S'appuyant sur son propre journal intime régulièrement tenu chaque semaine au cours de ces trente-cinq dernières années, l'auteur reconstitue une séquence déterminante de son parcours de sociologue. Un cheminement qui l'a conduit de l'expertise urbaine vers les sciences sociales des religions en passant par la réflexion sur les formes littéraires du savoir, la traduction et l'exégèse des textes sacrés. Autant de milieux disciplinaires successifs que le chercheur aborde dans une double perspective généalogique et ethnographique. Composé d'extraits de journal, de récits d'enquêtes et de commentaires sur la portée et la réception de leurs résultats, le propos tient plus de la socio-analyse que de l'autobiographie. Les épreuves, rencontres, craintes et repentirs consignés dans les cahiers personnels qui accompagnent la recherche donnent à lire un matériau sensible sur ce que réflexivité veut dire.
Pierre Lassave, directeur de recherche émérite au Centre d’études en sciences sociales du religieux (CNRS-EHESS), est l’auteur de diverses explorations de milieux intellectuels et savants contemporains : Les sociologues et la recherche urbaine dans la France contemporaine (Presses universitaires du Mirail, 1997) ; Sciences sociales et littérature (PUF, 2002) ; L’appel du texte. Sociologie du savoir bibliste (Presses universitaires de Rennes, 2011).
Depuis quelques années en France, le regain d'intérêt pour les sources de notre civilisation appelle de nouvelles traductions de la Bible. L'avancée des connaissances historiques, archéologiques et linguistiques vient alors faire alliance avec la poétique contemporaine. La " Bible Nouvelle Traduction ", fruit d'un travail de longue haleine qui a associé une trentaine d'exégètes professionnels à une vingtaine d'écrivains de renom, est ainsi rapidement devenue en 2001 un best-seller à la croisée des champs littéraire, scientifique et religieux. Il en est ici rendu compte sous trois angles : les textes mêmes, par l'analyse critique et comparative entre cette nouvelle traduction et ses concurrentes ; les instances éditoriales et médiatiques en jeu, du projet à sa réalisation et à sa réception ; les traducteurs, biblistes d'un côté, écrivains de l'autre : deux milieux aux références et aux trajectoires distinctes qui ont appris à se connaître. Au fil de l'enquête, les ressources respectives de la critique littéraire, de la sociologie et de l'ethnographie se complètent pour actualiser l'histoire de la rencontre, longtemps différée, entre la littérature française et l'héritage biblique. Où la mise à jour des performances de la traduction et des ambivalences de sa réception montre comment dans une société plurielle l'enchevêtrement de raisons différentes construit l'événement.
Fabre Pierre-Antoine ; Lassave Pierre ; Luca Natha
Le Bulletin bibliographique réunit les comptes rendus et notes critiques produits au cours de l'année écoulée. Les comptes rendus sont parallèlement disponibles en accès libre sur le site Revues.org, selon un rythme semestriel de mise en ligne, en juin et en décembre. Cette nouvelle formule associe l'électronique au papier, fidèlement à l'esprit initial du Bulletin bibliographique : se faire l'écho permanent des interrogations et des avancées de la recherche, en France et dans le monde, dans le domaine des sciences sociales des religions.
Lassave Pierre ; Gueunier Nicole ; Buhot de Launay
Le caractère sacré de la langue des grandes religions révélées se heurte frontalement à leur vocation universelle qui nécessite leur expression dans les multiples idiomes profanes du monde. L'extension et l'intensification des échanges entre les cultures depuis deux millénaires a progressivement fait place au principe d'" équivalence sans identité " qui se manifeste dans les traductions réitérées et concurrentes des textes canoniques. Les missions évangélisatrices, les véhicules bouddhiques, les conquêtes islamiques, les académies occidentales forment autant de scènes diverses des tentatives de traduire ce qui se donne comme intraduisible. Les études de cas qui composent ce dossier abordent les transformations du texte biblique dans sa multiplicité scripturaire interne comme dans ses diverses versions nationales, de la Renaissance à aujourd'hui, dans le monde slave du Haut Moyen Age ou à Madagascar depuis deux siècles. Elles relatent également les errements missionnaires pour donner un nom à Dieu en Tanzanie ainsi que ses transpositions ironiques dans la bouche du conteur créole aux Antilles. Après l'histoire des traductions du Coran en français du XVIIe siècle au XIXe, l'expansion actuelle de ses versions en langues africaines est approchée dans toute sa vitalité, ici à travers le bambara au Mali. Avec la Bhagavad-Gitâ indienne, le chant, l'interprétation comme la traduction s'associent en d'innombrables "avatars" au fil du temps, rendant canonique de fait un texte qui ne l'était pas de droit. Côté bouddhique, le transfert du vénéré Sutra de l'Estrade du chinois vers le coréen moderne révèle une performance étroitement inscrite dans les tensions politiques d'une nation qui se cherche.
Subjectivités numériques et posthumain s'inscrit dans le sillage de l'ouvrage PostHumains : frontières, évolutions, hybridités publié dans la collection "Interférences" des presses universitaires de Rennes. Ce recueil était davantage consacré aux mutations, évolutions et hybridations du corps dans un devenir posthumain. Ce livre propose d'explorer l'imaginaire associé à l'émergence d'une subjectivité numérique dans la période contemporaine de l'hyperconnectivité et du développement de l'intelligence artificielle. Tout comme dans la perspective d'une corporéité posthumaine, un esprit qui ne serait plus ancré à un corps organique suscite de nombreuses réflexions et mises en fiction. L'approche proposée dans ce livre est par ailleurs fondamentalement interdisciplinaire car les questionnements relatifs aux devenirs de l'humain et à la définition de son identité que déclenche le posthumain sont universels.
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la liberté de conscience a été conçue, en latin et dans une poignée de langues européennes, comme une possibilité de croire, de changer de croyance ou de ne pas en avoir. Elle a ainsi reçu une acception distincte de celle de la liberté religieuse ou de la liberté de religion. Lors de son inscription dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée sans vote négatif par l'assemblée générale des Nations Unies en décembre 1948, ce droit individuel a néanmoins suscité des réserves ou oppositions qui ont empêché sa déclinaison constitutionnelle par des Etats membres. Une génération plus tard, la contestation de la liberté de conscience s'est trouvée renforcée au nom de la reconnaissance de sensibilités culturelles différenciées, au nom d'une lutte contre l'apostasie - parfois associée au blasphème ou à l'insulte contre des religions - ou au nom de la défense de l'unité d'un corps. Cette enquête historique s'inscrit dans le temps long des sociétés humaines. Etablie sur des sources linguistiques diverses, elle vise à saisir l'émergence d'une notion au sein de communautés spécifiques, du Bassin méditerranéen à la Chine et à l'Amérique, à comprendre les motifs d'adhésion et de rejet formulés par plusieurs centaines d'auteurs, à déterminer les modalités d'expansion de cette liberté, de sa traduction dans des langues qui n'en avaient pas dessiné les contours, ainsi qu'à appréhender les ressorts des remises en question contemporaines. Explorant, entre autres, les registres de la philosophie, de la théologie et du droit, cette recherche met en exergue la force et la fragilité d'une des libertés fondatrices de la modernité, historiquement située, louée ou décriée. Préface de Yadh Ben Achour
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?
Une histoire du peuple de Bretagne, de la Préhistoire à nos jours. Les histoires de Bretagne ne manquent pas... Mais celle-ci adopte un point de vue inédit : celui des paysans, des ouvriers, des marins, celui des hommes et des femmes sans histoire, sans papiers. Elle porte attention aux plus humbles, pas seulement aux puissants ; s'intéresse à la vie concrète et aux rêves qui s'y enracinent, pas seulement aux couronnements et aux batailles ; risque d'autres chronologies ; ruine quelques évidences... La crise économique de l'âge du fer, l'arrivée des Bretons en Armorique, la condition paysanne pendant la féodalité, la révolte des Bonnets rouges, la traite négrière, la Révolution et la Chouannerie, le développement du chemin de fer, l'émigration bretonne, la Grande Guerre, la Résistance, la crise du modèle agricole breton, Notre-Dame-des-Landes... Autant de moments de notre histoire examinés d'un oeil neuf. Emergent ainsi de nouvelles figures, émouvantes ou pittoresques, jusque-là noyées dans l'anonymat des siècles. Et de nouveaux sujets : manger à sa faim, lutter pour sa dignité, découvrir de nouveaux horizons, accéder au savoir, devenir citoyen... Pas de jargon, un rythme de lecture facile : cette histoire a été rédigée avec le souci de s'adresser au plus grand nombre tout en obéissant à la rigueur du métier d'historien. Ce livre a été rédigé par trois historiens et un journaliste : Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc'h. Ils sont les auteurs de nombreux autres ouvrages dont, chez le même éditeur, l'Histoire populaire de Nantes.