumière ; un morceau de bois seul n'est qu'un morceau de bois. Sans friction, pas de mouvement, pas d'action, pas d'effet. Mettant en cause l'idée qui veut que la globalisation signifie le choc des cultures, l'anthropologue Anna Tsing fait de la friction une métaphore des multiples imbroglios socio-épistémiques qui font voyager partout dans le monde ce à quoi nous attribuons le pouvoir de globaliser ce monde. Tsing a parcouru les forêts tropicales indonésiennes où le capitalisme a redessiné les paysages en les transformant en zones-frontières où entrepreneurs légaux et illégaux s'emparent des terres des peuples indigènes, exploitant et détruisant sans vergogne toutes les ressources. En réaction, des mouvements environnementalistes ont pris la défense des forêts et des populations qui y vivent. L'affrontement mobilise des scientifiques, des opérateurs de la finance internationale, des idéaux d'émancipation ou de défense de la nature, comme aussi de prospérité par le développement. Mais cet affrontement ne traduit pas le heurt local d'enjeux valables partout. Ce qui anime les épargnants canadiens, les investisseurs des pays dits développés, les industries prédatrices, les experts des agences internationales, les anciens des villages de Bornéo, les étudiants de Djakarta amoureux de la nature, n'est ni local ni global mais toujours pris dans des reprises locales particulières de ce qui se présente comme cause globalement reconnue. Même ceux qui font alliance pour défendre la gestion communautaire des forêts le font pour des raisons différentes, souvent sur la base de malentendus. Mais ces malentendus sont justement parfois ce qui permet de gagner. Plutôt que de se laisser fasciner par le spectre d'une globalisation invincible, Anna Tsing appelle à une attention pragmatique à des collaborations engagées, situées, qui tirent leur force de références globales tout en les particularisant. Anna Tsing renouvelle les méthodes de l'ethnographie. Elle multiplie les modes d'approches qui permettent de saisir le rôle, fructueux ou désastreux, des différences culturelles dans le processus même de ce que l'on appelle trop facilement la globalisation. Elle nous offre un récit politique, ethnographique et poétique bouleversant.
Les animaux ont bien changé au cours des dernières années. Les babouins mâles qui semblaient tellement préoccupés de hiérarchie et de compétition nous disent à présent que leur société s'organise autour de l'amitié avec les femelles. Les corbeaux, qui avaient si mauvaise réputation, nous apprennent que, quand l'un d'eux trouve de la nourriture, il en appelle d'autres pour la partager. Les moutons, dont on pensait qu'ils étaient si moutonniers, n'ont aujourd'hui plus rien à envier aux chimpanzés du point de vue de leur intelligence sociale. Et nombre d'animaux qui refusaient de parler dans les laboratoires behavioristes se sont mis à entretenir de véritables conversations avec leurs scientifiques. Ces animaux ont été capables de transformer les chercheurs pour qu'ils deviennent plus intelligents et apprennent à leur poser, enfin, de bonnes questions. Et ces nouvelles questions ont, à leur tour, transformé les animaux... Depuis la première édition de ce livre, les uns et les autres ont continué à se surprendre et un chapitre inédit nous fait découvrir leurs avatars les plus récents. Aujourd'hui, des rats rient dans leurs laboratoires, des perroquets australiens apprennent, avec leurs scientifiques, à mieux collaborer. Quant aux babouins, on découvre que certains auraient domestiqué des chiens et apprivoisé des chats ! Ce livre fourmille de mille exemples et histoires et nous invite à nous demander si tous ces êtres ne sont pas occupés à nous poser une question politique.
Les civilisations de l'invisible bâties par les peuples du nord, encore puissantes à l'aube du XXe siècle, n'ont pas résisté longtemps à l'entreprise d'éradication méthodique menée par le pouvoir colonial des États modernes. Ce livre permet enfin de rendre compte de l'immense contribution à l'imaginaire humain des différentes pratiques cognitives des chamanes.Le chamane est un individu capable, d'une façon mystérieuse pour nous, de voyager en esprit, de se percevoir simultanément dans deux espaces, l'un visible, l'autre virtuel, et de les mettre en connexion. Ce type de voyage mental joue un rôle clé pour établir des liens avec les êtres non humains qui peuplent l'environnement.Les chamanes ne gardent pas pour eux seuls l'expérience du voyage en esprit : ils la partagent avec un malade, une famille, parfois une vaste communauté de parents et de voisins. Les participants au rituel vivent tous ensemble cette odyssée à travers un espace virtuel. De génération en génération, les sociétés à chamanes se sont transmis comme un précieux patrimoine des trésors d'images hautes en couleur, mais en grande partie invisibles.Ce livre est le fruit d'enquêtes de terrain et reprend l'ample littérature ethnographique décrivant les traditions autochtones du nord de l'Eurasie et de l'Amérique. Au travers de récits pleins de vie, il rend compte de l'immense contribution à l'imaginaire humain des différentes technologies cognitives des chamanes. Les civilisations de l'invisible bâties par les peuples du Nord, encore puissantes à l'aube du XXe siècle, n'ont pas résisté longtemps à l'entreprise d'éradication méthodique menée par le pouvoir colonial des États modernes, qu'il s'agisse de l'URSS, des États-Unis ou du Canada. Ce livre nous permet enfin de les appréhender dans toute leur richesse.Table des matières : Préface. Les nomades de l'imaginaire, par Philippe DescolaIntroductionI / Voyager en esprit1. Imagination et voyage mentalImaginaire-réel : histoire d'une ruptureLes expériences imaginaires sont des expériences réellesNous voyageons tous en espritExplorer les mondes non humainsDes imaginations multiplesAu c?ur de l'expérience religieuse2. Les argonautes de l'invisibleLe chamanisme, une relation à troisComment reconnaît-on un chamane à Tuva ?À travers l'Asie du NordDes corps ouverts à l'invisibleLa grande chaîne des êtres singuliers3. Tente sombre et tente claireTrois tentes sombresUn phénomène transcontinental méconnuComment la tente sombre a-t-elle fait le tour de l'Arctique ?L'antichambre du rêveLa tente claireDeux modes de division du travail imaginatif4. Les deux chamanismesCorps ouverts et corps fermés : le monde hiérarchiqueMagies hétérarchiquesMycophiles et mycophobesLe voyage chamanique : mode d'emploiInégalités rituelles et délégationII / Technologies de l'imagination et hiérarchie5. Les routes célestes des KetUne guerre des sexesAu centre du monde, un corps humainLa traversée des sept cerclesTrouver sa route invisible6. Un tambour pour s'orienter dans les pays obscursPour une approche sensorimotrice des imagesLes vertiges de la réflexivitéÀ cheval sur un tambour7. Un voyage cosmique à la maisonLes tambours khakasLes esprits dans la yourteLe rituel et ses espaces de référence8. Le costume, corps-universL'emblême de la hiérarchieLa fenêtre de l'imagerie" Une machine à remonter le temps pour conquérir le monde "9. Technologies iakoutes de l'espace virtuelUne chorégraphie cosmiqueNombrils multimodaux10. L'ours, d'une ontologie l'autreLe maître de la forêt déchuChez les hommes de la montagneIII / La grande expansion de la hiérarchie11. Une expansion continentaleSur la piste de l'ostentation : la poitrine transparenteUn plastron conquérantLes défaites de l'hétérarchie12. Pourquoi la hiérarchie ?Un investissement collectifLa dette du chamaneMarié à l'esprit ou au clan ?Le rêve mis au pasConclusion. L'invisible, les images et la hiérarchieRéférencesTable des illustrationsRemerciementsIndex.
Depuis la terrible expérience du confinement, les Etats comme les individus cherchent tous comment se déconfiner, en espérant revenir aussi vite que possible au " monde d'avant " grâce à une " reprise " aussi rapide que possible. Mais il y a une autre façon de tirer les leçons de cette épreuve, en tout cas pour le bénéfice de ceux que l'on pourrait appeler les terrestres. Ceux-là se doutent qu'ils ne se déconfineront pas, d'autant que la crise sanitaire s'encastre dans une autre crise bien plus grave, celle imposée par le Nouveau Régime Climatique. Si nous en étions capables, l'apprentissage du confinement serait une chance à saisir : celle de comprendre enfin où nous habitons, dans quelle terre nous allons pouvoir enfin nous envelopper - ; à défaut de nous développer à l'ancienne ! Où suis-je ? fait assez logiquement suite au livre précédent, Où atterrir ? A Comment s'orienter en politique. Après avoir atterri, parfois violemment, il faut bien que les terrestres explorent le sol où ils vont désormais habiter et retrouvent le goût de la liberté et de l'émancipation mais autrement situées. Tel est l'objet de cet essai sous forme de courts chapitres dont chacun explore une figure possible de cette métaphysique du déconfinement à laquelle nous oblige l'étrange époque où nous vivons.